Marx, Engels et la question nationale

vendredi 3 novembre 2017.
 

La pensée de Marx et d’Engels (c’est le second qui intervient généralement sur cette question) ne sépare pas les champs de la connaissance (économie, histoire, droit, philosophie, politique, science, techniques...) mais englobe le tout dans une démarche historique fondée sur les modes de production et leurs structures sociales tout en préservant une démarche critique, évolutive, non dogmatique, partant des faits.

De même ils ne séparent pas leur projet et leur action politique en tranches distinctes : combat anticapitaliste, émancipation nationale, droits des minorités...

Ils considèrent la nation comme comme une forme politique liée à une phase nationale du développement du mode de production capitaliste dans lequel la contradiction principale est celle du capital et du travail (d’une part des propriétaires des moyens de production, d’autre part la classe ouvrière, les salariés) et non celle entre nations, ni celle entre Etat et minorités.

Les positions de Marx et d’Engels ne peuvent donc se résumer ni à leur soutien au "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes", ni à leur soutien à un Etat nation allemand, un Etat nation italien...

Quiconque n’est pas habitué à une démarche dialectique prenant en compte de nombreuses contradictions pour dégager une perspective peut difficilement les suivre.

Ils considèrent à la fois :

- comme positif l’héritage universaliste des Lumières

- comme positif l’émergence de grands états nationaux produits des révolutions démocratiques bourgeoises par rapport à l’émiettement corporatiste et communautariste de la féodalité. Ceci dit, pour eux, toute nation n’est pas, en soi une réalité progressiste. Elle ne l’est qu’à la condition de contribuer à ce progrès historique.

- comme nécessaire le soutien actif des minorités face à leur oppression. Ceci dit, Engels défend dans la Gazette rhénane une position bien résumée par Rosdolsky : "Le seul fait d’une oppression nationale n’impose nullement à la démocratie de prendre parti pour la nationalité opprimée ; un tel devoir n’intervient que lorsque les activités politiques de cette nationalité revêtent un caractère révolutionnaire et servent ainsi les intérêts particuliers de la démocratie ; sinon le "soi-disant" mouvement national ne saurait avoir droit au soutien".

Le soutien actif de Marx et Engels aux minorités opprimées ne fait pas de doute. Vivant en Angleterre, ils ont joué un rôle important au niveau international pour dénoncer l’ignoble oppression subie par les Irlandais et rompre leur isolement médiatique. Ainsi Jenny Marx écrivit sept articles en défense de prisonniers irlandais dans le journal français La Marseillaise qui eurent un retentissement au niveau européen.

L’Internationale et un pays dépendant, l’Irlande (Karl Marx)

Dans ce texte Marx et Engels :

- prennent position pour une section irlandaise de l’Association Internationale des Travailleurs parmi les Irlandais vivant en Angleterre, contre les représentants anglais dans cette instance.

- défendent leur point de vue comme une question de principe comparable à l’oppression d’autres minorités comme la Pologne (intégrée alors d’une part à l’empire russe, d’autre part à la Prusse, enfin à l’empire autrichien), l’Alsace (intégrée alors à l’empire allemand), les Danois du Schleswig septentrional (intégrés alors à l’empire allemand)

- n’avancent pas la perspective d’une Irlande indépendante mais celle d’une fédération libre et égale entre la Grande-Bretagne et l’Irlande.


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