Les limites des critiques couramment avancées pour expliquer les contre-performances de LFI aux deux dernières élections.

dimanche 15 septembre 2019.
 

Sans prétendre à l’exhaustivité, nous analysons ici un bon nombre des critiques qui ont été formulés à l’occasion des dernières élections contre LFI.

Pour notre part, nous souscrivons à la bonne analyse des résultats électoraux de Martine Billard reproduite sur ce site.

Après les européennes, une nouvelle séquence Martine Billard

A– les explications couramment avancées des contre-performances de LFI aux deux dernières élections.

1) La première raison couramment invoquée est la nature du scrutin.

– Les élections législatives consécutives à la présidentielle donnent à chaque fois, une prime au vainqueur de la présidentielle et découragent de voter ceux qui ont été battus compte-tenu de la prédominance du pouvoir exécutif dans les institutions de la Ve République.

C’est vrai mais le niveau des abstentions était très élevé au premier comme au second tour et 80 % de l’électorat qui avait voté Mélenchon avait voté pour le programme l’Avenir en commun alors que seulement 16 % de l’électorat de Macron avait voté pour son programme. En outre, le score de LREM au premier tour était relativement faible mais comment expliquer un tel effondrement pour LFI ?

–Les élections européennes s’accompagnent toujours d’un fort taux d’abstention, les électeurs n’étant pas convaincus de l’utilité de leur vote d’autant que le résultat du référendum de 2005 a été sans effet. En l’occurrence, pour les électeurs de LFI, difficile de faire comprendre d’un côté la nécessité de sortir des traités européens, d’agir dans un parlement qui a peu de pouvoirs, et d’un autre côté expliquer que le vote est utile pour désavouer la politique de Macron appliquant les directives européennes sachant pertinemment que le comportement de ce dernier ne changera pas quelle que soit l’issue du vote. Force est de constater que les 400 meetings pour convaincre ont été sans grande efficacité.

Certes, mais les mêmes inconvénients s’appliquent aussi au Rassemblement National qui n’a pas constaté de son côté une telle chute de son score entre les législatives de 2017 et les européennes de 2019. Rappelons en effet que le score législative 2017 LFI + PCF était de 13,75 % des exprimés et tombe à 8,8 % en 2019. Alors que le score du FN gagne près de 10 % des exprimés entre ces deux élections. En réalité ces explications sont largement insuffisantes.

2) la puissance de l’action médiatique.

Une fois de plus, une explication essentielle n’est pas mentionnée par la plupart des observateurs qui est le rôle prépondérant des médias. Nous ne reviendrons pas ici sur la grande visibilité donnée au RN depuis janvier 2019 par les grands médias (nous avions repris l’étude du site Acrimed)

Une méthode pour apprécier la visibilité médiatique et le nombre d’occurrences obtenues par Google sur Internet par exemple. On constate que pour Jean-Luc Mélenchon, le nombre d’occurrences était de l’ordre de 16 millions en décembre 2018 ; il est tombé dorénavant à 7,8 millions. Sur la même période, Marine Le Pen passe de 89 millions à 92 millions. La visibilité de la représentante du RN est donc désormais plus de 10 fois plus importante que celles du représentant de LFI. Mais ce genre de « petit détail insignifiant » ne semble pas alarmer ou simplement beaucoup questionner dans les rangs de LFI.

De la même manière, on peut expliquer en grande partie le succès de EELV.

Il y a une plus grande visibilité médiatique donnée à Yannick Jadot par rapport à celle de Manon Aubry (le double selon nos calculs) dans un contexte où l’écologie est devenue un sujet incontournable suite aux marches sur le climat, la biodiversité, etc. Une partie des 35 % du jeune électorat sympathisant EELV qui avait voté Mélenchon en 2017 a pu refluer vers EELV. Déçue par la politique de Macron, une fraction de son électorat s’est aussi reportée sur EELV

3) Une conséquence des perquisitions ?

Une autre raison invoquée surtout par les médias serait l’effet désastreux des perquisitions de Mélenchon et du siège de LFI tant par la suspicion que peut provoquer une enquête préliminaire que par le comportement inapproprié de Mélenchon face aux caméras.

Encore faudrait-il que cette hypothèse soit étayée par un sondage statistiquement fiable et non pas par des ressentis ici ou là. Remarquons que pour l’instant, sept mois après, l’enquête préliminaire n’a pas encore eu de suite.

On peut observer qu’à chaque invitation d’un représentant de LFI par un grand média, cet événement, en réalité largement monté en épingle par le système médiatique, est toujours invoqué pour justifier une baisse de la popularité de LFI et pose à chaque fois la question de savoir si Mélenchon ne devrait pas être écarté du mouvement.… Le caractère obsessionnel de ce questionnement montre bien que le tapage médiatique fait à cette occasion avait bien pour but d’écarter Mélenchon du champ politique.

… Dans la même veine, on a invoqué « les clash permanent » de Mélenchon. Mais depuis décembre 2018, il n’y a pas eu à ma connaissance, de « dérapage verbal » de Mélenchon et en tout cas pas pendant la campagne des européennes. Mais il faudrait alors aussi enregistrer sur le sonomètre électoral les éclats de voix de François Ruffin.…

Par ailleurs, on a remarqué que depuis plusieurs mois Mélenchon est beaucoup moins présent sur les stations de radio et de télévision : ce sont d’autres représentants de LFI qui sont invités.

Il est vrai néanmoins que le maniement de la conflictualité dans le champ médiatique est très délicat et est souvent contre-productif.

4) Une volonté hégémonique contre-productive de La France Insoumise

Une autre explication avancée notamment par le PCF serait la volonté hégémonique de La France Insoumise. Rappelons que LFI est un mouvement ouvert qui accueille aussi bien des membres de partis politiques que des membres de syndicats, d’associations et tout simplement de simples citoyens non encartés. C’est le cas de 60 % de la liste des candidats de LFI aux européennes.

Le parti d’Emmanuel Morel (qui a d’ailleurs été élu) s’est associé à LFI.

Si l’on veut parler de prétention hégémonique, il peut être utile de rappeler que le PCF avait eu un désaccord avec le PG pour que les adhérents du Front de gauche puissent adhérer à celui-ci sans carte de parti. Toute immersion dans un mouvement plus large dont il n’a pas le total contrôle est ressenti par le PCF comme une menace de dissolution de son identité, mouvement qui prend alors pour lui un caractère hégémonique.

5) Un manque de projet ?

Une autre explication serait que LFI n’aurait pas de projet de gouvernement et de société fédérateur. "Mauvaise foi ? Mépris ? Ignorance ? Amnésie ?

On semble oublier qu’il existe un programme appelé l’Avenir en commun. Ce programme a repris et amélioré celui du Front de gauche « L’humain d’abord », a été élaboré collectivement par la prise en compte de plus de 3000 propositions de citoyens et de différentes associations spécialisées sur l’énergie, l’environnement, la Justice, etc. Ce programme a été accompagné de 40 livrets thématiques, d’une émission de six heures pour expliquer sa mise en œuvre budgétaire, de la pluie 260 économistes répartie dans un pays.

Évidemment, la réaction jalouse à un tel travail peut être : le déni d’existence ou l’accusation d’hégémonie tant le programme recouvre un champ considérable.

Mais ce n’est pas tout, France Insoumise avait aussi élaboré dès décembre 2018 un programme et un projet pour l’Europe suite aux travaux de la dernière convention nationale. On peut ne pas être forcément complètement satisfait de ce programme mais il a le mérite d’exister et il est peu probable que la contre-performance aux élections européennes soit liée à la qualité de ce programme car la grande majorité des électeurs ne l’a probablement pas lu.

Enfin, France Insoumise sur son site propose des projets d’espoir et de transformation sociale pour les municipalités avec appel à contributions.

https://lafranceinsoumise.fr/2019/0...

Rappelons pour ceux qui hurlent à l’hégémonisme de LFI que le programme l’Avenir en commun est évolutif et peut être modifié avec ceux celles qui veulent s’associer avec LFI.

6) Une stratégie populiste contre-productive ?

Une autre explication tiendrait à la nature de la stratégie « populiste » de LFI. Qui donc aurait perçu des propos populistes dans l’ensemble des meetings de Manon Aubry à l’occasion des élections européennes ? Une couleur « populiste de gauche » était plutôt présente lors des meetings de Mélenchon pendant l’élection présidentielle de 2017 ce qui ne lui a pas été défavorable ! En outre, ceux ou celles qui utilisent cette terminologie ne semblent pas avoir lu et compris les ouvrages de Chantal Mouffe sur ce concept. Nous ne discuterons pas ici de cette question qui mériterait un développement

7) Présenter des candidats aux européennes serait une erreur

Ce serait une erreur stratégique de présenter des candidats pour être élue au Parlement européen en raison de l’absence d’un réel fonctionnement démocratique et le peu d’enthousiasme que cette élection provoque pour les classes populaires qui peuvent considérer ces candidats comme des « agents du système ».

On reconnaît ici une position issue de la pensée anarchiste. Celle-ci ignore que la lutte de classes s’exprime aussi dans les parlements et que ce sont ces derniers qui votent tantôt des lois sociales, tantôt des lois anti–sociales, tantôt écologistes et tantôt des lois anti écologistes. C’est ignorer qu’il existe en leur sein des combats idéologiques entre des forces progressistes et des forces réactionnaires qui, au demeurant, peuvent prendre des formes variables. La lutte de classes ne semaine pas seulement dans la rue mais aussi au sein des entreprises, au sein de l’État, au sein de divers appareils (pas seulement d’État), sur le terrain des expériences locales menées par la société civile (collectif de citoyens, associations,…) et aussi dans les assemblées élues au niveau local, départemental, régional, national, européen. Il semble que par exemple Juan Branco n’est pas saisi le caractère multidimensionnel de ce qu’est la lutte de classes, du combat idéologique.

8) un autre argument avancé est la division des forces de gauche.

Sans même parler de division des « forces de gauche », la présence de 34 listes aux élections peut faire penser à un étalage de produits d’un hypermarché dont bon nombre de produits sont mal identifiés. Peu encourageant donc pour se déplacer vers la grande boutique électorale.

Il est vrai que la division des forces progressistes n’incite pas à leur faire confiance.

Mais La France Insoumise est-elle responsable de cette division ? De cette fragmentation ? Sans renier leur identité de partis, GénératioS, le PCF, Urgence écologique, le parti Animalis te avait la possibilité de se joindre à LFI et ils auraient ainsi gagné 10 sièges au lieu finalement d’en avoir aucun au Parlement européen. Il n’y avait pas d’incompatibilité majeure entre le programme de ces partis et celui de l’Avenir en commun. Cet ensemble, aurait réuni 16,6 % des exprimés. Avec EELV, le total atteignait 30 % soit largement plus que les partis de Macron et de Le Pen.

À qui la faute ? Était-ce à LFI qui réunissait près de 20 % des suffrages exprimés à la présidentielle qui aurait dû se joindre à une force ne représentant que 2 % qui, de surcroît, n’est pas un mouvement ouvert, mais un parti ? L’accusation de « volonté hégémonique » de LFI a bon dos !

Ainsi, il apparaît que toutes ces explications s’avèrent fausses ou insuffisantes..

Alors tout va bien ? La France Insoumise serait exempte de toute critique ?

Suite aux mauvais résultats des élections européennes de 2019, il est tout à fait légitime de s’interroger sur leurs causes et notamment sur la ligne politique de LFI, c’est ce qui devrait être normalement fait lors de la prochaine assemblée représentative qui se tiendra les 22 et 23 joints 2019

Il faut en réalité, de mon humble point de vue, s’interroger sur la stratégie d’action de LFI au regard de l’énergie et du temps investi dans la campagne par rapport aux résultats obtenus.

Plus de 400 meetings accompagnés d’une multitude de distributions massives de tracts et de collage d’affiches, opération 471 sans même parler des différentes campagnes sur la pauvreté, la sortie du nucléaire, l’évasion fiscale, des caravanes des droits et de l’abondance des amendements déposés par les 17 députés insoumis à l’Assemblée nationale. Aucun autre parti n’a investi autant d’énergie pour affirmer ses critiques et ses propositions.

B–Le rôle de l’appareil idéologique dominant qu’est le système médiatique est quasi ignoré.

B.1 L’importance des appareils idéologiques

Pour éviter tout malentendu, je ne prétends pas ici que tout s’explique par l’action de l’appareil idéologique médiatique. Nous avons rédigé divers articles pour expliquer les mécanismes de la domination et la construction de l’imaginaire politique des citoyens. En outre, la stratégie politique le vocabulaire, les thématiques utilisés par tel ou tel parti ont évidemment leur importance mais n’expliquent pas à eux seuls la puissance de leur influence.

Mais à l’inverse, il ne faut absolument pas sous-estimer l’action primordiale des appareils idéologiques au cours de l’histoire et en particulier durant notre époque.

La notion d’appareil idéologique faisant pourtant corps avec tout système de domination économique et politique ne semble pas faire parti du champ mental de la quasi totalité des analystes politiques contemporains.

On peut se reporter au travail de Robert Fossaert les appareils : La société. Tom III : les appareils de Robert Fossaert http://classiques.uqac.ca/contempor...

On peut se reporter aussi à l’ouvrage célèbre de Louis Althusser : Idéologie et appareil idéologique d’État disponible en ligne : http://classiques.uqac.ca/contempor...

Dans toute société ou l’organisation sociale devient complexe et où apparaît une division sociale du travail et notamment dans les sociétés où apparaissent un état (tel par exemple Sumer avec les cités–état, apparaît une classe dominante qui assure la reproduction de sa domination par l’action d’un appareil idéologique dominant. Cet appareil a pour fonction de légitimer la domination sur la classe dominée en fabriquant idéologiquement le consentement. Cet appareil prend différentes formes dans l’histoire. Par exemple, l’église catholique, appareil religieux mais aussi idéologique a eu pour fonction la reproduction de la classe féodale pendant plusieurs siècles.

La domination est d’abord de nature économique s’exprimant notamment par l’exploitation de la force de travail et la propriété des moyens de production et d’échange mais est aussi culturelle est évidemment politique.

Elle agit aussi sur les corps (bio politique) et sur la subjectivité des dominées.

À notre époque cet appareil idéologique dominant et le système médiatique plutôt une partie importante de ce système : l’appareil idéologique médiatique. C’est un appareil hybride à la fois appareil d’État et appareil privé.

Nous avons eu l’occasion de décrire ailleurs l’anatomie et le fonctionnement de cet appareil.

B 2. Des insoumis aux prises avec les médias meanstream

Faisant fi de l’Histoire, de la sociologie, de la psychologie, de l’anthropologie nombreux adhérents et responsables de la FI n’ont pas mesuré à sa juste valeur l’importance extrême de cet appareil dans le processus de domination et notamment dans le processus de neutralisation de son action qui se veut émancipatrice et anti oligarchique.

L’une des raisons tient au caractère inconscient de l’idéologie que que tout individu peut véhiculer ainsi que de l’origine de celle-ci.

–L’un des exemples emblé matiques et celui de Clémentine Autain qui intervient tantôt dans Libération, tantôt sur une chaîne privée tantôt sur une chaîne publique pour émettre des critiques à l’encontre du mouvement auquel elle appartient.

Il est normal et même nécessaire qu’un quelconque membre d’un mouvement comme LFI puisse exprimer des critiques, le problème est le cadre dans lequel celles-ci s’exercent. Or ce cadre est en l’occurrence une véritable machine de guerre idéologique dont l’une des fonctions essentielles et de détruire LFI qui est la seule force politique sérieuse susceptible de mettre le système en danger.

Clémentine Autain qui est une femme politique de qualité semble faire preuve d’une certaine naïveté en considérant le champ médiatique comme un espace démocratique d’information.

Son magazine Regards est un véritable média d’information et de discussion qui n’a pas grand-chose à voir par sa nature et son fonctionnement avec les grands médias dominants, ce qui semble lui échapper. Il aurait été plus judicieux d’exprimer et de limiter ses critiques dans son magazine, comme il apparaît dans son interview sur Regards :

https://www.youtube.com/watch?v=7WW...

Cette interview montre d’ailleurs qu’elle est partiellement consciente de la nuisance pour le mouvement de ses interventions dans les médias meanstream Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille ne jamais intervenir dans les grands médias mais ses interventions nécessitent un certain nombre de précautions et même une formation approfondie sur la manière dont fonctionne c’est média.

–Mélenchon s’est laissé piéger alors que c’est un homme politique d’expérience et qui ne se fait pas d’illusions sur la nature du « parti médiatique ». Mais lui aussi, fait encore preuve d’une certaine naïveté, victime comme Clémentine Autain de son honnêteté et de sa générosité.

L’espace médiatique est un champ de guerre et croire que la conflictualité peut être dans cet espace un outil pour faire réfléchir et avancer dans une discussion est une illusion.

La conception polémiste du discours politique comme valeur positive dans le débat démocratique défendu par Jacques Rancière et reprise à sa manière par Mélenchon fonctionne dans un univers démocratique ooù le débat d’idées est valorisé mais est totalement inopérant dans un appareil idéologique de combat au service d’une classe dominante. Clémentine Autain exprime à sa manière le caractère contre-productif de cette démarche qu’elle qualifie, avec une certaine exagération, de clash permanent.

–Récemment Alexis Corbière s’est fait piéger sur BFM TV. Il avait répondu avec efficacité et justesse à une utilisation du mot élite. Mais immédiatement après, il n’a pas répondu à une affirmation de la journaliste qui voulait faire croire que Mélenchon voulait fédérer le peuple autour de lui. Pris de court ? Probablement car une telle accusation nécessitait une réponse. La fédération du peuple ne se fait pas au autour d’un homme !

Alexis Corbière invité à BFM TV https://www.youtube.com/watch?v=5qK...

Alexis Corbière invité sur France 2 https://www.youtube.com/watch?v=aY_...

–Rappelons que lors des deux débats réunissant les candidats aux élections présidentielles de 2017, à chaque fois les sondages montraient que Mélenchon avait été le plus convaincant. Ces deux émission regardés par des millions de téléspectateurs ont probablement eu un impact considérable et explique probablement en bonne partie son bon score au premier tour de la présidentielle. C’est la raison pour laquelle la machine de guerre médiatique met tout en œuvre pour démolir Jean-Luc Mélenchon. La révision de la loi sur l’égalité des temps de parole pour les élections présidentielles (deux semaines au lieu de cinq semaines) proposé par les deux socialistes Le Roux et Urvoas sous la présidence Landes ont empêché Mélenchon d’accéder au second tour et peut-être même de gagner les élections. Cela a-t-il été fait exprès quelques mois avant la tenue des présidentielles ? Seul un cercle d’initiés le sait mais il n’est pas incongru de le supposer.

Ceux qui contrôlent l’appareil idéologique médiatique utilisent tout un arsenal de techniques et de stratégies de neutralisation que nous avons analysées dans des articles précédents.

Cela rend relativement limitée l’efficacité des interventions des représentants de La France Insoumise dans les grands médias.

B.3 Les limites de l’action d’information de LFI

–Conscients de cette situation, Jean-Luc Mélenchon et ses amis ont utilisé une stratégie de contournement par l’utilisation de médias Internet dont nous avons rendu compte sur ce site.

Mais là encore, l’efficacité reste limitée en raison du nombre relativement restreint des utilisateurs au regard du nombre de d’auditeurs et de téléspectateurs utilisant les grands médias.

En outre, il n’existe pas, comme nous le prévoyons dans notre proposition de plan média, organe de lutte idéologique performant animé par des insoumis au sein des réseaux sociaux. Certes, les vidéos de formation constituent déjà un apport positif.

– Pourquoi si peu d’efficacité avec les meetings (plus de 400), avec l’opération 471 ?

D’abord ce genre d’événements n’est pas du tout relayé par les grands médias et ceux qui y participent sont dans leur grande majorité des sympathisants du mouvement.

–Quant aux tracts, distribués anonymement dans des boîtes à lettres, leur efficacité varie entre 5 pour 1000 et 1%.

B.4 Quelle contre-offensive et quelle offensive efficaces ?

La solution la plus efficace et le contact physique par la parole avec les gens : distribution de textes en porte-à-porte, à l’entrée des gares, dans les marchés, à la sortie des établissements scolaires et universitaires, des grands magasins, de certaines entreprises, etc. pour la distribution dans les villes, en examinant les résultats par bureau de vote, on peut déterminer les zones où le taux d’abstention est le plus élevé : ce sont d’abord aux habitants de ces endroits qu’il faut s’adresser.

C’est par l’échange avec les gens et en allant vers eux que LFI peut nouer des liens avec les classes populaires et les classes moyennes. Cet échange doit se faire sur la durée et ne pas être exclusivement assujettis à des échéances électorales sous peine que les militants soient perçus comme des VRP à la recherche de parts de sièges sur le « marché électoral ».

C’est un véritable quadrillage de tout le territoire qu’il faudrait organiser.

Cette manière d’agir peut permettre de faire connaître à la population les chaînes YouTube, les divers sites Internet pouvant être utile à leur information et formation. Il faut donc concevoir le porte-à-porte en interrelation avec l’usage de l’Internet.

Quels moyens humains ?

À raison de 470 000 distributeurs, cela revient pour chacun d’entre eux a contacté 100 personnes pour couvrir la totalité du corps électoral de 47 millions d’électeurs.

Il faut donc d’abord que les groupes d’actions (environ 5000) consolident leur influence en contactant les sympathisants du mouvement et en les sollicitant pour devenir acteurs de celui-ci. On évalue à environ 500 000 le nombre d’adhérents et de sympathisants de La France Insoumise.

Il ne semble donc pas hors de portée de pouvoir réaliser ce travail de terrain qui implique en même temps une amélioration de l’information et de la formation des militants.

Ce travail fondamental de terrain doit être couplé à un plan média que nous allons définir dans un prochain article. Les groupes d’actions locaux ont toute liberté, en respectant la charte des groupes d’actions, de rédiger domaine des tracts simples et pédagogiques adaptés aux différentes populations et réalités locales sans être forcément assujetti à l’agenda des élections municipales.

L’enjeu est de neutraliser l’action de l’appareil idéologique médiatique et de convaincre 60 % du corps électoral du bien-fondé du projet politique de La France Insoumise ou d’un tronc populaire plus large qui reste à définir. C’est par un travail d’éducation populaire de longue haleine que la bascule pourra se réaliser. Mais la, il s’agit d’un autre chantier.

Hervé Debonrivage

3–Un plan de combat médiatique tous azimuts.

À suivre…

Hervé Debonrivage


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