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Alors que de nombreux Palestiniens de Gaza ont salué les gestes de solidarité internationale, certains se sont interrogés sur les raisons pour lesquelles les États arabes ne font pas davantage pour briser le siège.
Deux grandes actions de solidarité qui se déroulent cette semaine – la flottille humanitaire du Madleen et la Marche mondiale vers Gaza – ont suscité des réactions passionnées, variées et parfois virulentes à Gaza.
Si de nombreux Palestiniens assiégés ont exprimé leur profonde gratitude envers les volontaires internationaux embarqués à bord de la flottille et ceux qui se préparent à marcher à travers la péninsule du Sinaï, certains se sont également interrogés sur les raisons pour lesquelles les Palestiniens géographiquement plus proches de la bande de Gaza, comme ceux de Cisjordanie et d’Israël, sont restés largement absents de ces actions à haut risque et très visibles.
Le Madleen, lancé par la Freedom Flotilla Coalition, a quitté la Sicile dimanche dernier avec à son bord une aide humanitaire de première nécessité et des dizaines de militant.e.s des droits humains, dont la députée européenne Rima Hassan et la militante suédoise pour le climat Greta Thunberg. Quatre militants, dont Greta Thunberg, ont été expulsés vers leur pays d’origine mardi après que la marine israélienne a intercepté le navire dans la nuit dans les eaux internationales ; huit militants restent en détention israélienne alors qu’ils font appel de leur expulsion.
Dans le même temps, des centaines de militants internationaux doivent arriver en Égypte jeudi pour ce que les organisateurs appellent la « Marche mondiale pour Gaza » : une initiative civile sans précédent qui exige la fin du blocus israélien du passage frontalier de Rafah et l’entrée de l’aide humanitaire.
Dans la bande de Gaza assiégée, où l’espoir est devenu une denrée rare, la vue d’une flottille humanitaire bravant la mer et l’annonce d’une marche internationale vers le passage de Rafah ont suscité des réactions passionnées. Pour de nombreux Palestiniens de Gaza, ces deux initiatives représentent bien plus que des gestes symboliques ; elles sont considérées comme des actes de courage moral face à la « paralysie politique ».
« Ils avaient pour objectif de briser le siège de Gaza », explique Samir, 33 ans, ancien professeur de lycée à Gaza. « Mais les passagers du navire ont accompli leur mission : ils ont sensibilisé l’opinion publique, risqué leur vie et démontré toute la fragilité de l’occupation israélienne à un moment où les pays dotés d’une armée et d’un poids politique n’ont pas réussi à nous aider à Gaza. »
Pour Samir, la marche de trois jourssur 50 kilomètres prévue entre la ville d’Al-Arish, au nord-est de l’Égypte, et la frontière de Rafah revêt une profonde signification morale et politique. Il la décrit comme un « pèlerinage obligatoire », en référence au pèlerinage que les musulmans sont tenus d’effectuer à La Mecque. « Toute initiative ou même toute référence à Gaza nous donne de l’espoir, et encore plus une marche massive qui cherche à atteindre le point de passage », déclare-t-il à Haaretz.
Dans une autre expression de gratitude, Yazid Abu Jarad, un artiste palestinien de la ville de Gaza, a créé une œuvre d’art avec du sable près du port où la flottille devait accoster. Cependant, toutes les réactions à Gaza n’ont pas été positives.
Au-delà de la gratitude, certains ont exprimé leur sentiment de déception, notamment envers les Palestiniens de Cisjordanie et d’Israël qui, malgré leur proximité géographique, « sont restés largement absents de ces actes directs de solidarité ».
« Ce qui fait le plus mal, c’est de voir les gens de l’autre côté du mur rester silencieux », explique Samir. « Alors que des Suédois naviguent vers Gaza et que d’autres, venus d’Afrique du Sud et de Tunisie, marchent à travers l’Afrique du Nord pour nous, où sont les habitants de Ramallah, Haïfa ou Nazareth ? Ils sont plus proches. Ils parlent la même langue. »
Quelques-uns ont également pris pour cible les militants des réseaux sociaux qui défendent des opinions pro-Hamas, les exhortant à passer à l’action, comme la flottille et la marche, plutôt que de « mener le jihad derrière leurs écrans ».
L’écrivain et poète palestinien Mosab Abu Toha, lauréat du prix Pulitzer, qui a fui Gaza en 2023 et réside désormais aux États-Unis, a appelé à une mobilisation à grande échelle : « Mille bateaux Madleen chaque jour. Commencez dès aujourd’hui. »
Sur X, Izz Eddin Shaheen, un médecin de Gaza, a également critiqué le manque de solidarité des citoyens palestiniens d’Israël. « Il n’y a pas de mer entre nous et Cheikh Raed Salah », a écrit Shaheen, en faisant référence à un éminent leader religieux palestinien, ancien chef de la branche nord du Mouvement islamique, qui vit à Oum al-Fahm. « Il n’est pas nécessaire de prendre un bateau pour atteindre Gaza. Entre nous et eux, il n’y a que des rues, et ils ne sont même pas prêts à les traverser pour se tenir à nos côtés. »
Le militant de Gaza Mustafa Asfour, connu pour son opposition virulente au Hamas sur les réseaux sociaux depuis le début de la guerre, a publiquement dénoncé plusieurs Palestiniens vivant à l’étranger qui ont exprimé leur soutien au groupe.
Dans un message très virulent, Asfour a nommé plusieurs personnes, dont Bilal et Baraa Nezar Rayan, les fils de l’ancien dirigeant du Hamas Nizar Rayan, ainsi que le commentateur d’Al Jazeera basé en Turquie Saeed Ziad et d’autres experts, les accusant de promouvoir la guerre à distance tout en évitant toute implication directe.
« Allez, allez-y. ... Laissez tomber votre activisme sur Twitter et votre propagande numérique, et rejoignez les masses arabes. L’occasion est devant vous, et vous n’avez plus d’excuse, espècse de mercenaires », a écrit Asfour. Ses propos reflètent la frustration croissante de certains Palestiniens de Gaza qui se sentent abandonnés par leurs compatriotes de la diaspora, qui leur offrent un soutien rhétorique sans prendre de risques sur le terrain.
Un autre détracteur du Hamas sur Internet, connu sous le pseudonyme « Abu Karmel », a répondu à Hudhaifa Azzam – le fils du défunt djihadiste et théologien palestino-jordanien Abdullah Yusuf Azzam – après que celui-ci eut critiqué le monde islamique pour ne pas avoir rejoint la flottille de Madleen, remettant en question la « virilité, la bravoure et la volonté de protection » des nations musulmanes.
Dans une réponse cinglante, Abu Karmel a renvoyé la balle à Azzam et à d’autres : « Et toi, Hudhaifa, la traversée du Madleen ne te fait-elle pas honte ? Toi et ceux comme Khaled Safi et Adham Abu Selmiya », écrivains et militants palestiniens résidant à l’étranger, « qui vous détendez sur les plages turques, pourquoi ne montez-vous pas à bord d’un navire comme le Madleen pour tenter de briser le siège de Gaza au lieu de crier de loin alors que ces sont des innocent qui en paient les conséquences de leur sang ?
Le Madleen ne devrait-il pas faire honte aux dirigeants du Hamas qui louent le martyre dans tous leurs discours, mais restent loin du front ? Pourquoi ne naviguent-ils pas vers Gaza pour gagner le martyre qu’ils glorifient si souvent ? Ou bien le martyre est-il réservé aux civils innocents qu’ils ont entraînés dans ce déluge ?
Le Madleen, si fièrement célébré par les dirigeants des Frères musulmans et leurs médias, ne devrait-il pas les contraindre à agir, à suivre son exemple et à tenter eux-mêmes de briser le siège ? »
Alors que la Marche mondiale vers Gaza prend de l’ampleur, les militant.e.s se mobilisent pour une offensive massive menée par des civils afin de briser le blocus par voie maritime, malgré l’échec du Madleen à atteindre la bande de Gaza.
L’écrivain et poète palestinien Mosab Abu Toha, lauréat du prix Pulitzer, qui a fui le nord de Gaza avec sa femme et ses trois enfants en 2023 et réside désormais aux États-Unis, a appelé à une mobilisation à grande échelle : « Mille bateaux Madleen chaque jour. Commencez dès aujourd’hui. » Dans un autre message, il a appelé à l’envoi d’un navire de presse international à Gaza pour témoigner et rendre compte de la situation sur place.
Faisant écho à cet appel, le réalisateur et cinéaste palestinien Omar Aziz a écrit : « On ne peut pas arrêter mille bateaux. Le moment est venu pour la plus grande flottille d’aide civile de l’histoire mondiale de se rendre à Gaza. Gaza n’est pas une terre lointaine, hors de vue, hors de l’esprit. Le siège peut être brisé grâce au pouvoir de l’organisation collective. Arrêtez le génocide. »
Nagham Zbeedat
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