Marseille : un policier mis en examen pour avoir fracassé le crâne d’Angelina

mercredi 17 décembre 2025.
 

En décembre 2018, la jeune femme de 19 ans était tabassée sans raison par des policiers alors qu’elle rentrait chez elle. Sept ans plus tard, après l’aveu de plusieurs agents, l’un des auteurs présumés des coups a été mis en examen jeudi avec interdiction d’exercer, selon une information de Mediapart confirmée par le parquet.

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Une juge est parvenue à briser l’omerta qui, au sein de la police marseillaise, a protégé pendant sept ans des agents de la BAC des quartiers nord, auteurs de terribles violences gratuites sur une jeune femme âgée de 19 ans.

Le 8 décembre 2018, dans une rue calme, en marge d’une manifestation de Gilets jaunes à laquelle elle n’a pas participé, Angelina (que Mediapart avait baptisée « Maria » au début de l’affaire) reçoit un tir de LBD dans la cuisse alors qu’elle sort de son travail. Au sol, deux policiers de la BAC lui fracassent le crâne à coups de matraque et de pied, jusqu’à lui atteindre le cerveau. Des coups aux séquelles irréversibles.

Sur les images des vidéos enregistrées au moment des faits par un témoin, après une forte détonation, on voit Angelina tomber au sol. Une nuée de policiers passe alors devant elle, tous en civils. Ils ont pris soin de masquer leur visage. Deux d’entre eux lui assènent des coups sur le corps et à la tête.

L’un d’eux est Vincent R., policier à la BAC nord au moment des faits et depuis muté à Toulon. Selon une information de Mediapart, confirmée par le parquet de Marseille, il a été mis en examen jeudi 4 décembre, à la suite de sa garde à vue, pour « violences aggravées (par personne dépositaire de l’autorité publique, avec armes et en réunion) avec une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à huit jours » et « pour non-assistance à personne en danger ». Il est soupçonné d’avoir donné des coups de pied et de matraque lorsqu’Angelina était au sol, et potentiellement d’avoir tiré au LBD sur la jeune femme.

Compte tenu des risques de concertations avec ses collègues – en particulier l’autre auteur des violences, qui n’a pas encore été entendu –, le parquet avait requis sa détention provisoire. Ce qui n’a pas été suivi par la juge des libertés et de la détention, qui a décidé de son placement sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer et de rentrer en contact avec les autres mis en cause ainsi que la victime.

Outre les deux possibles auteurs des coups, un autre policier, Stéphane N., a été mis en examen pour non-assistance à personne en danger.

À l’issue de leur garde à vue, des policiers du syndicat Alliance, auquel est affilié le policier Vincent R., sont venus soutenir les mis en cause à la sortie des locaux de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) à Marseille. Selon une source proche du dossier, « l’ambiance était déjà très tendue à la fin de leur audition. La présence de policiers est vite apparue comme une pression exercée sur la commissaire de l’IGPN en charge de leur audition ».

Une instruction rouverte après deux non-lieux

Comme Mediapart l’avait documenté, l’enquête ouverte en avril 2019 par le parquet, confiée à l’antenne marseillaise de l’IGPN (dont la commissaire chargée de l’enquête a depuis changé), avait été bâclée. Malgré deux non-lieux, prononcés faute de pouvoir identifier les policiers, Angelina et son avocat, Brice Grazzini, n’ont jamais renoncé et ont obtenu, en juin 2021, l’ouverture d’une nouvelle instruction, confiée à la juge Karine Lebrun.

Depuis deux ans, la magistrate a repris l’ensemble des éléments, y compris ceux laissés en sommeil, les a disséqués un à un, en ordonnant notamment de nouvelles expertises des enregistrements vidéo. Rien n’a été laissé de côté, et certains policiers de nouveau auditionnés ont été, cette fois, confrontés à leurs propres contradictions.

Ce travail a permis, en octobre, qu’une première étape décisive soit franchie avec l’identification et la mise en examen de six policiers pour non-assistance à personne en danger. Ces agents, qui appartenaient au moment des faits au service interdépartemental de sécurisation des transports en commun (SISTC), ont tous été témoins des violences et ne sont intervenus ni pour les faire cesser, ni pour aider la victime.

Mediapart a révélé qu’au cours de sa garde à vue, un de ces six policiers, Christophe M., a reconnu « avoir menti » à la justice, lors de sa première audition, en 2019. Invoquant des « pressions de sa hiérarchie et de son syndicat », Alliance, il avait à l’époque nié sa présence et celle de ses collègues, se conformant à la version mensongère de son supérieur.

Il avait même parallèlement transmis à sa hiérarchie l’identité de policiers appartenant à la BAC nord, qu’il présentait comme étant au cœur des violences commises. Mais son commandant s’était dispensé d’en informer la justice, lui-même ayant menti lors de son audition en niant la présence de ses hommes.

Christophe M. affirme qu’il avait à l’époque été convoqué par le numéro trois du service « dans le bureau d’Alliance », en présence du délégué départemental du syndicat, Rudy Manna. « Le syndicat savait déjà que les véritables auteurs étaient au nombre de deux et faisaient partie de la BAC Nord », écrit-il dans son rapport administratif rédigé en septembre 2025, dont Mediapart a publié des extraits.

Les supérieurs de Christophe M. n’ont jamais rien dit à l’IGPN, refusant même de reconnaître leurs hommes sur la vidéo. Le chef de la BAC nord et son adjoint avaient également catégoriquement nié la présence de leurs hommes sur place.

Stéphane Champin, qui était le chef de la BAC nord, travaille désormais au renseignement territorial (RT). Son ancien adjoint, Mathieu Fayemendy, est depuis devenu commissaire, également au sein du RT.

Le 8 décembre 2018, sur 80 tirs de LBD enregistrés, 70 avaient été le fait de trois policiers de la BAC en l’espace de six heures (soit 20 à 25 chacun). Parmi eux, Vincent R., auteur de 25 tirs de LBD. L’IGPN s’était pourtant abstenue de l’auditionner.

Pascale Pascariello


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