10 juin 2007, premier tour des législatives : A gauche, tout est à refonder !

mercredi 18 juillet 2018.
 

Durant tout le 20ème siècle, la nécessité de refonder la gauche s’est sans cesse imposée comme nécessité pour répondre aux aspirations de nos militants et de la société. Alors que nous commençons le 21ème, il va falloir s’atteler à une réflexion approfondie sur cette refondation, bien au-delà du résultat d’hier soir et des treize remarques ci-dessous rédigées sur le coup de l’émotion.

1) Une défaite

La soirée d’hier soir sur les plateaux télé m’a rappelé celles des années 1958 à 1964 lorsque défilaient sur l’écran des dizaines d’élus de droite au premier tour, des anciens de la Cagoule aux anciens pétainistes, lorsque la gauche survivait électoralement seulement par quelques fiefs de personnalités locales.

Le Monde titre "Le Mai 81 de la droite". Dans notre article sur ce site " Analyse des résultats des élections présidentielles 2007, 1er et 2ème tour", nous avions aussi comparé la victoire de la droite à une sorte de Mai 81, préparé de la même manière par une imprégnation idéologique de la société sur les orientations majeures.

La défaite d’hier marque pour la gauche la fin définitive d’un cycle (commencé en 1965, 1968 et Epinay) comme 81 marquait la fin d’un cycle pour la droite (commencé en 1958). Pour celles et ceux qui ont donné leur énergie, leur intelligence, leur temps à essayer de répondre à l’aspiration portée par la gauche d’un autre monde à construire... quelle déception ! que de bilans à prendre le temps de tirer !

La comparaison avec 81 présente un autre intérêt. Elle fait ressortir l’autonomie des cycles politiques et du champ politique électoral par rapport aux cycles de combativité sociale et au champ social. La gauche a gagné la présidentielle et les législatives de 1981 au moment où le cycle de combativité sociale et de conscience politique vis à vis du capitalisme était au plus bas au niveau international comme en Europe. La droite gagne la présidentielle et les législatives de 2007 au moment où le cycle de combativité sociale et de conscience politique vis à vis du capitalisme marque un net redressement.

Il s’agit de la victoire du candidat Sarkozy ( et de sa "communication") sur une candidate caractéristique de la social-démocratie social-libérale et non d’une droitisation de la société. Mais il ne faut pas sous-estimer les raisons profondes qui l’ont permises car cela pousserait à sous-estimer la nécessité d’une refondation de la gauche.

2) Une défaite prévisible

Ce premier tour des élections législatives confirme malheureusement le bilan de la présidentielle tiré par PRS et sur ce site, à savoir un grave échec en suffrages et une déroute idéologique face à la droite. Voir notre article Analyse des résultats des élections présidentielles 2007, 1er et 2ème tour.

La campagne de Ségolène Royal fondée sur une personnalisation médiatique par des astuces électorales sans repère a désarmé l’électorat de gauche au lieu de l’unifier sur des objectifs précis correspondant aux besoins concrets des femmes et des hommes. Il s’agissait d’une communication politicienne de type Blair, Zapatero, Schroeder ou Prodi, Clinton, dirigeants faisant le même choix privilégié de réussite individuelle dans le cadre global du système avec les voix ouvrières, populaires et progressistes. Cette campagne confirme l’évolution radicale-socialiste d’une majorité d’élus PS comme le radical-socialisme type "républicain" de banquet dominical, avait conduit la gauche dans l’impasse totale jusqu’à la déroute de 1940. Que le lecteur me permette d’insister sur mon dégoût profond pour ce type de manipulateur et manipulatrice :

- qui avance un programme et déclame des discours pour gagner une élection mais en n’ayant aucun projet politique réel sous-tendant cette campagne pour le cas où l’élection soit gagnée

- qui ne se pose même pas sérieusement la question des contraintes et solutions possibles pour appliquer une politique de gauche car leur monde mental n’est pas celui d’un autre monde à construire, seulement celui de leur carrière

- qui joue des misères populaires pour gagner des voix et de l’audience, sans perspective collective réelle pour ces gens du peuple !

Dans le contexte international actuel, il est certainement juste de parler d’une évolution social-libérale confirmée par le rapprochement du PS, du PSE et de l’Internationale Socialiste avec le Parti démocrate US.

Ce premier tour confirme aussi le risque représenté par une "dictature médiatique" du pouvoir de l’argent. Qu’aura surtout vu le téléspectateur isolé devant son poste depuis 5 semaines ? le retour de la femme de Nicolas Sarkozy, le jogging de Nicolas Sarkozy, les promesses de Nicolas Sarkozy sans confrontation à une opposition, le ralliement du porteur de sac de riz.

Le record d’abstention (39,5%) traduit l’inutilité de ces législatives aussitôt après les présidentielles, le choix d’un candidat providentiel ayant remplacé la confrontation de programmes.

Il est enfin surprenant que la gauche soit restée si longtemps au pouvoir sans modifier les "circonscriptions Pasqua" qui favorisent nettement la droite.

3) La plus grosse victoire d’un parti de droite aux législatives depuis 50 ans mais dans un contexte nouveau

Avec 45,52 % et 11 844824 voix, l’UMP ( + ses petits satellites MPF et Morin) obtient le meilleur score jamais réalisé par un parti lors des législatives sous la 5ème république.

Depuis 1958, le plus fort pourcentage d’un parti de gauche a été réalisé par le parti socialiste ( et les candidats proches qu’il soutenait au 1er tour) en 1981 (38,3%) et en 1988 (37,6%).

Depuis 1958, le plus fort parti de droite avait obtenu : 20,6% en 1958 (gaullistes UNR CRR), 36% en 1962 (gaullistes UNR UDT), 38,5% en 1967 (gaullistes UNR UDT), 38% en 1968 (gaullistes UDR UD 5ème), 24,6% en 1973 (gaullistes URP UDR) , 23,9% en 1978 (UDF), 42,9% en 1981 (alliance UNM-RPR, UNM-UDF), 44,6% en 1986 (alliance RPR UDF), 40,5% en 1988 ( alliance URC-RPR et URC-UDF), 44,1% en 1993 (alliance UPF-RPR et UPF-UDF), 36,2% en 1997 (alliance RPR, UDF), 43,87% en 2002 ( alliance UMP, UDF).

Les résultats de la droite supérieurs à 40% dataient des élections où étaient additionnés droite et centre droit. En 2007, les 45,52% de la droite n’intègrent pas les 7% du MODEM bayroutiste. Cela montre les marges de manoeuvre politicienne dont dispose la droite pour le moment et la nécessité de rompre radicalement au plus vite avec le ségolénisme qui a mené la gauche où nous en sommes ce soir.

Est-ce que cette large victoire de la droite est significative d’un glissement droitier de l’opinion pour la période à venir ?

Je ne le pense pas puisqu’au moins en Europe et Amérique latine, les mouvements sociaux ne connaissent pas de défaite majeure, la jeunesse paraît se mobiliser, des courants de gauche radicale progressent, la société pousse plutôt vers la gauche contre la domination du capitalisme.

La déferlante à droite de ce 10 juin 2007 me paraît plutôt significative d’une période de perte de repère parmi une partie importante des citoyens qui peuvent d’ici peu voter à nouveau pour le PS, peut-être pour la gauche antilibérale ou malheureusement le FN selon des évolutions du rapport de force qui dépendront en grosse partie des forces qui ont porté le NON de gauche en 2005. En tout cas, tous les antilibéraux et anticapitalistes seront redevables du projet politique qu’ils vont porter dès demain pour refonder la gauche.

4) Le plus haut pourcentage des droites depuis 30 ans

La comparaison chiffrée la plus inquiétante au vu des résultats d’hier concerne le total des voix de la droite ( Centre-droit, droite, extrême droite). En voici un rappel depuis 1973 :

- 1973 : 54,1%

- 1978 : 47,5%

- 1981 : 43,2%

- 1986 : 54,5%

- 1988 : 50,4%

- 1993 : 57%

- 1997 : 51,5%

- 2002 : 56,07%

- 2007 : 57,98% (UMP et apparentés, Extrême droite et MODEM) sans compter chasseurs et divers proches.

Ce score de la droite est d’autant plus surprenant que la majorité de droite était sortante à l’Assemblée nationale ; or, nous étions habitué à de forts mouvements de bascule d’une élection à l’autre depuis longtemps : de 73 à 78 la majorité avait glissé des gaullistes à l’UDF, de 78 à 81 de la droite à la gauche, de 81 à 86 de la gauche à la droite, de 86 à 88 de la droite à la gauche, de 88 à 93 de la gauche à la droite, de 93 à 97 de la droite à la gauche, de 97 à 2002 de la gauche à la droite.

Ce haut pourcentage pour l’ensemble de la droite doit être compris comme l’épuisement du type de personnel et d’orientation politiques qui ont représenté la gauche depuis 1981. Je ne dis pas qu’elle ne peut plus gagner une élection, surtout si la gauche issue du Non de 2005 continue à accumuler les non-sens. Je ne sous-estime absolument pas un Hollande, un Moscovici, un Sapin, un Valls qui sont capables de tirer les mêmes conclusions mais en terme carriériste d’où probablement leur glissement droitier, atlantiste, anti-ouvrier, européen style Juncker.

5) Le poids de la logique présidentialiste de la 5ème République

Le résultat de ce soir confirme la logique présidentialiste de la 5ème République, renforcée par le passage au quinquennat et donc par des législatives dans la foulée des présidentielles.

Ces institutions avaient été conçues pour compenser l’incapacité de la droite française à se doter depuis la Révolution française d’un parti apte à porter dans la durée les intérêts de la bourgeoisie et des conservateurs.

Depuis 1789, seul le rassemblement autour d’un "homme fort", "homme providentiel" valorisé par les médias serviles, avait permis plusieurs fois à la droite de survivre ( par exemple Louis XVIII en 1815, Napoléon III en 1851, Pétain en 1940, De Gaulle en 1958).

Depuis 1958, ces institutions très peu démocratiques ont déteint sur toutes les collectivités françaises dans le sens d’un fort pouvoir personnel du chef de l’exécutif : mairies, conseils généraux, conseils régionaux...

Depuis 1958 et 1968, ces institutions ont représenté la principale réponse de la droite aux urgences politique, sociale et sociétale du pays, une réponse qui permet de verrouiller, faute de mieux.

La perspective d’une 6ème république démocratique, laïque et sociale constitue une piste majeure pour remobiliser, repolitiser la gauche puis concrétiser ses objectifs.

De la 5ème république en crise à une 6ème république citoyenne

6) Le poids de la logique de la 5ème République poussant au bipartisme ( mode d’élection du président, pas de proportionnelle...)

Sur ce point aussi, la constitution de 1958 avait pour but de sortir la droite française d’une impasse ancienne.

Depuis 1789, le fonctionnement institutionnel bipartite s’imposait dans des pays comme les Etats Unis, la Grande-Bretagne... permettant de canaliser les turbulences politiques dans le cadre d’une alternance maîtrisée. Même des démocraties récentes comme l’Espagne l’ont rapidement adopté.

En France, tel n’a pas été le cas avant la naissance de la 5ème République. Sur ces élections présidentielle et législatives de 2007, la logique du bipartisme :

- renforce l’UMP aux dépens du MODEM et du FN

- sauve Ségolène Royal à la présidentielle puis le parti socialiste aux législatives.

Par contre, la gauche était bien plus ancrée dans la population en 1962 qu’aujourd’hui parce qu’elle était vivante, non dépendante des seuls élus socialistes.

Attention, toute constitution a des implications sur les possibilités d’émergence de nouvelles forces politiques. Le projet du NPA, par exemple, ne me paraît pas en tenir compte ; l’heure est à affronter le rouleau compresseur capitaliste et postuler à la direction de toute la gauche pour les antilibéraux, pas à tenter une énième formule de regroupement révolutionnaire.

7) Une défaite du Front National qui peut préparer son explosion ou son alliance avec la droite

Le Front National s’effondre à 4,29%. En y ajoutant le MNR et autres d’extrême droite il atteint 4,70% ( 1 223 570 voix)

Pour la présidentielle, il avait maintenu son total de voix de 2002. Pour ces législatives, la gifle est et restera monumentale si la gauche ne lui laisse pas le monopole de l’affrontement avec Sarkozy.

Le Front National vient pratiquement de disparaître momentanément électoralement de grandes zones comme le Sud-Ouest, le Massif Central, la Bretagne...

Comment expliquer ce recul ? premièrement parce qu’une grosse partie de l’électorat d’extrême droite peut être attirée par un Sarkozy jouant le chef sécuritaire.

Au moins quatre raisons vont pousser à une crise grave du Front National s’il se maintient sur l’orientation post-pétainiste de Jean-Marie Le Pen :

- deux défaites successives aux présidentielles et législatives, le FN revenant à son niveau d’avant 1983 et les municipales de Dreux. Après l’espoir de victoire de 2002, les adhérents et électeurs vont difficilement amortir le choc.

- l’âge du chef. Dans un parti fasciste, la succession du leader est encore plus difficile que dans d’autres forces politiques. Son hypothèse la plus commode passe par l’élection de sa fille dimanche ; en cas d’échec, les couteaux seront vite tirés.

- la polarisation exercée par Sarkozy peut se traduire à un moment ou autre par un départ de cadres locaux vers lui.

- depuis 25 ans le FN s’appuyait sur quelques fiefs où il disposait d’un réel soutien populaire. Lors de ces élections législatives la-plupart ont complètement fondu : à Lyon, Bruno Gollnisch, ex-député, tombe de 23,23% à moins de 7% ; à Marseille, dans la 8ème circonscription le FN passe de 21% en 2002 à 8% en 2007 et dans la 4ème de 24% à 8,4%. A Vitrolles où sa femme a été maire, Bruno Mégret atteint 2,03%.

Sur le fond, je m’attends à une réorientation, à terme, du FN afin de rendre possible une alliance avec la droite comme ce fut le cas en Italie pour le MSI. Cette hypothèse n’est pas meilleure pour le mouvement social comme pour les acquis démocratiques de notre pays.

8) La fin programmée du prestidigitateur François Bayrou

L’opération Bayrou consistait à créer un "centre" allié à la gauche sur des bases programmatiques de droite type Prodi en Italie. Pour que cette opération marche, il me semble que trois conditions devaient être remplies :

- une transformation social-libérale complète du parti socialiste

- le maintien malgré cela d’une hégémonie du PS sur la gauche

- une défaite du mouvement social telle qu’un "programme des hommes de progrès" sans la moindre défense des milieux populaires suffise à capter l’électorat de gauche.

Nous n’en sommes pas encore là, mais attention. La tragicomédie de Ségolène entre les deux tours est symbolique d’un risque d’évolution de la direction du PS dans le sens allemand vers une grande coalition.

François Bayrou, espérait que ses candidats obtiendraient fréquemment plus de 12,5% des inscrits pour pouvoir monnayer des désistements. Si tel avait été le cas, le parti socialiste risquait fort de faire étalage de ses divisions.

Or, le MODEM est laminé électoralement au point de ne pouvoir se maintenir au second tour nulle part ou presque.

François Bayrou a profité lors de l’élection de l’espace "centriste apaisé", pour un "ordre juste sans trop" créé par le type de campagne de Ségolène Royal. C’est très conjoncturel ; en tout cas, je l’espère.

Quoiqu’il en soit, les partis "centristes" de ce type ont toujours fini leur trajectoire comme renfort de la droite lorsqu’elle en a besoin.

Suivi de nos forums : François Bayrou n’est pas du tout crédible lorsqu’il affirme dépasser les clivages droite/gauche

9) Le Parti Socialiste

Il a bénéficié à nouveau d’un "vote utile", ses candidats apparaissant généralement comme les seuls aptes à battre la droite. Il faut bien reconnaître que, pour la masse des électeurs de gauche, il apparaît comme la seule force politique d’opposition apte aujourd’hui à porter une alternance possible.

" A 26,79% le score du PS progresse par rapport au 1er tour de la présidentielle (à même périmètre d’alliance avec le MRC et le PRG). L’idée selon laquelle Royal avait permis à la présidentielle d’élargir le socle électoral du PS « au-delà des frontières de la gauche » est donc démentie.

Le vieux PS, comme l’appellent les journalistes accrédités du Ségotour, s’en tire mieux que Royal. Et là où les disciples les plus zélés de la candidate ont prêché l’ordre juste et « brisé les tabous » à volonté, le succès électoral n’est pas franchement au rendez-vous (De Montebourg et Peillon à Dray et Boutih en passant par Menucci, Bianco ou Sapin).

En totalisant 39% des suffrages à ce premier tour, la gauche elle-même dans son ensemble s’en tire un peu mieux qu’à la présidentielle où elle avait été siphonnée à son plus bas niveau historique à 36%". (François Delapierre dans A Gauche)

Personne ne doit s’attendre à une crise ou réorientation assumée du PS dans une période où il se trouve dans l’opposition. Son mode de fonctionnement, le rôle de ses élus, la qualité tactique politicienne de ses dirigeants laissent largement place à de nouvelles synthèses sans conséquence en attendant 2012.

10) Les conséquences néfastes du bipartisme

Sur 20 ans la logique du bipartisme, portée par les institutions

- a laminé électoralement, peu à peu, toutes les forces politiques alliées du parti socialiste comme l’UMP a laminé les autres droites.

- a poussé de plus en plus de citoyens vers l’abstention...

* Le parti communiste représentait 20,6% de l’électorat en 1978, 16,1% en 1981, 11,2% en 1988, 9,9% en 1997, 4,62% ( soit 1 202 834 voix) en 2007.

* Les Verts représentaient 11% de l’électorat en 1993, 6,8% en 1997, 4,51% en 2002, 3,25% (soit 844 581 voix) en 2007.

* Le même constat peut être fait pour le PRG ou le MRC.

Un processus de recomposition-refondation de la gauche paraît inéluctable au lendemain des législatives. Toutes les forces de gauche vont être obligées de redéfinir rapidement leur stratégie.

La logique institutionnelle pousserait à un grand parti rassemblant la gauche comme l’UMP rassemble la droite. La direction actuelle du parti socialiste le souhaiterait sans aucun doute, en gros sur l’orientation d’un Clinton, Schröder, d’un Blair, d’un Prodi... ; cela ne me paraît guère possible en raison de la configuration combative du mouvement syndical (CGT, Solidaires, FSU et même partiellement FO), en raison de la force militante du PCF et de l’extrême gauche, en raison du maintien d’un rapport de force interne au PS rendant cette opération fort délicate dans une situation institutionnelle d’opposition. J’ajoute que cela ne me paraît pas souhaitable sans garantie de ne pas voir un tel parti devenir le jouet de leaders style Dominique Strauss Kahn.

Cela incite donc à envisager deux hypothèses de combat refondateur, d’une part au sein du PS, d’autre part avec la gauche antilibérale.

11) Le Parti Communiste

* Contrairement aux prévisions des "politologues", le PCF maintient son score lors de ces législatives, soit près de 5 %. Globalement, il résiste bien sur la banlieue rouge parisienne grâce à ses implantations municipales.

* "Les législatives fournissent une autre indication précieuse sur le sens de la présidentielle. Alors, le vote utile avait été interprété comme le signe de l’hégémonie naturelle et irréversible du PS et l’annonce de la mort de l’autre gauche, ce 1er tour des législatives a montré qu’il ne profitait pas mécaniquement aux candidats socialistes.

" Les électeurs de gauche ont recherché avant tout l’efficacité pour combattre la droite, même quand cela ne passait pas par le candidat attitré du PS. Le succès de la plupart des dissidents socialistes en atteste, mais aussi la solidité du vote pour les candidats communistes, voire dans certaines circonscriptions une forte prime à leur utilité pour combattre la droite.

" Marie-George Buffet passe de 29 à 32% dans sa circonscription où le PS stagne. Dans le Puy de Dôme, André Chassaigne passe de 23 à 44% en gagnant 9 000 voix tandis que le PS dégringole de 20 à 10%. Dans le Nord, le PCF progresse spectaculairement dans ses deux circonscriptions par rapport à 2002 : alors que la participation recule comme partout, Bocquet gagne plus de 3 000 voix et passe de 39 à 46%, tandis que Candelier améliore de plus de 1 000 voix le score de Georges Hage.

" De tels résultats confirment que le vote utile pour le PS ne signifie pas adhésion à un tournant social-démocrate au détriment de la transformation sociale. Deuxième leçon : l’heure n’est pas à un quelconque Bad-Godesberg mais au devoir de fraternité et de clarté à gauche". (François Delapierre dans A Gauche)

12) LCR, minoritaires LCR et bovétistes

* Depuis 1981, la progression de ce courant est lente mais permanente : 1,73% en 1993, 2,56% en 1997, 2,8% en 2002, 3,44% en 2007.

* C’est essentiellement la LCR qui profite en 2007 de cette progression, particulièrement dans des circonscriptions de vieille tradition ouvrière et politique de gauche. On peut ainsi noter 3,56% à Limoges, 3,60% à Foix (Ariège), plus de 3% sur l’ensemble des Hautes Pyrénées, 3,18% à Liévin (Pas de Calais), 3,23% à Sotteville les Rouen, 3,15% au Havre Sud, 3,37% à Saint Nazaire.

* Notons enfin le cas de la 1ère circonscription du Puy de Dôme ( Clermont-Ferrand Nord) où la direction nationale de la LCR avait décidé de présenter une candidate "majoritaire" contre le dirigeant historique de la LCR locale membre des "minoritaires", Alain Laffont. Celui-ci a, semble-t-il, obtenu un score parmi les cinq meilleurs de l’extrême gauche avec 4,45% des suffrages (1,51% pour Julia Gilger, LCR officielle).

* Les faibles scores obtenus globalement par les candidats bovétistes devraient les faire réfléchir avant de créer seuls un "parti unitaire antilibéral". Par contre, quelques succès comme celui de François Simon à Toulouse montrent la puissance sociale et électorale possible d’un courant antilibéral aujourd’hui.

* Oui, je crois en la possibilité d’un courant social et électoral clairement à gauche de ce qu’est le PS aujourd’hui. Mais ce n’est absolument pas inéluctable. Je me rappelle des années 1968, 1969, 1970 où la social-démocratie avait disparu ; pourquoi a-t-elle connu une résurrection ? parce qu’aucune autre force n’est apparue capable ou seulement désireuse de la remplacer plus utilement sur le champ politique. Je me rappelle de 1993... une déculottée électorale phénoménale pour le PS... un discrédit bien plus fort qu’aujourd’hui dans l’électorat de gauche ; et puis lors des élections municipales partielles de Perpignan, l’alliance de toutes les forces à gauche du PS a obtenu un résultat très faible ; pourquoi ? parce que cette alliance est apparue comme encore plus politicienne, encore plus électoraliste que le PS.

13) Abstention inquiétante. Une analyse plus détaillée peut attendre le second tour

L’abstention de l’électorat de gauche a été particulièrement forte parmi les deux couches sociales qui s’étaient le plus mobilisées pour Ségolène Royal aux présidentielles : les jeunes et les banlieues.

Cette forte abstention correspond à l’évolution que connaissent tous les pays où un bipartisme glouton monopolise la représentation politique et fonctionne par alternance douce.

Dans l’immédiat immédiat, notre seule tâche doit être de faire élire le maximum de députés de gauche dimanche prochain.

Un "rééquilibrage" est tout à fait possible, compte tenu de la forte abstention de ce premier tour.

Après viendra nécessairement le temps des refondations et des recompositions qui ne serait absolument pas facilité par une grande défaite du PS lors du deuxième tour.

Je conclurai sur ce point :

sans aucun doute, l’heure est à refonder une gauche de combat :

* dénonçant les méfaits du capitalisme et du libéralisme

* soutenant les luttes et offrant un débouché politique à la combativité sociale

* portant un projet de société alternatif

* sortant la gauche de gauche d’une impasse marquée par le choix : soit satellisation par le social-libéralisme, soit propagandisme minoritaire.

* s’affirmant en première ligne face à Sarkozy, polarisant ainsi le champ politique entre une vraie droite et une vraie gauche, laissant le moins de place possible tant à Le Pen qu’à Bayrou.

Comme nous l’avions réussi en 2005, nous ne sommes pas condamnés à commenter les évènements électoraux, nous pouvons en devenir les acteurs majoritaires. Comme nous le chantions en 2003 "Et demain les lendemains chanteront". Les forces pour cela dans les milieux syndicaux, associatifs et politiques seraient rapidement opérationnelles ; les forces disponibles dans les profondeurs de notre peuple qui a beaucoup souffert depuis 25 ans sont considérables.

Dans une telle situation chacun est individuellement responsable de ce qu’il va faire dans ATTAC, dans son syndicat, dans le PS, dans le PCF, dans la LCR, dans le POI, dans LO, parmi les Alternatifs, chez les Verts, dans les collectifs unitaires...

Comme aurait dit le sublime poitevin qui fut notre premier ministre : "la pente est rude mais la route est droite".

Jacques Serieys, 10 juin 2007 au soir, complété dans la semaine


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