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Le président états-unien a de nouveau suscité polémique et réprobation en réaffirmant sa volonté d’annexer le territoire autonome danois situé entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique. L’Union européenne a exprimé sa solidarité envers le Groenland et le Danemark.
Donald Trump a de nouveau réservé un drôle de cadeau de Noël au Groenland, l’île la plus grande au monde – près de quatre fois la France avec une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés – peuplée de 57 000 habitant·es, en grande majorité des Inuit·es. Un territoire situé au large des côtes canadiennes, entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique, dont il souhaite s’emparer pour des raisons stratégiques et économiques, « d’une manière ou d’une autre », avait-il lancé dans son discours sur l’état de l’Union en mars.
Il y a un an, à peine élu et à quelques mois de son retour à la Maison-Blanche, il avait déjà suscité la polémique en s’adressant, dans son message de Noël 2024, « au peuple du Groenland, dont les États-Unis ont besoin pour des raisons de sécurité nationale et qui souhaite la présence américaine sur place : nous y serons ! ».
Un an plus tard, le président états-unien récidive dans la provocation en annonçant la nomination d’un envoyé spécial pour le Groenland, pays constitutif du royaume de Danemark et territoire d’outre-mer associé à l’Union européenne (UE). Il s’agit de l’actuel gouverneur de la Louisiane, le Républicain Jeff Landry, un allié fidèle de Donald Trump.
« Jeff comprend à quel point le Groenland est essentiel à notre sécurité nationale et défendra avec vigueur les intérêts de notre pays pour la sûreté, la sécurité et la survie de nos alliés, et même du monde entier », a-t-il écrit dimanche dans un message publié sur son réseau social Truth Social.
Interrogé lundi par les journalistes, Donald Trump a expliqué qu’il s’agissait d’une question de « sécurité nationale » et non de « ressources minières ». « Nous avons déjà tellement de gisements de minéraux, de pétrole et autres, a-t-il déclaré. Si vous regardez le Groenland, si vous regardez le long de ses côtes, vous verrez des navires russes et chinois partout. Nous en avons besoin pour notre sécurité nationale. Il nous le faut. »
Landry, qui ne peut se targuer d’aucune expérience en matière de questions internationales et de diplomatie, s’est expliqué sur la chaîne de télévision trumpiste Fox News. « Il y a près d’un an, personne ne parlait du Groenland, a-t-il dit. Et tout d’un coup, Donald Trump arrive et dit : la doctrine Monroe existe bien, il est nécessaire de protéger les intérêts américains dans ces pays et dans l’hémisphère occidental [les Amériques selon la vision stratégique de Washington – ndlr]. »
Aaja Chemnitz, élue groenlandaise au parlement danois
Situé entre l’Atlantique et l’Arctique, le Groenland appartient au royaume de Danemark, allié des États-Unis et membre de l’OTAN, mais bénéficie de son propre gouvernement et parlement dans le cadre de l’autonomie accordée en 1979 puis renforcée en 2009.
Le territoire, où les États-Unis disposent d’une base militaire depuis les années 1950, suscite les convoitises des grandes puissances comme à l’époque de la guerre froide, à la fois pour des raisons stratégiques et économiques, car il dispose dans son sous-sol de richesses minières indispensables aux industries des nouvelles technologies, comme les métaux rares. Cependant les conditions extrêmes et l’opposition du gouvernement local pour des raisons environnementales ont empêché l’exploitation.
Affirmant que « les États-Unis ont toujours été un pays accueillant » [sic], Jeff Landry a mis en avant l’histoire de la Louisiane – un territoire baptisé par les colons français en l’honneur du roi de France Louis XIV.
« Nous représentons la liberté, la force économique, la protection, a-t-il affirmé. Personne ne le sait mieux que la Louisiane. Ma famille est installée en Louisiane depuis plus de trois cents ans. Nous avons vécu sous plus de drapeaux que quiconque sur le continent des États-Unis. Nous avons fini par nous installer sous le drapeau des États-Unis et c’est la raison pour laquelle la Louisiane a mieux vécu. C’est un sujet dont nous devons discuter avec les habitants du Groenland. »
« Il est le bienvenu au Groenland, nous sommes prêts à collaborer avec les États-Unis, mais tout cela doit se faire dans le respect de la souveraineté du Groenland et de ses habitants et, encore une fois, je le répète, le Groenland n’est pas à vendre. L’avenir du Groenland dépend de nous », réagit auprès de Mediapart Aaja Chemnitz, élue groenlandaise au parlement danois et membre de Inuit Ataqatigiit (IA, « La communauté du peuple »), appartenant à la gauche indépendantiste.
Ces derniers mois, Trump a multiplié les déclarations agressives à tel point que, selon les révélations du journal Politiken fin novembre, le ministère des affaires étrangères danois a mis en place, en raison du décalage horaire, une « veille de nuit » pour surveiller les déclarations et les mouvements du président états-unien pendant que le Danemark dort.
Elle commence à 17 heures, heure locale, tous les jours et, à 7 heures du matin, un rapport est produit et distribué au sein du gouvernement danois et des départements concernés sur ce qui a été dit et ce qui s’est passé, selon le quotidien danois.
Washington a montré aussi sa volonté d’accroître sa présence militaire dans l’Arctique face aux rivaux russe et chinois.
En octobre, les garde-côtes états-uniens ont ainsi annoncé l’achat à la Finlande de quatre brise-glaces, renforçant ainsi la capacité des États-Unis à déployer des moyens militaires dans l’Arctique. L’accord a été dévoilé au moment où Donald Trump recevait à la Maison-Blanche le président finlandais Alexander Stubb.
Selon des déclarations d’un responsable américain à CNN, au total Washington souhaite acquérir 11 navires de ce type, pour un budget d’environ 6,1 milliards de dollars (plus de 5 milliards d’euros).
Mais les ambitions hégémoniques de Trump rencontrent l’hostilité du Danemark et du Groenland. La première ministre danoise Mette Frederiksen et le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont dénoncé, dans un texte commun lundi, les desseins de Trump : « On ne peut pas annexer un autre pays. Même en invoquant la sécurité internationale. » « Le Groenland appartient aux Groenlandais et les États-Unis ne doivent pas s’en emparer », affirme le communiqué conjoint.
Copenhague a également convoqué l’ambassadeur des États-Unis. « Je suis profondément indigné par cette nomination et par cette déclaration, que je trouve totalement inacceptables », a réagi le ministre danois des affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen dans un entretien avec la chaîne de télévision TV2 Danmark.
En août dernier, le représentant diplomatique des États-Unis avait déjà été convoqué après des informations selon lesquelles trois Américains proches du président Trump menaient des opérations d’influence secrètes au Groenland.
De leur côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ont également insisté sur le fait que l’intégrité territoriale et la souveraineté étaient des « principes fondamentaux du droit international ». « Ces principes sont essentiels non seulement pour l’Union européenne, mais aussi pour les nations du monde entier. Nous sommes pleinement solidaires du Danemark et du peuple du Groenland », ont-ils écrit sur X.
Emmanuel Macron, qui s’était rendu à Nuuk, capitale du Groenland en juin, a jugé mardi que le territoire autonome « appartient à son peuple » et que « le Danemark en est le garant ». « J’associe ma voix à celles des Européens pour exprimer notre pleine solidarité », a-t-il écrit sur X.
Le 10 décembre, dans son évaluation annuelle des menaces, les services de renseignement militaire danois ont exprimé leurs inquiétudes au sujet des États-Unis, faisant référence à l’arme des droits de douane utilisée contre les pays alliés de Washington. Une première dans l’histoire des relations entre les deux pays.
François Bougon
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