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À quelques mois des municipales, le maire RN de Fréjus, David Rachline, démissionne de sa fonction de vice-président du parti. Ancien protégé (voire son meilleur ami selon cette dernière) de Marine Le Pen, mentor et ami de Jordan Bardella ; celui-ci ne se représentera pas en mars 2026 sous l’étiquette du Rassemblement national.
Une posture qui se place dans la continuité de son retrait de la vie du parti depuis novembre 2023, date de publication du livre Les rapaces de la journaliste Camille Vigogne. Ce livre d’enquête sur « la mafia varoise de Marine Le Pen » met la lumière sur des pratiques courantes que le parti d’extrême droite tente de dissimuler. Notre article.
Pour aller plus loin : Jordan Bardella visé par une plainte pour détournement de fonds après avoir touché 133 000 euros d’argent public pour apprendre à sourire
Encarté au Front National depuis 2002, élu sénateur en 2014 à seulement 26 ans et maire la même année, il est pourtant renié par Marine Le Pen. En effet, cette dernière indiquait le mardi 2 décembre sur le plateau de BFMTV-RMC : « Je souhaite qu’il ne soit plus vice-président du Rassemblement national » et « C’est en voie de règlement ». La gêne est palpable puisque le parquet de Draguignan le soupçonne « d’attributions de marchés publics » irrégulières, de « prises illégales d’intérêts » et de « favoritisme ».
C’est à ce même titre que Marine Le Pen a annoncé que Rachline ne bénéficiera pas de l’investiture et de l’étiquette « RN » aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Investiture que l’intéressé ne cherche pas non plus à décrocher, même si David Rachline précise bien rester membre du RN : il a seulement démissionné de ses postes à responsabilités. Reste à voir si les lepénistes toléreront dans leurs rangs et leurs fichiers un tel profil.
Le tribunal de Draguignan rendra d’ailleurs le 27 janvier prochain son verdict concernant une autre affaire. Celle-ci concerne la prise illégale d’intérêts pour avoir participé, en conseil municipal, à des votes concernant deux sociétés d’économie mixte dont il a ensuite pris la tête. Une affaire qui n’est pas sans rappeler un autre élu municipal RN. Louis Aliot, maire de Toulouse, condamné en mars 2025 à 6 mois ferme sous bracelet électronique, 8 000 euros d’amende et 3 ans d’inéligibilité dans l’affaire des détournements de fonds des eurodéputés.
La corruption ne semble donc pas être un fait cantonné à David Rachline, puisque les deux maires des plus grosses municipalités RN semblent en pâtir. Si Louis Alliot ne semble pas se mettre en retrait, dans le cas de David Rachline, celui-ci est écarté du parti. Tout comme le député Daniel Grenon, exclu du RN pour des propos racistes. Le RN s’achète ainsi une conscience à bas prix en se désolidarisant de leurs membres lorsque ceux-ci disent un peu trop haut ce que tous pensent tout bas au RN.
Outre les enquêtes ouvertes sur ses actions, David Rachline gêne le RN de par ses fréquentations. En octobre dernier, il publie sur Instagram une photo en compagnie de Frédéric Châtillon et Logan Djian. Deux néofascistes, anciens dirigeants du Groupe Union Défense, tous deux impliqués soit dans des affaires de corruption soit dans des faits de violence. Les liens entre le RN et les groupes fascistes et néonazis sont documentés et ne sont plus à démontrer. Cependant, dans une logique de dédiabolisation, le RN s’emploie à mettre ces relations sous le tapis.
Il est de bon ton de rappeler les faits reprochés aux deux proches de David Rachline. Logan Djian présente plusieurs condamnations. Un an de prison pour l’agression d’un journaliste en marge d’une marche de La Manif pour tous ainsi que cinq ans de prison dont deux ferme dans le cadre d’une expédition punitive ultra-violente sur l’ancien chef du GUD alors qu’il en était le leader.
Frédéric Châtillon quant à lui, est condamné en 2020 à 30 mois de prison et 250 000 euros d’amendes pour « plusieurs escroqueries […] longue série d’abus de biens sociaux […] estimée à 500 000 euros par le tribunal »
Il n’est donc pas exagéré de conclure que la corruption, l’escroquerie et la violence sont loin de poser problème au Rassemblement national. Enfin, sauf lorsque celui-ci devient trop voyant. Et dans ce cas, le parti se désolidarise de ses membres, comme il a pu le faire avec certains candidats qualifiés de « brebis galeuse » des législatives 2024. Il ne faut pas s’y tromper, il s’agit bien là d’une posture, d’une apparence à conserver. Quand les membres ne sont pas remplaçables, la stratégie change.
Pour Louis Aliot comme pour Marine Le Pen, les condamnés accusent la justice. Mais leurs affaires judiciaires s’accompagnent d’une remise en question de la justice et d’une attaque de l’État de droit. Le RN n’hésite pas une seconde à s’attaquer à la justice française (qu’ils se complaisent à taxer de trop laxiste) lorsque celle-ci fait son travail. Quand on constate la position d’autres partis à les inclure dans l’arc républicain, le paysage politique se transforme au choix en vaste blague ou bien en reconstitution du paysage politique de l’Allemagne des années 30.
Par Marie
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