L’Iran après la coupure d’internet : de la répression à la résistance

dimanche 18 janvier 2026.
 

Les manifestations se poursuivent avec un grand nombre de personnes dans les rues. Depuis plus de 60 heures maintenant, Internet et presque tous les canaux de communication avec l’Iran sont coupés. Les quelques vidéos que les militant·es parviennent à publier depuis certaines villes ne montrent pas vraiment l’ampleur de ce qui se passe. Certains rapports font état d’un massacre de manifestant·es dans les rues. Les responsables du régime affirment dans les médias d’État que la situation est « sous contrôle », mais la coupure d’Internet en cours contredit clairement ce discours.

Dans le même temps, les médias occidentaux sont inondés d’informations diverses sur l’Iran. Il n’est guère surprenant que nous assistions une fois de plus à une vague d’analyses racistes et profondément stupides qui servent l’extrême droite et effacent l’action du peuple iranien. Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière. L’Occident semble incapable de regarder des pays comme l’Iran sans porter un regard raciste.

Néanmoins, parlons des forces qui ont réellement une chance d’accéder au pouvoir en Iran.

Les Moudjahidines (MEK), malgré tous leurs réseaux internationaux et même le soutien direct de certain·es politicien·nes étasunien·nes, ont un problème structurel : ils sont religieux. Une société qui brûle les hijabs, arrache les turbans de la tête des religieux et s’est soulevée contre l’islam politique a très peu de chances d’accepter une alternative fondée sur des symboles religieux. Même si les Moudjahidine se sont montrés moins agressifs envers leurs détracteurs/détractrices que les monarchistes, leurs chances sociales de prendre le pouvoir sont proches de zéro. La véritable question qui se pose à leur sujet n’est pas celle de la « prise du pouvoir », mais celle de leur sort si d’autres forces prennent le pouvoir.

Les réformistes du régime ? Leur seule chance réelle réside dans l’écrasement de la révolution. Si elles et ils parviennent à calmer les rues et à sacrifier quelques personnalités pour conclure un accord avec l’Occident, elles et ils pourraient survivre pendant un certain temps. Mais elles et ils ne bénéficient d’aucun soutien réel dans la société. Trois ans après le soulèvement « Femme, vie, liberté », elles et ils ont prouvé que même au plus fort de la crise, elles et ils n’avaient pas la volonté de changer quoi que ce soit. Une soi-disant « deuxième république » sans coup d’État et sans renversement du sommet de la structure du pouvoir relève davantage de la plaisanterie amère que d’un projet politique sérieux.

De manière réaliste, Reza Pahlavi a plus de chances que les deux autres de prendre le pouvoir, mais pas de le conserver. Son programme pour les 100 premiers jours est déjà axé sur la répression : loi martiale, élimination des opposant·es, menaces contre les mouvements nationaux et minoritaires, et ignorance du pluralisme politique. Dans la société iranienne diversifiée d’aujourd’hui, cette voie ressemble davantage à une guerre civile qu’à la stabilité. L’autoritarisme personnel, le fantasme des « lignées supérieures » et la tolérance zéro envers la critique sont les véritables talons d’Achille du monarchisme. Une société qui s’est soulevée contre un régime à vie n’acceptera pas une nouvelle version de celui-ci.

Et puis il y a le quatrième facteur : le peuple, les mouvements progressistes et de gauche. La gauche a été brutalement réprimée au niveau organisationnel, et bon nombre de ses racines sociales ont été coupées. La gauche iranienne en exil n’a pas non plus réussi jusqu’à présent à s’organiser efficacement. Mais la gauche a toujours des racines sociales profondes en Iran, et la société est très vivante : le mouvement des femmes, le mouvement syndical, le mouvement contre les exécutions, les étudiant·es et les prisonnier·es politiques. Ces forces se dressent actuellement au seuil, de la porte, bloquant le retour d’une nouvelle forme d’autoritarisme. Sans leur pression, toutes les alternatives existantes dériveraient encore plus vers la droite et deviendraient plus réactionnaires.

Le pouvoir peut être pris par un coup d’État ou avec le soutien étranger. Mais sans la société, il ne peut être maintenu. C’est une réalité à laquelle aucun scénario ne peut échapper.

+ Un mouvement véritablement progressiste et anti-guerre doit aujourd’hui descendre dans les rues à travers le monde : pour défendre les protestations du peuple iranien et s’opposer à toute forme d’intervention étrangère ou de guerre.

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Iran Human Rights, une organisation basée en Norvège, a déclaré dans un communiqué d’alerte qu’alors que les manifestations antigouvernementales se propagent et que plus de 60 heures se sont écoulées depuis la coupure totale d’Internet, les rapports font état d’une escalade sans précédent de la répression et des meurtres de manifestant·es à travers le pays.

Mahmood Amiry-Moghaddam, le directeur de l’organisation, a exprimé sa profonde inquiétude face à la situation actuelle, soulignant que ces chiffres ne sont que la partie émergée de l’iceberg. En raison de la coupure des communications et des restrictions de sécurité sévères, il est extrêmement difficile de vérifier ces informations de manière indépendante. Il a averti que selon les estimations de certaines sources sur le terrain, des centaines, voire plus de 2 000 personnes, auraient été tuées.

Siyavash Shahabi

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