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Militants identitaires, trumpistes français et députés apparentés au Rassemblement national se sont retrouvés à Paris pour rendre hommage à l’influenceur tué le 10 septembre, et pour appeler à poursuivre sa croisade contre la gauche et le « wokisme ».
https://www.mediapart.fr/journal/po...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250920-185451&M_BT=1489664863989
Vendredi 19 septembre, dans le VIIIe arrondissement de Paris, les casquettes rouges « Make America Great Again » (Maga) se sont mêlées aux t-shirts « La France aux Français » et à des slogans hostiles à l’avortement. Ce soir-là, quelques centaines de personnes, de tous âges, étaient réunies sur les bords de Seine, devant une statue du général Lafayette, pour écouter un abbé réciter le Notre Père devant des affiches « Je suis Charlie ».
Durant le rassemblement pour l’hommage à l’influenceur trumpiste Charlie Kirk – assassiné le 10 septembre, alors qu’il débattait avec des étudiant·es sur un campus universitaire de l’Utah –, activistes identitaires, député·es allié·es du Rassemblement national (RN) et représentant·es français du mouvement Maga ont enchaîné les prises de parole, avec pour cible un seul et même ennemi : « l’extrême gauche ». Tout en refusant l’étiquette d’« extrême droite ».
Le rassemblement était organisé par Nicolas Conquer, porte-parole des Republicans Overseas et ancien candidat ciottiste aux législatives de 2024, et Etienne Fauchaire, journaliste pour le media complotiste pro-Trump Epoch Times. Au programme : une minute de silence, « une phase spirituelle », les hymnes américain et français et surtout une salve de charges contre « le wokisme », « l’islamo-gauchisme », cette « gauche qui préfère la violence au débat » et ne serait plus « qu’une pulsion de mort ».
Pendant plus d’une heure, l’œuvre de Charlie Kirk a été glorifiée. Et cette célèbre figure du nationalisme chrétien aux États-Unis, animateur d’un podcast parmi les plus populaires du pays, érigée en « martyr ».
Aux côtés des chevilles ouvrières des réseaux trumpistes en Europe, comme l’avocat Randy Yaloz, plusieurs influenceurs ou militants d’extrême droite étaient invités à s’exprimer. Des « Charlie Kirk français » selon Nicolas Conquer, qui a revendiqué l’analogie avec le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo en 2015 : « Charlie Kirk et Charlie Hebdo, ce sont des idées différentes, mais ce sont les mêmes balles qui l’ont tué », affirme-t-il à Mediapart.
Dans l’assistance, écharpes tricolores autour du cou, les député.es Anne Sicard et Eddy Casterman, apparenté·es au groupe RN, ont pu applaudir les saillies du militant identitaire Damien Rieu, ancien candidat zemmouriste aux élections législatives, qui a déploré au micro vivre dans une époque « où il ne fait pas bon être blanc, de droite, chrétien, conservateur ».
Quelques instants plus tard, l’ex-activiste anti-IVG Émile Duport, aujourd’hui patron de l’agence de communication Progressif Media soutenue par Vincent Bolloré, est venu saluer l’« engagement total » d’un Charlie Kirk, « animé par la grâce ». Kate Pesey, patronne de la Bourse Tocqueville qui envoie de jeunes nationalistes à Washington, est aussi montée sur scène. Dans le public, elle était soutenue par son époux Alexandre Pesey, qui dirige l’Institut de formation politique (IFP), pouponnière des droites radicales.
Les messages d’une internationale hétéroclite, d’« amis » de Charlie Kirk, allant du leader nationaliste britannique Nigel Farage au Roumain George Simion, en passant par l’imam Hassen Chalghoumi, ont été lus à l’assistance. L’ambassade américaine avait pour sa part envoyé son porte-parole Francisco Pérez.
Au micro, les intervenants·e se sont succédé pour pleurer la mort d’un « héros de la liberté d’expression », « assassiné parce qu’il a été nazifié », selon les mots de Philippe Karsenty, porte-parole du comité Trump France. Pas question ici de revenir sur les propos racistes, homophobes, misogynes et antisémites de l’influenceur préféré de Donald Trump.
Charlie Kirk est décrit comme « un être d’exception » par la militante transphobe Marguerite Stern, un « apôtre de la vérité » pour le patron du syndicat étudiant La Cocarde, « mort en donnant sa vie pour Dieu et Jésus-Christ », selon Andrei Dirlau, sénateur roumain, membre du parti allié à Marion Maréchal au Parlement européen.
Kate Pesey
L’activiste a été honoré par une succession de prises de paroles aux accents millénaristes. « Il m’est apparu comme un messie », s’est enflammée Marguerite Stern, appelant à « faire triompher la lumière chrétienne » tandis que la journaliste du média Frontières, Louise Morice, chapelet en main, affirmait que « Charlie n’est pas mort, il vit encore en nous ».
Dans une ambiance de veillée d’armes, tous et toutes ont appelé à continuer le combat de l’influenceur trumpiste. Au micro, Kate Pesey s’est fait le relais de cadres de l’écosystème Maga, déclarant que « La bataille contre l’idéologie woke et les forces antichrétiennes ne se limite pas à nos frontières. C’est un défi mondial […] Ce n’est plus seulement une lutte politique, c’est une lutte spirituelle ». « Bâtissez votre vie sur Dieu, la patrie et la famille », a-t-elle demandé à l’assistance.
« Charlie est tombé mais nous nous levons », a exalté la militante identitaire Mathilda, porte-parole du collectif Némésis qui se réclame du féminisme, suivie par la militante anti-IVG Marie-Lys Pellissier, qui a promis de continuer le combat contre l’avortement de Charlie Kirk.
Cet aréopage espère que le meurtre de leur idole constituera « un point de bascule » à même de mobiliser les troupes identitaires en France. « 2027 arrive à grands pas, la gauche fera tout pour faire taire les voix dissonantes », a prévenu Philippe Karsenty, assurant qu’en « s’élevant contre cette gauche », les sympathisant·es présent·es au rassemblement prenaient tous un risque.
Depuis l’élection de 2020 et la tentative de prise du Capitole, le RN cultive l’ambiguïté vis-à-vis de Donald Trump, qu’il a longtemps soutenu. Le parti de Marine Le Pen avait envoyé une discrète délégation assister à sa cérémonie d’investiture en début d’année, et Jordan Bardella avait annulé sa participation au grand raout conservateur du CPAC à Washington après le salut nazi de Steve Bannon, conseiller de Donald Trump et ancien invité d’honneur du FN en 2018.
La mort de Charlie Kirk a en revanche été l’occasion pour les cadres du parti d’extrême droite de saluer « ce pauvre influenceur américain », selon les mots du vice-président du parti Louis Aliot, prononcés en meeting à Bordeaux (Gironde). Le maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) a aussi affirmé que les membres du RN étaient « les seuls vrais Charlie du débat politique en France ». Dimanche 21 septembre, l’édile, qui avait déjà assisté à l’investiture de Donald Trump, se rendra en Arizona pour représenter le RN aux obsèques de l’influenceur.
Alexandre Berteau et Youmni Kezzouf
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