Manifestations en Iran : le bilan se chiffre désormais en milliers de morts

samedi 24 janvier 2026.
 

« Le régime doit tomber. C’est une dictature islamiste qui opprime le peuple » CGT, la FSU, la CFDT, l’Unsa et Solidaires

Les organisations syndicales françaises, CFDT, CGT, UNSA, FSU et Solidaires expriment leur plein soutien aux mobilisations en cours en Iran, qui se déroulent dans un contexte d’effondrement économique, d’hyper inflation et d’explosion de la pauvreté.

Face à cette colère légitime et à une mobilisation puissante, la République islamique d’Iran répond par une répression accrue, des violations massives et systématiques des droits humains et d’atteintes répétées aux libertés fondamentales. Aujourd’hui, les manifestant.es déplorent des centaines de morts, des arrestations massives, des détentions arbitraires et des violences les visant. Les forces de “maintien de l’ordre” interviennent jusque dans les hôpitaux où des blessé.es sont soigné.es.

Depuis plusieurs semaines, les autorités iraniennes ont intensifié les arrestations arbitraires, multiplié les violences et les entraves graves aux droits de la défense, prononcé de lourdes condamnations à l’encontre des manifestant·es, des syndicalistes et des défenseur·es des droits humains. Les revendications sociales et syndicales sont systématiquement criminalisées, l’appareil judiciaire et sécuritaire instaure un climat de peur pour étouffer toute forme de contestation collective. Ces pratiques sont en violation flagrante des engagements internationaux de l’Iran, notamment des Conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des Pactes internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels

Les organisations syndicales dénoncent la criminalisation systématique des revendications sociales et syndicales, ainsi que l’utilisation de l’appareil judiciaire et sécuritaire pour faire taire toute contestation . Elles rejettent également les tentatives d’ingérence extérieure provenant, notamment, des Etats-Unis et d’Israël.

Les femmes occupent une place importante dans les mobilisations actuelles en Iran, qui ont repris depuis fin décembre dans de nombreuses villes du pays. Leur engagement ne se limite pas à des revendications économiques, mais s’inscrit aussi dans une contestation pluslarge des atteintes aux libertés fondamentales et de la ségrégation de genre imposée par le régime des mollahs. Elles subissent une répression spécifique particulièrement violente : arrestations massives, détentions arbitraires, viols et violences physiques en tous genres…

Les jeunes sont également au cœur des mobilisations et figurent parmi les premières cibles de la répression. Nombre d’entre eux/elles sont arrêté.es, lourdement condamné.es, et certain.es exécuté.es à l’issue de procédures expéditives, dans une stratégie assumée de terreur visant à dissuader la jeunesse iranienne de s’engager et de se mobiliser.

Les organisations syndicales françaises CFDT, CGT, UNSA, FSU et Solidaires réaffirment leur attachement indéfectible à la solidarité internationale entre les travailleuses et les travailleurs et entre les peuples. Elles appellent les autorités françaises, européennes et l’ensemble des instances internationales compétentes à agir sans ambiguïté et avec détermination pour exiger la fin immédiate de la répression, le respect des libertés fondamentales et la protection effective des personnes mobilisées.

Elles exigent notamment :

la fin immédiate de la répression contre les mobilisations sociales, syndicales et citoyennes ;

la liberté d’organisation et de manifestation ;

la libération de toutes les personnes détenues pour avoir exercé leurs droits fondamentaux ;

le respect par l’Etat iranien de ses engagements internationaux en matière de droits humains et de libertés syndicales ;

l’arrêt immédiat des exécutions et l’abolition de la peine de mort.

Les organisations syndicales françaises continueront à porter ces exigences dans toutes les instances nationales, européennes et internationales.

Elles apportent leur soutien aux travailleuses, travailleurs et à l’ensemble de la société civile iranienne dans leur mobilisation pour la justice sociale et les libertés fondamentales.

Elles appellent à se joindre au rassemblement le samedi 17 janvier à Paris à 15h, place du Panthéon.

Paris, le 13 janvier 2026

A Asaluyeh, cœur du secteur énergétique iranien, les travailleurs entrent en lutte

Après 18 semaines de mobilisation ininterrompue, l’un des plus grands rassemblements de travailleurs de l’industrie pétrolière et gazière iranienne s’est tenu le mardi 9 décembre 2025. Les ouvriers de « Pars du sud » qui prévoyaient depuis longtemps de se rassembler devant la préfecture d’Asaluyeh, ont trouvé les voies d’accès bloquées. Cela ne les a toutefois pas arrêtés : les manifestations se sont finalement déroulées simultanément en trois points névralgiques de la ville - la place Mohammad Rasoulallah, la place de la Municipalité et le carrefour d’Asaluyeh.

Dans son rapport, le Syndicat libre des travailleurs/euses d’Iran a estimé le nombre de manifestants à environ cinq mille, qualifiant cette mobilisation de « l’un des plus grands rassemblements de protestation de l’histoire de l’industrie pétrolière iranienne depuis près de cinq décennies ». Le rassemblement a débuté à 9 heures du matin sur la place Soleimani, puis la foule a marché en direction du bureau du gouverneur, scandant : « Il faut interdire la sous-traitance ! »

Des revendications répétées, restées sans réponse

Les travailleurs dénoncent des promesses répétées depuis des années et restées sans effet. Leurs revendications actuelles portent notamment sur :

• La mise en œuvre complète du plan de classification des emplois pour harmoniser les salaires ;

• L’application du système de rotation « deux semaines de travail – deux semaines de repos » au personnel administratif et de soutien ;

• La clarification du statut professionnel des chauffeurs de camions, ainsi que du personnel de sécurité et des journaliers ;

• Le versement d’indemnités liées à la réduction des infrastructures des dortoirs et la mise en place de liaisons aériennes pour les déplacements longue distance ;

• Enfin, l’application du droit du travail et des normes professionnelles en vigueur à l’ensemble des salarié.es de la zone.

Certains militants syndicaux, dont Mirghaffari, dirigeant de l’Association des travailleurs/euses de la raffinerie de « Pars du sud », ont déclaré à l’agence de presse iranienne ILNA que, malgré quelques avancées sur certains points ces derniers mois, « les principaux éléments du plan et des revendications » restent sans réponse, alimentant ainsi la poursuite des manifestations.

Ces protestations ne sont pas nouvelles : elles se poursuivent depuis plusieurs années. L’an dernier, les travailleurs du complexe avaient organisé à plusieurs reprises des rassemblements hebdomadaires. Après avoir reçu des promesses de suivi de leurs revendications, ils/elles avaient temporairement suspendu leurs actions - promesses qui, selon eux n’ont jamais été tenues. Les années précédentes, quelques de ces travailleurs avaient déjà été arrêté à plusieurs reprises lors de manifestations. Leurs mobilisations portent généralement sur les inégalités salariales persistantes, les conditions difficiles du travail posté, les conditions de vie précaires dans les cantonnements et l’instabilité de l’emploi pour ceux employés sous contrat précaire.

Pourquoi Asaluyeh est-il stratégique ?

Le choix d’Asaluyeh comme épicentre de cette mobilisation n’est pas fortuit. « Pars du sud » et la zone industrielle environnante constituent le principal pôle de l’industrie gazière iranienne et l’un des piliers de ses exportations pétrochimiques. Selon des analyses économiques, les secteurs du gaz et de la pétrochimie basés à Asaluyeh contribuent à plus de la moitié du revenu national iranien. La production y atteint chaque jour environ 50 millions de mètres cubes de méthane, 75 000 barils de condensat de gaz, ainsi que d’importantes quantités de gaz liquéfié et d’éthane, alimentant les usines pétrochimiques du pays.

Autrement dit, les travailleurs qui défilent dans les rues d’Asaluyeh constituent la main-d’œuvre qui fait vivre ce que le gouvernement appelle le « cœur battant » de l’économie énergétique iranienne.

Un enjeu géopolitique

Cette importance économique a également transformée Asaluyeh en cible militaire et géopolitique. En juin 2025, des frappes israéliennes ont touché le secteur 14 du complexe de « Pars du sud » ainsi que plusieurs installations d’Asaluyeh, sans oublier un dépôt de carburant dans le quartier de Shahran à Téhéran. En représailles, l’Iran a lancé des missiles sur le port de Haïfa, plaque tournante logistique d’Israël.

Un haut diplomate iranien a qualifié l’attaque d’« agression flagrante » et de « grave erreur stratégique », avertissant que l’extension du conflit au golfe Persique pourrait mettre en péril la sécurité énergétique mondiale et faire planer le spectre d’une guerre énergétique régionale. Les analystes soulignent qu’une perturbation majeure à Asaluyeh ne se limiterait pas aux seules pertes de recettes d’exportation pour l’Iran : elle pourrait également entraîner des coupures d’électricité, des pannes de pompes à eau et des interruptions de communications à l’intérieur du pays, avec un risque accru de troubles sociaux.

Une contradiction au cœur de l’économie iranienne

Dans ce contexte, la mobilisation des travailleurs de « Pars du sud » dépasse le simple conflit social local. Elle met en lumière une contradiction flagrante au cœur de l’économie de la République islamique : ces installations, considérées comme des atouts stratégiques nationaux, défendues au nom de la « sécurité nationale » et mobilisées comme levier dans les conflits régionaux, sont en réalité des lieux où des milliers de travailleurs contractuels vivent dans des cantonnements précaires, subissent des horaires de travail épuisants et doivent se battre pour l’égalité salariale et la sécurité de l’emploi.

Alors que régime de Téhéran considère Asaluyeh comme une « ligne rouge » sur le plan géopolitique, les gouvernants n’ont toutefois pas encore abordé avec la même urgence les droits et les conditions des travailleurs faisant fonctionner cette zone stratégique.   Solidarité Socialiste avec les Travailleurs en Iran (SSTI)

Libération

Manifestations en Iran : le bilan se chiffre désormais en milliers de morts

Les estimations montent désormais jusqu’à 5 000 tués depuis le début du soulèvement dans la république islamique, le 28 décembre. Face aux « meurtres insensés », Trump vise le commerce iranien et assure que « l’aide est en route ».

Le pire scénario, celui d’un carnage à huis clos, se confirme. A mesure que de rares informations parviennent à filtrer malgré la coupure généralisée d’Internet ordonnée jeudi 8 janvier par Téhéran, la férocité de la répression du régime d’Ali Khamenei contre les manifestants laisse désormais craindre des bilans qui se comptent non plus en centaines de morts, mais en milliers.

« L’ampleur des effusions de sang est effroyable, indiquait jeudi soir à Libération un journaliste de Téhéran. J’ai contacté plusieurs hôpitaux et croisé avec d’autres sources, j’arrive à 5 000 morts, au grand minimum. C’est incroyable. » Mardi soir, le dernier bilan de l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, estimait qu’au moins 734 manifestants avaient été tués, et qu’elle recevait des rapports faisant état de plusieurs milliers de morts. Plus de 10 000 protestataires ont par ailleurs été arrêtés. Le parquet iranien a déclaré mardi que certains d’entre eux seront poursuivis.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message