Olivier Mannoni : "Il y a une grammaire du fascisme commune à Trump et Hitler"

jeudi 24 avril 2025.
 

livier Mannoni est un homme de lettres. Journaliste, biographe, critique littéraire, il a traduit de grands auteurs germanophones, de Freud à Peter Sloterdijk, en passant par Goethe, Kafka, ou encore Stefan Zweig. Un autre pan de son travail consiste à traduire les livres sur le IIIe Reich. Ainsi, on lui doit notamment la traduction du journal de Goebbels et de La médecine nazie et ses victimes, d’Ernst Klee (Solin-Actes Sud, 1999). Plus récemment, il a passé près d’une décennie sur l’édition critique de Mein Kampf, Historiciser le mal, paru chez Fayard en 2021. Ce " compagnonnage " de longue haleine avec Hitler, il l’a raconté dans son ouvrage, Traduire Hitler, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson. À l’automne 2024, il publiait, toujours aux éditions Héloïse d’Ormesson, un essai plus que jamais d’actualité : Coulée brune, comment le fascisme inonde notre langue. Olivier Mannoni est l’invité de la Couleur des idées.

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Olivier Mannoni pose un triste constat : après la Seconde Guerre mondiale, en Occident, la barbarie a été " encadrée ", notamment par le langage. "Il y avait un certain nombre de mots ou d’expressions qu’on ne pouvait plus employer sans risquer immédiatement de se faire remettre à sa place par des gens qui étaient les gardiens d’une certaine idée de la démocratie", nous dit-il. Las, cette époque est révolue.

Nous vivons un changement de paradigme. La démocratie n’est plus, pour beaucoup, le modèle à suivre. Olivier Mannoni cite un récent sondage Opinion Way qui conclue que 73% des Français veulent " un vrai chef ". En Belgique, une enquête présente des résultats similaires faisant état du fait que "7 Belges sur 10 souhaitent un leader politique fort sans contre-pouvoirs".

La coulée de brune, écrit Olivier Mannoni, est "une coulée de haine". Haine, d’abord, de l’étranger, comparé par Trump à un virus qui "contaminerait le sang américain" tandis que Marine Le Pen proposait, elle, d’"éradiquer l’immigration bactérienne"… Mais aussi haine de l’éducation et de la culture, les ennemis de longue date du fascisme.

Ce n’est donc pas un hasard si la première mesure prise par Donald Trump a été "de couper les sites en langue espagnole du gouvernement américain". Son vice-président, J.D. Vance, s’est quant à lui attaqué frontalement à l’éducation, en déclarant : "l’ennemi, c’est le professeur". Rien de bien nouveau sous le soleil puisque Hitler, dans Mein Kampf, consacrait déjà un chapitre à l’éducation qu’il considérait comme " superflue ". "Il y a un passage où il explique que l’enseignement des langues étrangères ne sert strictement à rien, […], qu’il suffit que les jeunes Allemands baragouinent trois phrases d’anglais pour arriver à quelque chose", rappelle Olivier Mannoni.

Le fond et la forme

Le nazisme et la politique menée par Trump et ses sbires ont bien des points communs, nous dit-il encore. Ceux-ci portent à la fois sur "le fond et la forme". Du côté du fond, Olivier Mannoni pointe le fait qu’ "en 17 jours de présidence, Donald Trump a fait au moins la moitié du travail accompli par Hitler en six semaines lors de son arrivée au pouvoir en Allemagne en 1933". À savoir "démanteler l’Etat, faire sauter tous les barrages, tous les garde-fous qui assurent la vie de la démocratie".

Pour ce qui est de la forme, Olivier Mannoni parle d’une "grammaire du fascisme" commune à Hitler et Trump. "C’est une grammaire de la confusion mentale : au lieu de percuter directement le public, on va l’endormir avec des phrases qui n’ont aucun sens, une syntaxe grammaticale qui est totalement aberrante", détaille-t-il. En gros, il s’agit de " noyer le poisson ", comme l’a reconnu Steve Bannon (ndlr, idéologue de l’extrême droite qui s’est illustré il y a quelques semaines pour avoir fait un salut nazi lors de la convention des conservateurs américains). "Steve Bannon dit que la seule manière de faire passer leurs idées, c’est de " balancer un flot de merde ", il utilise cette expression en permanence. Et derrière, ils font ceux qu’ils veulent", analyse Olivier Mannoni. C’est contre ce flot de merde, cette coulée brune, qu’il appelle à lutter.


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