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Elle fait écho à la résolution portée par Bastien Lachaud et le groupe de la France insoumise en 2021, qui proposait que la sortie de la France du commandement intégré de l’OTAN soit immédiate, pour poser un acte géopolitique fort. La sortie complète de l’organisation sera, elle, planifiée afin d’élaborer les parades aux sanctions que voudraient imposer les États-Unis. Retour sur une proposition insoumise emblématique. Notre article.
L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui a vu le jour suite au traité de Washington du 4 avril 1949, s’est établie comme la base militaire d’un ordre mondial dirigé par les puissances occidentales, principalement les États-Unis, dans le contexte de la guerre froide contre l’Union soviétique.
Sous le couvert de la « défense commune », l’Alliance a formalisé l’article 5, stipulant qu’une agression contre l’un de ses membres entraînerait une réaction collective. Cela a souvent conduit à des dynamiques d’escalade militaire et de conflit plutôt qu’à une véritable paix fondée sur la solidarité. Au cours des décennies, l’OTAN a été utilisée comme justification pour une augmentation des dépenses militaires et pour l’encerclement du bloc soviétique, renforçant des stratégies de dissuasion qui ont plutôt intensifié les tensions entre l’Est et l’Ouest.
Suite à l’effondrement de l’URSS, plutôt que d’évoluer en un acteur de sécurité collective démocratique, l’Alliance a opté pour une expansion vers l’Est et s’est investie dans des opérations à l’étranger, notamment dans les Balkans et en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001, justifiant ainsi son interventionnisme éloigné des populations touchées.
Aujourd’hui, en réponse à la guerre à l’Est, l’OTAN maintient sa stratégie de confrontation avec la Russie, amplifiant sa présence militaire à ses frontières et engendrant de nouvelles tensions au lieu de favoriser une véritable indépendance sécuritaire européenne. Plus qu’un simple bastion de paix, l’OTAN représente une organisation de force au profit d’intérêts géopolitiques et économiques qui bloquent toute initiative de désarmement, de collaboration internationale et d’autodétermination des nations.
Dans son programme L’Avenir en commun, La France insoumise dressait le constat suivant en ce qui concerne l’OTAN : Sarkozy, Hollande et Macron ont enfermé la France dans l’unique union militaire au monde, elle sert d’instrument de subordination aux États-Unis d’Amérique. C’est aussi une structure obsolète. Elle aurait dû être démantelée à la fin de la guerre froide. Au lieu de cela, elle n’a cessé d’élargir son champ d’action avec des conséquences nuisibles pour la paix et notre sécurité. Maintenant, l’OTAN met la Chine en garde. Il est à la fois possible et indispensable de s’en détacher pour promouvoir la paix et la collaboration en toute autonomie.
C’est en 1966 que le général de Gaulle a décidé de retirer la France du commandement intégré de l’OTAN, avant qu’elle ne le réintègre en 2009 sous Sarkozy. Les atlantistes, dont les arguments n’ont pas connu de changement depuis, avaient assuré que notre pays serait affaibli. À l’opposé, la diplomatie non-alignée qui a suivi lui a permis de voir son influence se renforcer.
Dans ce contexte, LFI suggère d’initier un tournant stratégique avec l’Alliance atlantique en déclarant une sortie immédiate du commandement unifié de l’OTAN, suivie d’un désengagement graduel de l’organisation elle-même, tout en écartant fermement toute réinsertion de la France dans une alliance militaire intégrée permanente.
Cette approche impliquerait une redéfinition des collaborations européennes, restreintes à des alliances spécifiques avec des pays ayant des intérêts communs, en particulier dans la région méditerranéenne, marquant une rupture avec une supposée « Europe de la défense » envisagée comme un simple prolongement de l’OTAN. Elle chercherait aussi à élaborer des structures de collaboration internationales en dehors de tout schéma atlantiste, en mettant l’accent sur le renforcement du rôle d’entités telles que l’OSCE pour encourager un dialogue autonome avec la Russie, et à instaurer une dynamique pacifique par le biais d’une conférence européenne sur les frontières, consacrée à la coopération et à la stabilité transfrontalière.
Cette position était défendue de nouveau par le groupe parlementaire lors de l’examen du texte « Traité France-Espagne sur la coopération dans le domaine de la défense » par la voix de Bastien Lachaud à la tribune de l’Assemblée nationale.
Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ne se limitent plus à imposer leur programme par le biais de pressions diplomatiques : ils kidnappent le président du Venezuela, appuient politiquement et militairement l’anéantissement systématique de Gaza par Netanyahu, menacent explicitement d’annexer le Groenland et bombardent des populations entières. Pour eux, au diable le droit international ! Cette course impérialiste, qui se moque du droit international et des souverainetés nationales, n’est ni inédite ni fortuite : elle découle d’une doctrine de domination clairement déclarée.
L’OTAN, souvent revendiquée comme une alliance défensive, semble de nouveau être l’instrument militaire clé de cette domination américaine, organisée autour d’un commandement unifié contrôlé par Washington et orientant ses membres selon les décisions stratégiques des États-Unis, indépendamment des conséquences humaines et politiques.
Devant ce contexte explosif, Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères se distinguent par leur fragilité politique : des discours vides de sens, des indignations qui varient, et un appel rituel au « dialogue » alors que des atteintes à grande échelle du droit international nécessiteraient des réprobations fermes et des ruptures nettes. Malgré les propos sur l’« autonomie stratégique européenne », le régime macroniste demeure dans un alignement atlantiste qui dépouille la France de sa crédibilité diplomatique et la confine dans le rôle d’accessoire d’une puissance désormais profondément déstabilisante.
En demeurant liée à l’OTAN, la France consent en réalité à être associée à des conflits illégaux, des stratégies d’agression et des menaces d’annexion qui vont à l’encontre de ses valeurs républicaines. Dans ce cadre, le retrait prévu de l’OTAN, débutant par la dissolution du commandement intégré, n’est pas une démarche symbolique mais une décision politique radicale. Elle est nécessaire pour rétablir une diplomatie autonome, non orientée vers les alliances et résolument axée sur la paix et la collaboration entre les nations.
Par Vincent Umarell
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