Les vaches aussi ont une âme

jeudi 18 décembre 2025.
 

Pour endiguer la propagation du virus de la dermatose nodulaire, le gouvernement prône « l’abattage préventif »… jugeant la « vaccination préventive » trop néfaste pour le business.

Comme un bug dans le capitalisme… Et dans la tête d’Emmanuel Macron. D’un côté, le traité de libre-échange UE-Mercosur, qui doit être adopté cette semaine afin de créer un super-marché commun entre les pays européens et latino-américains. De l’autre, une crise sanitaire qui frappe les éleveurs de bovins : le virus de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) se propage. Et ces deux événements ne sont pas sans lien.

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Depuis 2015, les animaux ne sont plus considérés, en France, comme des biens meubles, mais comme des « êtres doués de sensibilité ». Difficile d’y croire en voyant ces images de vaches déplacées à l’aide de grues pour être envoyées à la mort. C’est aussi ça qui provoque la colère paysanne : les images sont choquantes, la méthode est violente, toute l’action publique est dépourvue d’émotion.

Pour lutter contre la DNC, le gouvernement a mis en place une stratégie cohérente avec ce qu’ils sont, pensent et font : l’interdiction de déplacement des animaux et l’abattage total du troupeau dès le premier cas détecté. Dans le jargon officiel, on appelle ça des « opérations de dépeuplement » et il y en a déjà eu 3000. Soit tout l’inverse de ce que demandent la Confédération paysanne et la Coordination rurale. La requête de ces syndicats agricoles est simple : la vaccination massive et l’abattage ciblé. Mais la seule réponse qu’ils ont obtenue était faite de gaz lacrymogène. Pas besoin d’être un spécialiste du sujet pour comprendre qu’un petit éleveur – car il s’agit bien là de petits éleveurs – dont on décapiterait l’ensemble du cheptel perdrait tout le fruit de son travail.

Ce lundi, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, commence tout juste à évoquer « le début » d’un plan de vaccination, assurant qu’il s’agit du « chemin pour lutter contre la maladie […] un chemin d’espoir pour empêcher l’abattage des troupeaux ». Mais alors pourquoi le gouvernement tarde-t-il tant à mettre en place la vaccination, disponible depuis cet été ? L’argument du coût ne tient pas : tuer des troupeaux entiers, ça n’est pas gratuit et ça ruine des éleveurs.

Pour comprendre, il faut revenir à notre Mercosur. Et il faut tendre l’oreille : « Si on impose une vaccination préventive généralisée, cela aura des conséquences significatives pour les éleveurs, car la France perdra son statut de pays indemne vis-à-vis de la maladie et donc ne pourra plus exporter », dixit le président de la commission des affaires économiques à l’Assemblée, Stéphane Travert, par ailleurs ancien ministre de l’agriculture sous Édouard Philippe.

Tout est dit : ce que le gouvernement veut sauver, c’est l’export. Or l’export de la viande bovine ne pèse que pour 16% de la production française ! Voilà donc où nous en sommes, prêts à massacrer des bêtes par milliers pour respecter les préceptes du marché libre et non-faussé à l’échelle mondiale. Sommes-nous devenus complètement dingues ?

Loïc Le Clerc


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