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ANGLETERRE - Comme rarement, la journée a été très agitée dans le centre de Londres. Entre 110 000 et 150 000 personnes ont en effet participé samedi 13 septembre à un rassemblement qui s’est conclu par des « violences inacceptables » et l’arrestation de 24 personnes. Ils avaient répondu à l’appel de Tommy Robinson.
Ce rassemblement massif intervenait après un été marqué par des mouvements anti-immigration devant des hôtels britanniques hébergeant des demandeurs d’asile, largement relayés par le militant britannique d’extrême droite sur les réseaux sociaux.
Il faut dire que ce dernier sait mobiliser les foules, et ce depuis une quinzaine d’années. De son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, âgé de 41 ans, ce militant très suivi sur les réseaux sociaux (1,6 million d’abonnés sur X) l’avait par exemple déjà montré lors d’émeutes importantes à l’été 2024 en Angleterre - après le meurtre de trois fillettes tuées au couteau dans un cours de danse à Southport. Ou quelques mois plus tard, en octobre, lors déjà d’une grande manifestation dans le centre de Londres. Ce jour-là, des milliers de manifestants avaient défilé pour réclamer un durcissement face à l’immigration.
À l’époque des émeutes l’année dernière après le fait divers de Southport, il avait déversé un flot incessant de posts et vidéos sur ses réseaux sociaux. Dans l’une d’elles, il interpellait directement les autorités : « vous avez laissé entrer dans nos villes des gens qui violent nos femmes et tuent nos enfants. Vous avez ouvert nos frontières, vous avez mis notre pays en danger. La colère des jeunes hommes que nous avons vus dans la rue est justifiée. Ils doivent défendre leurs familles. »
Condamné à plusieurs peines de prison ces dernières années, notamment pour hooliganisme, troubles à l’ordre public, recel de drogue et agression d’un policier, Tommy Robinson se présente comme un « gars ordinaire de Luton (nord de Londres) qui a affronté l’extrémisme islamique ».
Dans ce casier judiciaire fourni, il avait notamment été incarcéré fin octobre 2024 pour avoir enfreint à plusieurs reprises une décision de justice de 2021, qui lui interdisait de répéter des propos diffamatoires envers un jeune réfugié syrien.
Il doit aussi être jugé en octobre 2026 pour avoir refusé de donner le code PIN de son portable, que la police lui réclamait en vertu des pouvoirs étendus dont elle dispose dans le cadre de la loi sur le terrorisme de 2020.
D’abord membre du parti d’extrême droite British National Party, il avait cofondé en 2009 l’English Defence League (EDL, Ligue de défense anglaise). Composé surtout de hooligans, le groupuscule organisait des manifestations contre la communauté musulmane qui dégénéraient souvent en heurts avec des anti-fascistes.
Il l’avait quittée en 2013, affirmant qu’il ne pouvait plus en contrôler les éléments les plus extrémistes, et avait rejoint un think-tank disant lutter contre l’islamisme radical. Des supporters de l’EDL auraient joué selon la police un rôle important dans les émeutes de l’été 2024.
Sur son compte X, Tommy Robinson se présente comme un journaliste défendant la liberté d’expression face à des tribunaux qui sont devenus selon lui « dans tout l’Occident » des « armes politisées » (...) « utilisées contre les membres du public s’ils parlent ». Il avait été banni de Twitter en 2018, avant d’y être réinstallé en 2023 par Elon Musk après qu’il eut racheté la plateforme, rebaptisée X.
Un emprisonnement en 2018 pour outrage au tribunal lui a par ailleurs valu des marques de sympathie de Steve Bannon, ancien conseiller à la Maison Blanche sous Donald Trump (2017-2021), ainsi que de plusieurs personnalités d’extrêmes droites européennes qui avaient participé à des manifestations de soutien.
Vincent Gibert avec AFP
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