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Agriculteurs. En Ariège, un scénario qui se répète de manière implacable. Un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) s’est déclaré mercredi matin en Ariège, dans le village des Bordes-sur-Arize. Nombre de bêtes abattues ? 207 sur… 207. Dès l’annonce de la contamination, des agriculteurs se sont rendus sur l’exploitation des deux frères, sachant ce qui allait arriver.
Plusieurs centaines d’agriculteurs se sont dressés entre les bêtes et les forces de l’ordre, chargées d’escorter les services vétérinaires, eux-mêmes responsables d’euthanasier les bêtes. Les forces de l’ordre ont jeté des gaz lacrymogènes sur les paysans. À la fin, ces dernières ont pris par la violence le contrôle de la ferme.
Au sein du monde agricole, la colère est palpable. La ministre Annie Genevard est directement pointée du doigt. « Malgré son autosatisfaction, sa politique sanitaire ne marche pas ! », dénonce Stéphane Galais, porte-parole national de la Confédération nationale. « Les éleveurs sont à bout ! Annie Genevard doit arrêter cet acharnement ! », dénonce la députée LFI Manon Meunier, présente sur place en soutien, soulignant que L’EFSA, autorité européenne sanitaire, comme la fédération européenne des vétérinaires, préconisent la vaccination plutôt que l’abattage systématique. Notre article.
Première détection de la dermatose nodulaire contagieuse ? Juin 2025, en Savoie. Elle a déjà mené à l’abattage de 3 000 bêtes, dans 108 foyers détectés. Au total, 7 départements français sont touchés. Cette maladie est particulièrement contagieuse, avec des taux de mortalité atteignant jusqu’à 10 % des troupeaux. Elle n’est pas transmissible aux humains. Au niveau européen, elle est classée au même niveau que la peste porcine ou la grippe aviaire, rappelle Alternatives Économiques. Résultat : l’imposition de « l’éradication totale » lorsqu’un cas de DNC est détecté au sein du troupeau, ainsi qu’un déchirement pour les éleveurs bovins.
La propagation des cas depuis juin démontre l’inefficacité de cette politique européenne, défendue mordicus par la ministre Annie Genevard. « Nous réaffirmons notre refus de l’abattage total et surtout le fait que ce cas de DNC sur cette ferme à 100 kilomètres de toute zone réglementée, c’est la preuve parfaite que le protocole que nous vend le Gouvernement pour éradiquer ne fonctionne pas ; ça doit s’arrêter ! », a déclaré Laurence Marandola de la Confédération, à propos de la ferme en Ariège.
L’exemple même des pays européens démontre l’inefficacité d’une telle politique. En 2015, la DNC est arrivée en Grèce et en Turquie, puis s’est propagée en Bosnie et au Monténégro. L’abattage total comme mesure prioritaire a eu lieu pour nombre de troupeaux. Or, un an plus tard, il était constaté que la maladie n’avait pas été endiguée. Par ailleurs, l’EFSA, autorité européenne sanitaire, indique que lorsque la vaccination est effective, un abattage partiel est aussi efficace qu’un abattage total. « Les politiques sanitaires du gouvernement ne s’appuient sur aucun fondement », dénonce la députée LFI Manon Meunier, ingénieure agronome.
Un autre troupeau d’une vingtaine de bêtes doit être abattu ce vendredi, à Luby-Betmont dans les Hautes-Pyrénées. La ministre de l’Agriculture « Annie Genevard doit changer sa politique, sinon elle va nous foutre le feu dans les campagnes » car la maladie « n’est pas sous contrôle », a déclaré le préfet du département.
« Les épidémies s’enchaînent à l’heure du changement climatique, il y a urgence à mettre à jour les logiciels sanitaires ! » – Sur la dermatose nodulaire, LFI dénonce la politique d’Annie Genevard et se tient aux côtés des agriculteurs
Les insoumis ont très tôt dénoncé la politique d’Annie Genevard à propos de la DNC. Dès le 16 juillet, Mathilde Panot a écrit à la ministre de l’Agriculture. Elle demandait la levée de tout abattage total, tant que les protocoles actuels n’étaient pas « motivés par de réels arguments sanitaires », « la suspension du classement de la DNC, afin de sortir des protocoles d’abattage total systématiques et d’assurer une gestion raisonnée de l’épidémie », et pointait l’importance de l’indemnisation des éleveurs, qui devait être « à la hauteur des préjudices encourus ».
6 jours plus tard, plusieurs députés insoumis se fendaient d’une lettre intitulée « Dermatose nodulaire contagieuse : pourquoi la stratégie d’abattage total systématique est délétère, et notre proposition de plan d’action sanitaire », également adressée à la ministre.
Cette semaine, Manon Meunier a dénoncé l’inaction et l’absence d’Annie Genevard lors des questions au Gouvernement à l’Assemblée nationale : « Où étiez-vous, il y a 1 mois, quand vos services sanitaires n’ont pas réussi autre chose que de contraindre la contention d’un troupeau à la carabine, avant de l’abattre totalement sous les yeux de l’éleveur ? ». Ce matin encore, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une « incroyable violence a encore été déployée aujourd’hui au-delà de la tombée du jour contre les paysans qui refusent l’abattage de leur troupeau entier en cas de contamination d’une bête ». Tant que le Gouvernement refusera de changer son fusil d’épaule, ces alertes de contamination de troupeaux, ces décisions d’abattage total décriées et la colère paysanne ne feront que s’amplifier
Les politiques de lutte contre la DNC sont à revoir de toute urgence, à l’heure où les épidémies se multiplient. Au risque d’un nouveau déploiement de la colère du monde paysan ? Journaliste chez BFM TV, Marie Gentric s’est fendue d’un tweet au ton plus personnel : « Je n’avais jamais vu une telle violence entre les forces de l’ordre & les agriculteurs. Je n’avais jamais vu, non plus, autant de détresse chez les agriculteurs. »
Par Nadim Février
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