LA FRANCE INSOUMISE ET LES ELECTIONS EUROPÉENNES DU 26 MAI 2019 Quelques réflexions...

lundi 17 juin 2019.
 

LFI voulait faire de ces élections un test pour ou contre la politique libérale de Macron et aussi se présenter comme l’alternative à cette politique. Avec 6,5 % des suffrages exprimés, cet objectif n’est pas atteint. Après 19 % aux élections présidentielles et 11% aux législatives de 2017, c’est un recul qui situe LFI au niveau des résultats du FDG (de 6,5 à 7, 5 % environ), mais cette fois sans le PCF.

Les meilleurs résultats de LFI ont été réalisés dans trois départements de la France d’outre-mer : autour de 13 % à la Martinique et à la Guadeloupe et même près de 20 % à La Réunion dont est originaire le député insoumis Younous Omarjee, célèbre pour son action contre la pêche électrique. Le nombre de députés insoumis passe néanmoins de 2 à 6.

Ce qui est particulièrement cuisant, c’est de voir le FN/RN en tête de cette élection comme lors de la précédente. Il y a un effet défouloir des électeurs, mais pas seulement. Et pourquoi choisir le RN, alors que JLM avait fait presque jeu égal à la présidentielle ? Le RN est en tête mais réalise un point de moins par rapport aux européennes de 2014, alors que le nombre des suffrages exprimés a augmenté ; ce qui ne lui a pas profité.

Les gagnants sont les écologistes d’EELV, avec 13,4 % des voix. Les européennes sont un scrutin qui réussit bien à ce courant, qui avait obtenu jusqu’à 16,6 % en 2009. Les Verts ont pourtant participé aux gouvernements si décriés de Hollande, et même pour certains de leurs dirigeants, ils sont allés à la soupe avec Macron...Et prêts à y retourner, quand Jadot déclare que l’écologie est compatible avec le marché.

C’est un électorat volatile, inconstant, peu fidèle, très libertaire. Aux présidentielles de 2012, les verts n’obtenaient plus que 2% des suffrages...

Ils ont bénéficié de la campagne de la jeunesse pour le climat et retrouvé des électeurs qui avaient voté Mélenchon à la présidentielle (20 %), faute de candidats écologiste à ce scrutin. Ce qui explique une partie des voix perdues par LFI.

Le PCF s’effondre à 2,5 % ; aucune crédibilité ; autonome, indépendant ou pas, c’est fini !

Le PS/Place Publique talonne LFI avec 6,19 % et Hamon ne réalise que 3,7 %. Le ps perd 8 points sur 2014, son score le plus bas de l’histoire des élections européennes.

L’addition PS-Générations (9,9%), comme celle de LFI, PCF, ext-Gauche, représente des forces équivalentes d’environ 10 %. Le total des voix de ce qu’on appelle la gauche est de 32,51 %, soit une progression sur 2017 (27,68 %), 36, 49 % si on ajoute les listes Batho et du parti animaliste qui siège ave la GUE/ Gauche verte nordique au parlement européen. Une progression entre 5 et 9 % des exprimés.

Autre caractéristique, la droite classique, héritière du gaullisme, s’effondre avec 8,5 %. Elle perd 13 points sur 2014 et 12 points par rapport au vote Fillon. Elle a été siphonnée, pour la partie bourgeoise par LREM, pour la partie bonapartiste et populaire par le RN. On avait déjà observé précédemment, une symbiose entre les droites extrêmes de l’UMP et le FN. Laurent Wauquiez a achevé le processus, avec son ersatz de parti « sous Front National » qu’était devenu Les Républicains. Marion Maréchal Le Pen, entonne déjà les airs du rapprochement nécessaire, pour parvenir au pouvoir, contre le centrisme libéral et mondialiste macronien.

Macron a aussi perdu le match contre Marine Le Pen (23,31 %), il ne progresse pas, reste en dessous du niveau de son score présidentiel avec 22,41 % au lieu de 24 % et 28 % aux législatives. Il ne représente que 11% des inscrits et perd 2,5 millions de voix par rapport aux législatives. On ne peut pas gouverner la France avec si peu d’assise sociale, sauf à la contraindre. C’est ce qu’il fait et qui ne lui sert pas.

30 % des électeurs de Macron au 1er tour de la présidentielle se sont reportés sur des listes de gauche aux européennes. C’est ce qui explique le meilleur score du PS que prévu par les sondages. Un retour au bercail de déçus socialistes du macronisme.

Par contre, il sert l’extrême-droite, un jeu dangereux qui consiste à l’utiliser pour gagner contre tous, par défaut. Jusqu’à quand ? Rappelons tout de même qu’Hitler est arrivé au pouvoir par le vote, dans les fourgons de la droite, jusqu’à s’en emparer totalement pour imposer une dictature féroce, nationaliste et raciste.

Les raisons du recul et de l’échec

- La participation, de 50,1 % est en hausse de près de 10 % (41 % en 2009 42 % en 2014).

L’abstention reste massive, avec près de 50 % des suffrages, elle est cependant en recul. Non au profit de l’extrême-droite (57 % tout de même), mais 62 % de Hamon, 60 % de Macron, 56 % de Fillon et seulement 45 % de Mélenchon...Ce qui explique le mauvais résultat de la liste LFI, en particulier avec le vote jeune et populaire, la participation des 18/34 ans n’ayant été que de 39 %. LFI ne recueille que 7 % dans cette tranche d’âge qui ne voit pas l’intérêt de voter pour des européennes, alors que 27 % ont voté pour EELV. Dans cette catégorie, JLM avait obtenu 30 % aux présidentielles.

- Les transferts du vote des présidentielles : seuls 36 % des électeurs de JLM à la présidentielle ont choisi la liste LFI.

- 19 % des votes verts ; un électorat volatile et peu stable, libertaire, effarouché par l’épisode perquisitions, la propagande intensive des grands médias contre le manque de démocratie, le populisme présumé de LFI.

- le vote communiste : 2,5 % des voix. 11 % des votes communistes de la présidentielle.

- le vote d’extrême-gauche ;

- les votes socialistes, perdus chez Hamon. 8% des votes PS et 6% des votes Génération s. (26 % des électeurs Hamon ont voté EELV... )

Toutes ces voix sont perdues, car en-dessous de 5 % pas d’élus !

- La liste LFI ne capte que 8,80 % des votes Macron revenus vers la Gauche, pour 24, 76 % aus autres listes de gauche.

- Et contrairement à ce que racontent les médias, seulement 4 % des votes JLM ont choisi la liste RN aux européennes. Même transfert que pour Macron...

- L’effet perquisitions qui a provoqué un rejet de JLM assimilé à LFI. Mélenchon n’était pourtant pas éligible, placé en queue de liste.

- Les exclusions et les départs de cadres LFI. Cela a commencé avec Liem Hoang Ngoc, s’est poursuivi avec le courant souverainiste de Djorge Kuzmanovic, avec François Coq, d’écologistes comme Corinne Morel-Darleux, le retrait d’une fidèle de toujours comme Charlotte Girard, tous cadres du PG...Les raisons sont diverses, pas seulement des querelles d’égo, mais des oppositions sur la ligne stratégique.

- Un manque d’esprit militant, un reflux chez les partisans de LFI sur le terrain. Le courage des animateurs de la campagne n’a pas suffi. Le plouf des holovans !!!

Qu’est-ce que le vote de gauche ? Un vote populaire ...

C’est avant tout un vote unitaire et de classe. Les grands moments populaires de la gauche ont toujours été placés sous le signe de l’unité, du rassemblement, mais aussi de la lutte, pour le pain et la démocratie, depuis 1789. Le plus exemplaire de l’époque moderne et récente est 1936 avec le Front Populaire qui dit bien son nom : populaire ! Il s’est appuyé sur un mouvement de grève sans précédent, pour les salaires, les droits syndicaux, les congés payés, la semaine de 40 h. Et contre le fascisme. Et puis mai 1968, un autre mouvement de grève, mais comme l’unité n’y était pas, la droite gaullienne a triomphé aux élections de la peur. 1981, l’union n’y était guère que forcée, après la fin du programme commun, mais le PS mitterandien représentait l’alternance après 23 ans de pouvoir discontinu de la droite.

Avec le FDG, l’unité avait été réalisée partiellement, pour remettre en cause, contester un pouvoir social-démocrate dévoyé vers le libéralisme, mais elle a été bloquée par le PCF par un étroit esprit partidaire et suicidaire (pour lui). Le PCF n’a toujours pas tiré les conséquences de l’effondrement du stalinisme et du mur de Berlin...Une longue agonie ! Il est réduit aux acquêts, au niveau des extrêmes gauches trotskistes (NPA, LO, POID et POI ).

LFI dans ce contexte, a été une tentative de dépasser ce blocage, dans la lancée des mouvements radicaux de Syrisa en Grèce, Podemos en Espagne, après avoir eu comme modèle pour le PG et le FDG, le parti Die Linke qui alliait la gauche socialiste et les communistes, des syndicalistes, des écologistes, en Allemagne. Mais le mode de scrutin législatif français, majoritaire par circonscription à deux tours, n’a pas permis comme en RFA avec le mode proportionnel, d’avoir suffisamment de députés. Il fallait passer à une autre étape. Mouvement réussi partiellement avec la présidentielle de 2017. Réduit à 11 % pour les législatives, avec les diverses trahisons du PCF, les alliances à géométrie variable, contraires aux traditions républicaines et unionistes de gauche. Et, en raison du mode de scrutin majoritaire. Mais c’est le lot de toutes les factions qui perdent des électeurs entre la présidentielle et les législatives.

Cette perte de substance entre le scrutin « caudilliste » du système présidentiel français, et celui de la représentation s’est poursuivi par une désaffection en dehors du contexte plébiscitaire et des espoirs du : « que Vayan todos », qu’ils s’en aillent tous, qui touche le monde politique en France et en Europe. Un manque de confiance envers les représentants politiques qui provoque un « dégagisme » général.

Après les présidentielles, n’aurait-il pas fallu proposer immédiatement ce que JLM a appelé « La Fédération populaire », pour ne pas laisser retomber la pâte d’un électorat plus large, mais moins militant et fidèle que celui des partis ?

Le mot d’ordre de fédération du peuple n’a jamais été compris par la Gauche et ignoré par le peuple...

Les législatives de juin 2017 auraient dû alerter la direction de LFU sur la perte de 60 % de son électorat entre les deux scrutins. Une perte qui n ’a faut que s’accentuer depuis, puisqu’on n’a pas porté remède à cette fragilité électorale. Les échecs aux élections partielles auraient dû aussi alerter, ainsi qu’une certaine incapacité à mobiliser massivement dans les luttes.

L’action quotidienne épuise d’autant plus que l’on n’est pas un militant aguerri. L’activisme peut provoquer une rétractation par épuisement.

Ce qui amène à examiner de qui compose l’électorat de LFI.

- ce sont des professions intermédiaires et des employés, seulement 7 % d’ouvriers, 6 % de cadres...essentiellement des citadins, une forte base militante.

LFI s’est fait devancer par EELV dans la catégorie employés/ouvriers : 10 % pour LFI, 13 pour EELV ! Chez les chômeurs : 8 % pour LFI, 13 pour EELV. Un comble ! Car qu’a fait EELV pour cela ? Rien, strictement rien !

Quel est l’objectif électoral de LFI ? Quelles couches sociales conquérir pour constituer un socle ?

La question reste posée : c’est qui le peuple ? Les milieux populaires, ça reste assez vague tant la société est aujourd’hui diversifiée avec une classe ouvrière, jadis pilier la gauche, autour de 22à 25 %, tout de même le quart de la population active. Et comme souvent les ouvriers se marient avec les employés... Cà représente tout de même plus de 50 % de la société. Seulement, ces classes sociales sont aujourd’hui très diversifiées en catégories et couches sociales dont les intérêts immédiats ne sont pas obligatoirement convergents et qui n’ont pas conscience de l’éventuelle convergence, particulière comme générale.

Autant de défavorisés qui vivent dans les « quartiers », devenus largement les lieux de la France d’origine émigrée qui a remplacé les ouvriers qualifiés et techniciens émigrés eux vers les campagnes et les quartiers périurbains où ils ont acheté leur maison à crédit. Beaucoup de ceux-là ne se considèrent plus appartenir à la classe ouvrière et surtout pas populaire puisqu’ils sont devenus propriétaires...de là à voter bourgeois, il n’y a qu’un pas. ou Fn parce qu’ils ont mécontents, ou ont la crainte de réintégrer la catégorie sociale dont ils sont issus à cause de « ces immigrés qui bénéficient de leur sécurité sociale...et des logement » qu’ils ont abandonné pour la campagne, les trajets en voiture, le manque de services publics...

Il y a des cadres aisés, des moins aisés, des citadins aux professions intermédiaires et bobos, qui vont du bourgeois au précaire... des fonctionnaires dont les pensions sont bloquées, des hospitaliers qui n’en peuvent plus du désastre des hôpitaux.

Autant de catégories et d’intérêts ou centres d’intérêts parfois divergents, difficiles à rassembler, par manque de combats communs, de lieux de rassemblement communs avec la déstructuration industrielle, la fin des grandes concentrations ouvrières.

Les réseaux sociaux ont pris le relais, mais un réseau social ce n’est pas un mouvement d’éducation populaire dans la lutte pour un avenir meilleur. Il faut une cristallisation, une conscience, un engouement...pour provoquer la mobilisation générale.

CIBLER

Ne faudrait-il pas davantage cibler l’élément principal sur lequel s’appuyer pour entraîner les autres aux intérêts proches ou convergents ?

Cela n’a été réussi que partiellement, et surtout provisoirement, que lors de la présidentielle. La question est de fidéliser et qui fidéliser, parmi les couches sociales susceptibles d’adhérer à l’avenir en commun du progrès de la transition écologiste, à l’écosocialisme.

Les Gilets Jaunes.

LFI a suivi le mouvement GJ, mais plutôt timidement, avec réticence et méfiance de la part des vieux militants. Seuls, quelques militants très engagés ont participé aux ronds-points et aux manifestations et sans porter suffisamment le drapeau LFI. Il s’est pourtant vite révélé pourtant que les revendications étaient en majorité issues du programme l’Avenir en commun de LFI. Certes avec des dérapages xénophobes ici ou là, mais très minoritaires. Alors comment expliquer que 44 % des votes de GJ soient allés vers le RN ? Seulement 12 % pour LFI. 31 % des soutiens des GJ affirmaient voter RN... Selon Ipsos 20 % des GJ ont voté LFI, ce qui n’est pas si mal, mais ces scores auraient dû être inversés...Les 44% qui ont voté le Pen sont ceux qui avant déjà voté Le Pen lors de la présidentielle, contre 27 % pour Mélenchon. LFI perd tout de même 7 % par rapport à la présidentielle, Marine rien !

Il ne faut cependant pas s’emballer sur ce mouvement qui est en train de s’essouffler complètement. Il a néanmoins été d’une grande importance et originalité par sa durée. Il est celui d’une partie du peuple, ce n’est pas le peuple tout entier et il reste incompris, voire condamné par des catégories sociales qui sont la base de l’électorat de LFI...et par des couches légèrement supérieures, victimes de la propagande médiatique, de la stratégie de violence du macronisme.

La mondialisation capitaliste a fait le tour du monde, mais ce n’est pas un mouvement sans fin. Il fait naître plein de contradictions, des déstabilisations. Pour l’instant ça bénéficie à des courants d’extrême droite, voire fascistes. La tendance peut-être inversée, pour un autre monde possible...

Allain GRAUX

Le 5 juin 2019


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