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Nous apportons toute notre solidarité au rabbin d’Orléans victime d’une agression antisémite et appelons à développer la lutte contre toutes les formes de racisme. L’ampleur et le dynamisme des manifestations antiracistes du 22 mars doivent être des points d’appui.
Nous apportons toute notre solidarité au rabbin d’Orléans victime d’une agression antisémite et appelons à développer la lutte contre toutes les formes de racisme. L’ampleur et le dynamisme des manifestations antiracistes du 22 mars doivent être des points d’appui
Le NPA-l’Anticapitaliste 45 (Loiret. Orléans) tient à apporter son soutien au rabbin d’Orléans suite à son agression, et affirme sa solidarité avec ses proches ainsi que toutes les personnes juives.
Depuis la profanation de la plaque d’Olga Koch à Beaune-la-Rolande à l’incendie criminel contre la mosquée de Jargeau ; en passant par les propos racistes réguliers de Serge Grouard, les conférences de France Souveraineté, la négrophobie subie par Alphonse Kimberley au sein de l’US Orléans ou les stigmatisations des voyageurs chaque année lors du rassemblement de Nevoy ; un vent mauvais souffle sur le Loiret.
Pour le NPA-l’Anticapitaliste 45, la lutte contre le racisme ne se divise pas.
C’est pourquoi nous appelons à la mobilisation contre toutes les formes de racisme, dont l’antisémitisme et l’islamophobie, dans le prolongement de la belle manifestation unitaire du 22 mars.
Il y a urgence à se mobiliser dans l’unité pour faire entendre un autre discours, celui de l’égalité des droits, de la justice. Celui d’un monde sans exploitation ni oppression.
Montreuil, le 25 mars 2025
Nouveau Parti anticapitaliste (NPA)
2) « L’antisémitisme est un poison, on attend l’antidote » : après l’agression de son rabbin, Orléans en émoi
https://www.mediapart.fr/journal/fr...
Depuis l’agression du rabbin d’Orléans le 22 mars, la ville est sous le choc. La cité du Loiret a affiché son unité lors d’une marche blanche mardi soir. Mais les militants antifascistes locaux soulignent que l’antisémitisme s’installe dans la ville depuis plusieurs années.
À peine une heure après la fin d’une manifestation contre tous les racismes à Orléans, samedi 22 mars, un rabbin se faisait agresser dans la rue parce que juif. Plus tôt dans le mois, un éducateur noir du club de football de la ville portait plainte contre le secrétaire général de l’association pour injure raciste. En février 2025, une mosquée de la commune voisine de Jargeau était incendiée de manière volontaire. Comme l’impression, au niveau local, de vivre un concentré des haines qui déchirent le pays.
L’agression du rabbin est immédiatement devenue un sujet de préoccupation national et la vidéo a été partagée partout. On y voit un jeune homme invectiver et taper un homme juif devant son fils âgé de 9 ans. Un troisième homme s’interpose. Il s’agit du serrurier du quartier.
« J’ai entendu des bruits et le temps que je sorte, le rabbin se prenait déjà des coups, de pied, de poing, explique celui-ci à Mediapart. Je me suis interposé, puis l’agresseur est reparti tranquillement, comme si de rien n’était. » Comme une ultime insulte, le jeune homme de 16 ans a mis un coup de pied dans le chapeau du religieux tombé à terre.
Le rabbin, Arié Engelberg, a raconté lui-même l’agression. Le caractère antisémite de celle-ci ne fait aucun doute. Dans son témoignage à BFMTV, il tient à préciser que parmi les témoins venus à sa rencontre, « il y avait de tout », et que « deux jeunes maghrébins, des musulmans », lui ont « apporté du soutien » et ont appelé la police.
Mardi 25 mars au soir, Arié Engelberg, encore trop secoué par l’agression, n’était pas présent à la manifestation de soutien, partie à 18 heures du seuil de la synagogue d’Orléans. Mais l’heure était à l’unité et à la colère parmi les centaines de personnes présentes. Tous et toutes se disent scandalisé·es.
Kippa sur la tête et étoile de David au cou, un jeune homme a fait le chemin depuis Paris pour être présent. Et tant pis si, pour être à l’heure, il a dû enchaîner les correspondances. « Je connais un peu le rabbin parce que je suis souvent de passage à Orléans et il fait des choses super pour la communauté. » Ce salarié en boulangerie, qui préfère ne pas donner son nom et ne pas être pris en photo, n’est pas étonné de la foule du jour : « Les Français ne sont pas antisémites. C’est une minorité qui nous discrimine. »
Il raconte tout de même les regards, parfois les insultes, qu’il reçoit quand il arbore sa kippa. « À Lyon, dans un train, on m’a suivi de rame en rame, en me crachant dessus. Mais encore une fois, ces gens sont une minorité. »
Jacques, communicant à la retraite, a quant à lui fait le déplacement depuis un village situé à une trentaine de kilomètres de là, « pour montrer [son] soutien au rabbin mais aussi à toutes les personnes juives ». « Cela fait des années que le racisme et l’antisémitisme montent. Avec ce que l’on sait de la Shoah, je trouve invraisemblable que des juifs puissent être encore agressés pour leur religion », dit le retraité, qui ne voit que peu de raisons d’espérer, au regard « du climat local, national ou international ». « Nous ne sommes plus à l’abri d’un retour du fascisme », craint-il.
« Avec le rabbin, on est dans le même bateau, lance Yamina*, chargée de clientèle qui porte le voile. Cette agression ne m’a pas étonnée. Moi aussi je me fais insulter à cause de mon voile. Je me sens solidaire du rabbin parce qu’on subit la même chose. » Avec son mari Tej, fondateur d’Élan citoyen orléanais, une association qui lutte pour que les voix des quartiers populaires soient entendues, ils racontent leur peur pour la suite. « Aujourd’hui, en France, le discours raciste est complètement décomplexé », estiment-ils.
Samedi, dans la foulée de l’agression, la procureure de la République d’Orléans a ouvert une enquête. L’agresseur a été arrêté dans la soirée du 22 mars et placé en détention provisoire deux jours plus tard. Il sera jugé fin avril par un tribunal pour enfants pour « violences volontaires commises en raison de l’appartenance réelle ou supposée de la victime à une religion ».
Le parquet indique que le jeune homme avait déjà été arrêté ces derniers mois pour détention de stupéfiants et vol à la tire. Sur son âge et sur son identité, le jeune homme a donné plusieurs versions aux policiers, assurant d’abord être d’origine palestinienne, puis marocaine, avoir 17, puis 16 ans.
L’avocat du jeune homme, Nicolas Bouteillan, a expliqué devant plusieurs journalistes que l’acte n’était pas prémédité. « Il est perdu, je pense. Il est dépassé par les événements. »
Dans un texte commun, les responsables religieux de l’Orléanais ont assuré le rabbin agressé de tout leur soutien. « Face à la montée actuelle de l’antisémitisme, et de toutes les formes de rejet de l’autre, nous exprimons notre tristesse et notre préoccupation, ont écrit les autorités catholiques, protestantes et musulmanes. Nous appelons les membres de nos communautés et l’ensemble de nos concitoyens à la plus grande vigilance. »
Le ton du maire, Serge Grouard, est bien différent. L’édile, ex-Les Républicains (LR), s’est empressé d’instrumentaliser l’agression. Dans les colonnes de La République du Centre, il a assuré que « l’agresseur […] est un étranger qui est arrivé d’on ne sait où pour l’instant, et qui n’a rien à faire ici ». « J’en appelle maintenant à dire “ça suffit”, a-t-il poursuivi. Ce ne sont plus des mots, ce sont des actes. Moi, je me bats depuis plus de deux ans pour que cesse, sur Orléans, l’arrivée de ces étrangers, souvent en situation irrégulière. »
Ce type de déclaration n’est pas surprenant, si l’on en croit le collectif antifasciste d’Orléans, interrogé par Mediapart. « Le maire d’Orléans, comme le RN, ne s’oppose à l’antisémitisme que par obligation médiatique ou alors pour mieux attaquer les personnes racisées qui seraient supposément responsables d’un “nouvel antisémitisme”. Mais on ne combat pas un racisme en en alimentant un autre. »
Pour ces militants, « le climat actuel à Orléans et en France est propice à la diffusion des idées antisémites ». Ils se souviennent, « à l’époque du covid », du « complotisme et des théories antisémites dans les manifestations antivax ». Sur leur blog, ils ont recensé saluts nazis et slogans problématiques lors de ces manifestations locales, estimant que la gauche n’aurait jamais dû appeler à rejoindre ces cortèges.
Ils racontent aussi les réunions de l’association d’extrême droite France souveraineté accueillies dans la médiathèque de la ville. En 2022, l’une de ces réunions avait pour invité d’honneur Pierre Hillard, un auteur antisémite et complotiste qui défendait la « déchéance de nationalité pour les juifs », qu’il accuse d’avoir « ouvert les portes de l’immigration » en 2023 lors de l’université d’été de Civitas – ce qui a entraîné la dissolution de ce parti catholique intégriste.
« Grâce à notre mobilisation, le maire a été contraint de faire annuler l’événement à la médiathèque, raconte le collectif. Mais depuis, la ville prête de nouveau la médiathèque à l’association pour d’autres conférences d’extrême droite. De même, l’association a pu bénéficier d’un stand en 2023 au forum des associations organisé par la ville. »
En mars 2024, une nouvelle polémique agitait Orléans : le collectif antifasciste s’est insurgé qu’un policier municipal arbore un tatouage de soleil noir sur le coude. Ce symbole occulte dessiné pour la SS nazie ne laisse que peu de doute sur l’idéologie du fonctionnaire. Ce dernier a assuré qu’il ne s’agissait que d’un symbole viking.
Il lui a simplement été demandé d’effacer son tatouage. « La mairie ne l’a pas suspendu, gronde le collectif. Pour nous, l’opposition de Serge Grouard à l’antisémitisme est purement de façade. » Interrogé par Mediapart sur ces points, le maire n’a pas répondu à nos questions.
La municipalité n’est pas seule dans le viseur du collectif. Les réunions de l’association France souveraineté se tiennent parfois dans une salle paroissiale liée au diocèse. « La dernière réunion du genre accueillait deux auteurs explicitement liés au milieu antisémite des catholiques intégristes », assurent les militants.
Le 7 mars, Sylvain Durain et Alain Pascal étaient en effet invités par l’association à disserter sur la laïcité. Le premier est connu pour avoir tenu une librairie à Nancy – fermée depuis – qui offrait toute une panoplie d’ouvrages nationalistes, antisémites, islamophobes ou masculinistes.
Dans une interview de 2021, il considérait qu’il existe une « véritable infiltration juive dans les organisations mondiales » ou encore que « l’islam est un danger majeur pour notre pays ». Le second, historien autoproclamé, assure que la Révolution française a été faite par des « mercenaires » dirigés par des « francs-maçons » et défend la « supériorité de la civilisation chrétienne » sur toutes les autres.
Le diocèse d’Orléans précise à Mediapart qu’il « n’entretient aucun lien avec France souveraineté » et que l’association gérant la salle paroissiale « fonctionne de façon tout à fait autonome ». Elle accueille des événements privés, mais aussi des cours de yoga ou « des conférences du comité de la Jupe, une association visant à promouvoir l’égalité hommes-femmes dans l’Église catholique, en opposition frontale avec [le dogme catholique] ».
L’évêque Jacques Blaquart « condamne sans ambiguïté tout discours visant à promouvoir la discorde et la haine vis-à-vis des religions », précise le diocèse. En 2022, l’évêché a fait annuler la venue de Pierre Hillard dans l’une des salles du diocèse.
Localement, l’antisémitisme a encore surgi à l’occasion des élections législatives de l’été 2024, cette fois porté par Jean-Pierre Templier, suppléant du candidat Rassemblement national de la sixième circonscription du Loiret, Anthony Zeller. Comme Mediapart l’avait détaillé, ses réseaux sociaux étaient constellés de propos sexistes, mais aussi antisémites, comme lorsqu’il dénonçait « cette communauté [qui] nous dirige », « au gouvernement, à la tête des entreprises du CAC 40 ».
Il faudra sans doute bien plus qu’une marche silencieuse pour endiguer le racisme qui fait son nid partout, y compris à Orléans. Selon les chiffres du ministère de l’intérieur, 60 % des agressions en raison de la religion en France visent des personnes juives, alors qu’elles ne représentent que 1 % de la population.
Mardi soir, à l’arrivée de la courte marche, sur la place de la République, plus d’un millier de manifestant·es se sont serré·es pour entendre les prises de parole des représentant·es des associations juives. Maayan Degan Gabay, présidente de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) d’Orléans et de Tours, a adressé un message à la famille Engelberg.
« Si vous faites autant pour la communauté, il est hors de question qu’on ne fasse pas autant pour vous, a-t-elle lancé. Nous sommes là pour montrer à Orléans qu’on n’a pas peur d’être juifs ici. La communauté juive d’Orléans existe depuis des siècles et ce n’est pas l’antisémitisme qui va nous faire partir. »
André Druon, président de la communauté juive, a déclaré, solennel : « Par votre présence ici, vous dénoncez l’antisémitisme, mais aussi toutes les autres discriminations. » Sous les applaudissements, il s’est adressé à Emmanuel Macron : « Le président dit que l’antisémitisme est un poison. Nous, ce qu’on attend, c’est l’antidote. Jusqu’à quand on va tolérer ce genre de choses ? Jusqu’à quand ? » À la fin du rassemblement, la foule dans son ensemble a entonné La Marseillaise.
Khedidja Zerouali
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