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. L’attaque illégale menée par les États-Unis d’Amérique au Venezuela avec l’enlèvement du président Nicolas Maduro témoigne d’une guerre tous azimuts menée par l’impérialisme américain pour maintenir son hégémonie mondiale, dont les Européens payent déjà les frais sans que leurs dirigeants ne semblent comprendre la nature de la menace.
Au cours du 20ᵉ siècle, le vocabulaire de l’impérialisme américain fut toujours le même : lutte contre le « communisme », défense de la « démocratie » ou de la « stabilité », voire lutte contre « le trafic de drogue ». Dans les faits, il s’agissait de protéger des intérêts économiques stratégiques (bananes, cuivre, mais surtout pétrole) et d’éliminer toute menace à l’hégémonie absolue des États-Unis dans son « arrière-cour ».
Le Venezuela du XXIᵉ siècle incarne la mise à jour de ce manuel, en mettant en place une arme bien plus destructive, la « guerre hybride », qui a largement mis le pays à genoux économiquement. Notre article.
L’ingérence des États-Unis au Venezuela n’est pas un épisode isolé, mais s’inscrit dans une politique impériale ancienne, destinée à maintenir l’hégémonie des États-Unis d’Amérique sur l’économie mondiale, notamment en conservant une place prépondérante dans le marché de l’énergie, mais aussi celui des devises. Cet impérialisme, stade suprême d’un capitalisme qui nécessite de mettre en place un système de prédation sur toute la planète pour maintenir l’extraction de la plus-value, a été inauguré il y a deux siècles, par le cinquième président des États-Unis d’Amérique, James Monroe.
La doctrine qui porte son nom (1823), initialement présentée comme une mise en garde aux puissances coloniales européennes désireuses de s’impliquer dans les affaires du continent américain, a en fait servi de corollaire pour les États-Unis afin d’établir une domination politique, économique et militaire sans partage sur l’ensemble du continent, particulièrement de l’Amérique du Sud, premier sous-continent martyr de l’impérialisme. Sous l’égide du « Corollaire Roosevelt » (1904), en l’« Amérique du Sud appartient à l’Amérique du Nord », cette vision s’est concrètement muée en un droit auto-proclamé d’intervention, transformant tout l’hémisphère en chasse gardée géopolitique et économique de Washington.
Le XXᵉ siècle en est le témoin accablant. Les coups d’État orchestrés par la CIA au Guatemala (1954) contre un gouvernement démocratiquement élu, pour le compte de la United Fruit Company, ou au Chili (1973) contre Salvador Allende, ont installé des dictatures sanglantes qui ont causé des milliers de morts. L’insurrection mafieuse des contras contre le projet socialiste sandiniste au Nicaragua, les invasions à la Grenade (1983) ou à Panama (1989), et les programmes d’assistance militaire à des régimes répressifs à travers l’École des Amériques, ont systématiquement écrasé les velléités d’indépendance, de justice sociale ou de modèle économique alternatif.
Chaque fois, le vocabulaire fut le même : lutte contre le « communisme », défense de la « démocratie » ou de la « stabilité », voire lutte contre « le trafic de drogue ». Dans les faits, il s’agissait de protéger des intérêts économiques stratégiques (bananes, cuivre, mais surtout pétrole) et d’éliminer toute menace à l’hégémonie absolue des États-Unis dans son « arrière-cour ».
Le Venezuela du XXIᵉ siècle incarne la mise à jour de ce manuel, en mettant en place une arme bien plus destructive, la « guerre hybride », qui a largement mis le pays à genoux économiquement.
Celle-ci s’est notamment manifestée par une guerre économique et financière, par la mobilisation de sanctions américaines imposées de manière extrêmement large. Ces mesures visaient à asphyxier l’économie en bloquant l’accès aux marchés financiers internationaux, en saisissant des actifs à l’étranger (notamment l’or et Citgo, la filiale pétrolière), et en empêchant les échanges commerciaux normaux. L’économie du Venezuela, qui repose sur des échanges de matières premières libellés en dollar, la monnaie de référence mondiale dans le domaine, s’en est retrouvée saignée à blanc.
Comme l’a documenté le Center for Economic and Policy Research (CEPR), ces mesures de rétorsion ont directement provoqué des dizaines de milliers de morts en privant le pays de médicaments, de denrées alimentaires et de pièces de rechange pour les infrastructures vitales. Il s’agissait d’une punition collective illégale au regard du droit international, dont l’objectif politique est clair : créer une telle détresse au sein de la population afin de déstabiliser le pays et de fragiliser le gouvernement.
Le pouvoir américain a également mené une guerre médiatique et diplomatique, qui a consisté en la diabolisation systématique du gouvernement vénézuélien, réduit à une « narco-dictature », et en la légitimation d’un pouvoir parallèle. La reconnaissance par Washington d’un « président intérimaire » autoproclamé en 2019, Juan Guaidó, fut un coup de force juridico-médiatique inédit, visant à priver l’État vénézuélien de sa souveraineté et de ses ressources, notamment de ses réserves en or saisies par le Royaume-Uni.
Si la manœuvre a échoué, elle a profondément délégitimé les mécanismes diplomatiques, et a inauguré une nouvelle ère d’interventionnisme, de complots et de coups de force afin de renverser des gouvernements légitimes, aujourd’hui abusivement mobilisée par Donald Trump.
Enfin, cette stratégie s’est parachevée dans une agression militaire directe, menée par le président Trump en 2026, qui a directement envoyé un commando militaire kidnapper le président du Venezuela, Nicolas Maduro. À cette opération commando s’ajoute un blocus militaire naval au large des côtes vénézuéliennes, et la présence accrue de commandos américains en Colombie voisine, qui maintiennent une pression constante. Cette menace sert de levier pour davantage fragiliser le pays, ses institutions et son économie.
Soutenir cette politique, à l’instar de la plupart des dirigeants européens, est une faute morale. Bien loin d’accomplir son objectif initial, le renversement du gouvernement de Nicolás Maduro et du chavisme, elle a plongé des millions d’innocents dans la misère, accéléré l’exode de plusieurs millions de Vénézuéliens et durci les positions de part et d’autre, compliquant toute solution politique négociée à la crise que connaît le pays. Elle prouve, s’il en était encore besoin, que l’interventionnisme américain ne vise pas le bien-être des peuples, mais le contrôle des ressources et la soumission géopolitique.
Dans ce contexte, la proposition de sortie de l’OTAN portée par la députée de La France Insoumise Clémence Guetté, cesse d’être une simple position de principe pour devenir une nécessité géopolitique concrète et urgente. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord n’est pas et n’a jamais été une alliance défensive neutre. Elle est l’instrument militaire collectif de la politique étrangère des États-Unis, le bras armé de son hégémonie, de plus en plus dangereuse pour les intérêts européens à l’heure où Trump lorgne sur le Groenland et peut-être demain sur la Guyane française.
En restant dans l’OTAN, la France et l’Europe se placent structurellement dans le camp des États-Unis, y compris lorsque ces derniers mènent des politiques de déstabilisation, de sanctions unilatérales et d’agression économique, non seulement contre des États étrangers, comme le Venezuela, mais aussi contre les propres nations européennes, dont les économies sont actuellement saignées à blanc par les sanctions tarifaires imposées par le Président Trump, qui conspire également pour instaurer sur le vieux continent des régimes d’extrême droite plus propices à ses intérêts.
L’adhésion atlantiste française, en plus d’entraver la crédibilité de la voix de la France, qui pourrait se positionner comme un acteur indépendant, met en danger directement sa souveraineté et son économie, à l’heure où les GAFAM redoublent de pression pour déréguler encore davantage les économies européennes et accélérer le pillage du Vieux Continent.
Au moment où les États-Unis apparaissent comme une menace militaire directe contre le Groenland, un territoire européen, l’OTAN maintient la subordination militaire et diplomatique de la France et de ses voisins. L’Alliance formate nos doctrines militaires, favorise en Europe les achats d’armement américains (interopérabilité oblige) et oriente notre vision des menaces selon les intérêts de Washington. De ce fait, la France, systématiquement perçue comme une composante du pouvoir impérial américain, peine à construire un partenariat équilibré avec l’Amérique latine, l’Afrique ou l’Asie.
Ainsi, sortir de l’OTAN serait un acte refondateur de la souveraineté de la France, et apparaîtrait comme une rupture symbolique et pratique avec la dangereuse logique des blocs et de la guerre permanente, protégeant notre pays d’un risque d’implication dans une possible guerre mondiale. Cela permettrait à la France de récupérer le plein contrôle de sa politique de défense et de mener une diplomatie indépendante, fondée sur le droit international, la non-ingérence et la coopération. Elle pourrait alors défendre, sans hypocrisie, le principe du respect de la souveraineté des États, au Venezuela comme ailleurs.
Défendre la sortie de l’OTAN, c’est donc refuser d’être le figurant complaisant du dernier chapitre de la doctrine Monroe. C’est sortir de l’hypocrisie propre à la classe politique française qui consiste à critiquer l’interventionnisme américain d’une main pour accepter d’en être un des piliers militaires de l’autre. Face à la guerre hybride contre le Venezuela et à la perpétuation d’un ordre impérial, c’est une position de cohérence, de principe et de réalisme stratégique. C’est la condition indispensable pour que la France redevienne une voix qui porte, non pas pour la domination, mais pour l’émancipation des peuples et un ordre international plus juste.
Par Rafael Alonso Cuesta
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