Les représentations mentales : réalité objective et réalité subjective

mercredi 14 novembre 2018.
 

Comment nous représentons nous le monde ? Cette problématique n’est évidemment pas nouvelle puisqu’elle est aussi ancienne que la philosophie mais elle prend une ampleur nouvelle depuis la moitié du vingtième siècle et particulièrement depuis une dizaine d’années.

Le développement de la micro physique contemporaine et de l’astrophysique, des sciences du cerveau, de l’intelligence artificielle nous interroge sur nos représentations mentales du monde. D’autre part, l’importance croissante de l’image et de nouveaux moyens technologiques de conditionnement des esprits, l’âpreté des conflits idéologiques ont une influence considérable sur la manière dont nous nous représentons le monde.

Nous vous invitons ici à un voyage pour survoler le monde (des représentations) en vous conseillant de le faire en plusieurs étapes car le trajet peut-être un peu long et fatiguant.

L’anagramme de image est magie

Les représentations mentales du monde

Introduction.

Pourquoi aborder la question des représentations mentales ? Le site Midi insoumis populaire et citoyen est un site d’information notamment sur les mouvements sociaux, la politique et l’action de La France Insoumise, mais aussi un site de formation (éducation populaire) touchant à de nombreux domaines : histoire, sciences exactes et humaines, philosophie,… mais tous ces domaines mettent en jeu nos représentations mentales du monde naturel et social.

Ces représentations opèrent aussi dans le champ économique et politique.

Un homme politique qui est particulièrement conscient du caractère relatif de nos représentations en ces domaine est François Ruffin. Par exemple, s’il rend visite à des agriculteurs adhérents à la FNSEA c’est pour confronter deux représentations de l’agriculture l’une productiviste et l’autre paysanne et écologique.

Voir vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=i9Z...

Lorsque Mélenchon intervient à l’Assemblée nationale sur la « philosophie » sous-jacente au budget du gouvernement, c’est pour confronter deux systèmes de représentations mentales de la vie économique.

Voir vidéo : https://lafranceinsoumise.fr/2017/1...

Le poids des représentations mentales dans la formation des idéologies économiques, juridiques et politiques est considérable. Considérons un exemple central : la représentation de l’essence humaine.

Dans une conception héritière du philosophe Hobbes, par nature l’homme est un loup pour l’homme et son action est essentiellement guidée par la recherche et la satisfaction d’intérêts personnels. Chacun s’affronte aux autres dans de multiples compétitions.

Dans une conception plutôt héritière de Rousseau, l’homme est par nature un être coopératif. On considère alors plutôt l’humain comme une construction sociale dont le comportement est déterminé par des institutions et par l’éducation.

La première conception permet de justifier des inégalités sociales et le pouvoir d’un chef plus ou moins autoritaire.

Dans le deuxième cas, l’égalité est une valeur fondamentale avec la fraternité et on valorise une société de type démocratique avec une participation active des citoyens à tous les niveaux.

C’est plutôt cette représentation humaniste qui est celle de La France Insoumise.

Néanmoins, le mouvement France insoumise est très hétérogène et les individus qui le constituent sont issus de milieux sociaux et culturels très variés et ont des représentations mentales du monde tout aussi variées.

Une bonne entente et collaboration entre les adhérents nécessite donc la capacité de mettre à distance ses propres représentations et d’analyser celle des autres.

Mais les représentations évoquées ci-dessus sont d’un type particulier bien qu’occupant un champ considérable : ce sont des représentations sociales. Or il existe une théorie des représentations sociales qui a pris son essor entre 1960 et 1985 environ.

Il s’agit de représentations mentales des objets sociaux qui rendent compte de l’interaction des individus avec leur environnement social et des motivations de leurs actions. Comme nous l’avions mentionné dans un autre article, une représentation sociale a des caractéristiques spécifiques que nous ne développerons pas ici. Sur cette question, l’article de Wikipédia est tout à fait satisfaisant. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%...

Nous ne traiterons pas non plus des représentations idéologiques permettant notamment la domination de la classe dirigeante, ce que nous avons fait aussi dans un article précédent.

On peut aussi à ce sujet, se reporter à un exposé de sociologie intitulé « La domination sociale dans le contexte contemporain ». https://journals.openedition.org/rs...

1–Le monde et le mental.

Les représentations mentales dont nous traitons ici ont un sens plus général et recouvrent les représentations du monde, de l’univers.

Les représentations mentales du monde mettent d’emblée en présence deux termes : d’une part le mental et d’autre part le monde. La connaissance du mental utilise la neurobiologie, la psychologie, la psychalyse et plus généralement les sciences du cerveau. La connaissance du monde met en jeu notamment l’ensemble des sciences de la nature et en particulier la physique qui est censée décrire et expliquer le monde matériel.

Les sciences cognitives tentent de saisir les relations existant entre les objets mentaux considérés comme des entités neurobiologiques ou des entités psychologiques.

Les sciences de la nature tentent de saisir les relations entre objets matériels inertes ou vivants pour en déduire des lois en utilisant des modèles théoriques et des dispositifs expérimentaux.

Les sciences humaines (psychologie sociale, sociologie, anthropologie, ethnologie, économie,…) décrivent les relations existantes entre les objets sociaux et leur interaction avec la Nature.

Mais cette manière de voir peut présupposer qu’il existe un dualisme sujet/objet, que le sujet acteur de la connaissance faisant partie intégrante du monde a la capacité de s’en abstraire, et peut présupposer aussi qu’il existe un dualisme Culture/Nature.

Il est vrai aussi que la frontière entre représentations sociales et représentations mentales du monde est ténue.

L’anthropologue Philippe Descola a tenté de montrer que dans toutes les civilisations, l’être humain établit un partage entre physicalité et intériorité mais qu’il existe quatre modes de représentation du monde, appelés matrices ontologiques, combinant ces deux termes.

On a alors quatre types de civilisation : naturalisme, animisme, totémisme, analogisme. Pour plus de détails voir le lien suivant : https://wiki.p2pfoundation.net/Matr...

Les visions

Les manières de concevoir le monde sont alors très différentes Nous venons de décrire ici les outils scientifiques permettant de décrire les représentations mentales mais ces représentations ne sont pas toutes de nature scientifique (par exemple la poésie, la peinture, le cinéma, etc) même si l’on peut appliquer à ces productions des outils scientifiques comme la linguistique, la sémiologie de l’image, etc.

2–Représentation mentale et perception.

2.1 Les représentations mentales visuelles

La première question que l’on peut se poser concernant les représentations mentales est toute simple, du moins en apparence. Percevons-nous le monde tel qu’il est avec nos moyens de perception et notamment la vue ?

Rappelons que la partie de la physique qui traite de la lumière, des rayons lumineux est l’optique (quantique comprise).

Cette science utilise des représentations abstraites et mathématiques de la lumière.

La lumière est une onde conçue comme propagation d’un champ électromagnétique et comme propagation de photons. Elle est caractérisée par son intensité (énergie) et sa fréquence (ou sa longueur d’onde).Elle est généralement décomposable en plusieurs composantes. Cet ensemble de composantes constitue le spectre lumineux.

Le monde nous est visible grâce à la lumière réfléchie, difractée ou absorbée par les objets du monde environnant. Or la lumière visible par l’œil humain a une longueur d’onde comprise entre 380 et 780 nanomètres : du violet au rouge.

Les rayons lumineux qui convergent après réfraction par la cornée et le cristallin sur la rétine occupent une surface d’environ 1,5 mm² sur les cellules photo réceptrices.

Après stimulation de ces dernières en fonction des fréquences des ondes lumineuses reçues, l’information lumineuse est envoyée au cerveau par le nerf optique.

Cette information est traitée par une partie de notre cerveau appelé aire visuelle. Celle-ci est divisée en 5 zones V1 à V5 ayant chacune une spécialité fonctionnelle : traitement de la couleur, traitement de la forme, du mouvement, de l’orientation,… Ces différents traitements sont intégrés dans une aire associative.

La perception du mouvement est conditionnée non seulement par les propriétés des cellules visuelles de la rétine, comme la persistance rétinienne de 1/25ème de formation.

Pour plus de détails sur le traitement perceptif et cérébral de l’information visuelle on peut se reporter aux liens suivants :

Pouvoir séparateur de l’œil http://www.gatinel.com/recherche-fo...

Le traitement cérébral de l’information visuelle http://acces.ens-lyon.fr/acces/them...

France Culture. Les chemins de la philosophie. De la couleur ! » (1/4) :

La perception de la couleur, de Locke à Wittgenstein https://www.franceculture.fr/emissi...

2 .2 Les représentations mentales sonores

Rappelons que la partie de la physique qui traite des sons est l’acoustique. Un son est une vibration (onde) sonore caractérisée par son intensité (en décibels), sa fréquence ou hauteur (en Hertz) et sa durée. On peut généralement décomposer un son en différentes composantes : on obtient ainsi un spectre sonore.

La décomposition spectrale d’une voix humaine, d’un chant d’oiseau, du son émis par un instrument de musique caractérise alors le timbre Une onde sonore dans l’air se propage un million de fois moins vite qu’une onde lumineuse. (Environ 300 mètres par seconde contre 300 000 kilomètres par seconde).

Les sons musicaux sont représentés par une codification particulière que l’on trouve dans les traités de solfège et d’harmonie.

De la même manière, notre environnement sonore n’est que très partiellement perçu puisque l’oreille humaine n’est capable des percevoir les sons que sur la bande 20 Hz– 20 000 Hz.

De même que l’œil ne peut percevoir l’ultraviolet et l’infrarouge, l’oreille ne peut percevoir les infrasons et les ultrasons.

Rappelons qu’une abeille peut voir les ultraviolets, une chauve-souris percevoir les ultrasons, un éléphant les infrasons, qu’un chien ou un chat peut entendre des sons jusqu’à 40 000 Hz.

Il existe un traitement cérébral de l’information auditive relativement complexe qui met en jeu de nombreuses zones du cerveau.

Il ne faut pas oublier, par ailleurs, que les performances perceptives dépendent de l’apprentissage et de l’environnement culturel. Par exemple, en musique, l’octave est divisée en 12 degrés dans l’échelle chromatique tempérée occidentale mais est divisée en 22 degrés dans les échelles musicales indiennes.

Pour plus d’informations sur le traitement perceptif et cérébral des sons, on peut se reporter aux liens suivants :

Le cerveau auditif http://lonesomepi.e-monsite.com/pag...

Processus de perception des sons http://www.linternaute.com/science/...

Les chemins de la Philosophie. Le Son peut-il se passer de l’image ? (1/4) https://www.franceculture.fr/emissi...

Philosophie du son (2/4). Les rêveries sonores de Gaston Bachelard https://www.franceculture.fr/emissi...

Philosophie du son (4/4) https://www.franceculture.fr/emissi...

Remarquons que la pratique sonore et visuelle du langage nécessite un traitement de l’information de type plutôt séquentiel alors que la vision de l’espace nécessite plutôt un traitement global.

Mais ceci n’a évidemment pas de caractère absolu.

On constate ainsi que la perception du monde ne fait pas simplement intervenir les organes des sens mais aussi une construction cognitive, c’est-à-dire des représentations mentales.

Les considérations précédentes nous invitent à penser que la réalité n’est pas perçue telle qu’elle est mais par le truchement de représentations mentales complexes que le célèbre neurobiologiste Jean-Pierre Changeux avait dénommées percepts dans son ouvrage « l’homme neuronal ».

2. 3 La philosophie de la perception.

On aborde alors naturellement la question de la philosophie de la perception qui va elle-même se transformer avec l’évolution des connaissances scientifiques sur les processus de la perception.

Du point de vue philosophique, cette manière de considérer la perception par le truchement de représentations mentales est nommée le réalisme indirect, dont l’origine remonte à John Locke . Descartes et Locke distinguaient deux types de propriété des objets : les propriétés intrinsèques et les propriétés de nature sensorielle.

Cette distinction est reprise, en l’adaptant, par une certaine conception philosophique de la mécanique quantique.

Dans notre représentation moderne actuelle, la couleur attribuée à un objet met en jeu trois facteurs : des propriétés caractéristiques de l’objet par ses qualités optiques propres : capacité de réflexion, d’absorption, de réfraction, de diffusion… ; les propriétés de la lumière incidente éclairant l’objet : sa composition spectrale, son intensité lumineuse,… ; le traitement de l’information visuelle par le cerveau humain ou animal. Isoler un seul de ces trois facteurs ne permet pas de saisir la nature de la couleur. Nous allons reprendre ce type de représentation plus loin en examinant le cas de la mécanique quantique.

Sur l’histoire de la perception de la couleur voir :

France Culture. Les chemins de la philosophie. De la couleur ! » (1/4) :

La perception de la couleur, de Locke à Wittgenstein https://www.franceculture.fr/emissi...

Pour plus de détails voir :

La philosophie de la perception https://fr.wikipedia.org/wiki/Philo...

2.4 La perception du corps humain

Un cas particulier important de la perception est celui de la perception du corps tant au niveau externe qu’au niveau interne.

La perception du corps humain a évolué au cours des siècles et dépend des civilisations.

Voir par exemple l’ouvrage « Le sentiment de soi histoire de la perception du corps »

http://www.seuil.com/ouvrage/le-sen...

L’anthropologie du corps et la sociologie du corps abordent les représentations mentales corps dans leurs dimensions physique et sociale.

Il existe aussi différentes représentations symboliques s’inscrivant dans une cosmogonie du corps humain établissant une correspondance entre la structure du corps et le cosmos.

Voir par exemple : images de la cosmogonie du corps humain ici https://www.bing.com/images/search?...

3–Représentation mentale du temps.

3.1 La perception du temps (objectif et subjectif)

Une autre question de base est la suivante : quelle est la représentation mentale du temps ?

Sans que nous possédions un organe sensoriel percevant le temps, on peut parler en psychologie cognitive de perception du temps ou de sens du temps.

Notre perception du temps est fondée sur une base exogène : rythme jour/nuit, rythme des saisons se manifestant par des variations de température et de luminosité et se fonde aussi sur une base endogène par l’existence d’une horloge biologique interne réglée sur 24 heures (rythme circadien) situé dans l’hypothalamus et l’existence d’horloges périphériques situées dans différents organes réglés par des gènes– horloges. Notons que la médecine chinoise traditionnelle avait déjà à sa manière établi des rythmes énergétiques pour chaque organe.

Il existe évidemment aussi des rythmes biologiques parfaitement perceptibles : le rythme cardiaque et le rythme respiratoire.

II n’est donc pas étonnant que la notion de temps soit liée à celle de rythme, de périodes, de fréquences et que la mesure du temps (on devrait dire plutôt des durées) se réalise grâce à des systèmes physiques à mouvements périodiques. (horloges, montres, utilisant des balanciers par exemple des vibrations périodiques d’origine atomique)

Observons que la lecture des durées sur une montre, le ruban déroulant sur un écran d’ordinateur, un axe chronologique sont visualisés d’une manière spatiale. Les durées sont représentées par des segments de droite ou des segments de cercle.

« L’écoulement du temps », pensé généralement du passé vers l’avenir, est souvent conventionnellement figuré par le déplacement de la gauche vers la droite sur une ligne droite ou dans le sens des aiguilles d’une montre sur un cercle.

Le temps est le plus souvent associé à la perception du mouvement, d’une transformation, d’une modification d’état, d’une évolution, d’une variation, d’un changement, d’une succession d’événements.

Le temps subjectif est associé à nos capacités de mémorisation des événements passés et de projection d’événements futurs supposant.. La neuropsychologie étudie les différents types de mémoire mis en œuvre par notre cerveau : mémoire à long terme, mémoire épisodique, mémoire de travail, mémoire immédiate, mémoire associative…

3.2 La perception du temps historique et cosmique

Mais la mémoire ne s’inscrit pas seulement dans un cerveau individuel mais aussi dans une collectivité ou une civilisation. Cette mémoire se fixe grâce aux différentes sciences historiques qui ont utilisé et utilisent divers supports : tablettes d’argile, papyrus, livres, supports électromagnétiques pouvant se dégrader plus ou moins vite et même être détruits en cas de guerre. Vestiges de différents édifices et habitations, monuments, différentes œuvres d’art (fresque, tableau, poteries, sculptures, tableaux, etc.) constituent des traces matérielles de cette mémoire collective.

La mesure collective du temps s’effectue à l’aide de calendriers divers selon les époques et différents types d’horloges. (du cadran solaire à l’horloge atomique).

Il ne saurait s’agir évidemment de traiter en détail de ces questions qui font d’ailleurs la couverture de numéros spéciaux de revues de vulgarisation scientifique.

Voir par exemple : Les cahiers de Science et Vie : l’invention du temps https://www.histoire-pour-tous.fr/a...

Voyager dans le passé est partiellement possible.

L’analyse physico-chimique des sols après forage, et des sites archéologiques, l’analyse biochimique et génétique des ossements d’êtres ayant vécu il y a des milliers d’années permet d’avoir des informations précises sur la végétation la faune l’alimentation des animaux et des humains ayant vécu il y a 150 000 ans voire plus.

L’utilisation des radioéléments pour les datations et de la génétique des populations a permis de comprendre quels ont été, du moins pour partie, les flux migratoires depuis l’origine de l’humanité.

Dans un tout autre domaine, L’analyse spectrale de la lumière émise par une étoile distante de 1000 années lumière par exemple, permet de connaître quelle était la composition chimique de cette étoile il y a 1000 ans.

D’autre part, l’astrophysique contemporaine permet de dater la naissance de l’univers à environ 13,8 milliards d’années, celle du soleil à environ 5 milliards d’années et celle de la Terre à 4,54 milliards d’années.

On parvient à définir des périodes géologiques de la Terre en centaines de milliers d’années ou en millions d’années.

Tout cela n’est pas sans incidence sur la perception du temps et notamment sur le caractère éphémère pour ne pas dire infinitésimal de la durée de vie d’un être humain ou même de l’espèce humaine.

On arrive donc à reconstruire, du moins partiellement, grâce à des représentations mentales, un monde qui n’existe plus.

Cette nouvelle perception relative du temps n’était évidemment pas du tout la même il y a seulement 2 siècles.

3 .3 La représentation du temps par la physique

Elle a évolué avec les progrès de la physique.

a) D’abord un temps absolu et universel selon Newton (formulation en 1685) puis, selon Einstein, un temps non absolu et relativiste, dépendant du référentiel de mesure du temps considéré. Avec cette nouvelle représentation, la notion de simultanéité de deux événements éloignés cesse d’être possible. On doit donc associer un temps propre à chaque observateur correspondant à une ligne particulière de l’espace-temps. En physique classique, les interactions entre particules se propagent instantanément mais en physique moderne, la vitesse des interactions est limitée par la vitesse de la lumière.

La représentation mentale la plus courante du temps que l’on trouve même dans les livres de physique est celle d’un écoulement tel celui d’une rivière.

La propriété d’uniformité du temps responsable de la loi de conservation de l’énergie se représente par l’idée que dans tout référentiel donné d’un instant à l’autre, l’écoulement du temps est le même : en quelque sorte, le temps ne dépend pas du temps !

Sur l’homogénéité du temps voir : Symétries de l’espace et du temps et lois de conservation Pascal Rebetez http://owl-ge.ch/IMG/pdf/article_sy...

b) Le temps dans la relativité d’échelle

L’astrophysicien Laurent Nottale a conçu un concept d’espace-temps fractal remettant en cause le caractère continu de l’espace et du temps. Selon l’échelle à laquelle on étudie l’espace–temps, on passe d’une géométrie euclidienne (espace-temps de Galilée), à une géométrie de Riemann (espace-temps de Minkowski en relativité d’Einstein) puis à une géométrie fractale (espace-temps de la relativité d’échelle de Nottale).

c) Le temps dans la théorie de la gravitation quantique

Chacun peut intuitivement prendre conscience du paradoxe de l’existence du temps.

Le passé n’existe plus, l’avenir n’existe pas encore, donc n’existe que l’instant présent. Mais quelle est la durée de cet instant ? Elle est nulle ? Ou le présent est-il permanent ? Or il se trouve que la théorie quantique de la gravitation fait disparaître le fameux paramètre-temps.

On peut se référer à un excellent article sur les différentes conceptions du temps en physique jusqu’à sa disparition dans l’étude : « La disparition du temps en gravitation quantique ».

Voici le début de l’article de ce texte très intéressant :

« Le but de ce travail est d’examiner l’incidence philosophique de la gravitation quantique sur le concept de temps. Je cherche à montrer qu’elle conduit à une disparition du temps comme dimension et ouvre la voie à une compréhension du temps comme variation et même à l’idée de variation pure. En l’absence de temps mécanique, il est cependant possible de définir un temps d’origine thermodynamique. Je montre en quoi cette dissociation du temps mécanique et du temps thermodynamique, fait écho à l’ambivalence — qui est au cœur de la physique comme de la philosophie — entre le devenir et le temps comme mesure du changement. Enfin, je suggère que la gravité quantique concourt à l’inversion de la définition aristotélicienne du temps.

Lire la suite en cliquant sur le lien suivant : https://journals.openedition.org/ph...

Quelques documents sur les représentations du temps

La notion de temps. https://www.youtube.com/watch?v=yIz...

La perception du temps. Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Perce...

La chronobiologie https://www.inserm.fr/layout/set/pr...

Les représentations du temps https://journals.openedition.org/ph...

Différentes représentations philosophiques du temps http://www.philo52.com/articles.php... sont exposées ici

Que devient le présent quand il devient le passé ? https://www.franceculture.fr/emissi...

4– La représentation du monde matériel avec la physique contemporaine

La physique contemporaine donne une représentation très cohérente de la réalité comme en témoigne par exemple le tableau de la classification périodique des éléments où sont classés les 92 atomes naturels connus dans l’univers (de l’hydrogène à l’uranium) Et les atomes artificiels de synthèse actuellement au nombre de 26 et dont le dernier synthétisé l’oganesson de numéro atomique 118 (118 électrons) et de masse atomique 294 (noyau constitué de 294 nucléons).

Il a été possible de connaître les propriétés physiques et chimiques de tous ces éléments d’une manière précise.

Un autre exemple d’une telle représentation cohérente est le modèle standard de la physique quantique permettant de rendre compte des propriétés des particules élémentaires et de leurs interactions dans différents types de champs de force.

Nous avons présenté ce modèle dans notre article : les particules élémentaires (Au cœur de la matière, partie 3) http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Les limites des représentations scientifiques précédentes.

Mais ces représentations scientifiques du monde dit matériel ne permettent pas justement d’expliquer la nature physique de ce que l’on nomme matière noire ou sombre (darkmatter) qui ne serait pas constituée de baryons et qui représenterait pourtant 80 % de la masse totale de l’univers. Cette supposée matière n’est pas directement observable et l’hypothèse de son existence résulte de plusieurs observations et calculs : le grand écart entre la masse lumineuse et la masse dynamique des étoiles dans les galaxies ; la quasi uniformité de la vitesse orbitale des étoiles autour du centre des galaxies spirales en rotation. (la vitesse devrait être d’autant plus faible que l’on s’éloigne du centre de la galaxie) Pour expliquer un tel phénomène en violation avec les lois de Kepler, l’hypothèse de l’existence d’un halo de matière non visible entourant les galaxies ou existant même entre les amas de galaxies, a été avancée.

Mais même l’appel aux théories super symétriques complétant le modèle standard en utilisant les particules exotiques de ces modèles ne semble pas actuellement suffisant. Certains astrophysiciens émettent donc l’hypothèse que cette matière noire n’existe pas mais que c’est la modélisation de la gravitation par les lois de Newton et d’Einstein qui sont insuffisantes ou inadaptées pour interpréter ces phénomènes astrophysiques inexpliqués.

Un autre phénomène inexpliqué par les représentations de la physique contemporaine est l’accélération de l’expansion de l’univers, accélération mise en évidence en 1998.

Normalement, selon l’état des connaissances de la physique de notre époque, l’expansion devrait au contraire se ralentir. Pour tenter d’expliquer une telle accélération, on suppose l’existence d’une énergie sombre qui constituerait près de 70 % de l’énergie de l’univers. La densité de l’énergie du vide quantique est d’un ordre de grandeur beaucoup trop grand pour être une explication satisfaisante.

L’explication la plus récente (2017) serait l’invariance d’échelle du vide. Selon cette hypothèse, comme la matière noire, l’énergie noire n’existerait pas et les phénomènes observés s’expliqueraient par cette invariance.

(Voir le détail : https://www.techniques-ingenieur.fr...)

Ainsi, avant même d’aborder la question des différentes interprétations de la mécanique quantique, on constate que les conceptions de la matière sont à la fois tributaires des mesures de l’expérience et des modèles théoriques proposés. Révélation peu nouvelle à vrai dire !

5 Les différentes représentations du monde avec la mécanique quantique.

Le formalisme mathématique et les applications expérimentales de la mécanique quantique font consensus dans la communauté scientifique de la physique.

Mais il n’y a pas de consensus sur la nature de la réalité dont ils rendent compte, à tel point que la notion de « réalité objective » devient problématique.

Il existe donc plusieurs interprétations de la mécanique quantique dont nous faisons ici l’inventaire.

On peut se référer à un texte expliquant trois des principales interprétations :

Les interprétations de la mécanique quantique. Les implications philosophiques. http://www.implications-philosophiq...

Nous reprendrons avec d’autres sources ci-dessous ces trois interprétations mais nous les compléterons

5 .1 L’interprétation de Copenhague dite orthodoxe

Cette interprétation a été proposée par Niels Bohr, Werner Heisenberg, Pascual Jordan, Max Born.

Le monde est constitué de particules élémentaires ou composées. On ne peut attribuer intrinsèquement des qualités à ces particules (vitesse, position, etc.) : celle-ci sont le résultat de mesures. par réduction de l’état quantique.

Ces mesures ont un caractère aléatoire et on ne peut attribuer une propriété à une particule qu’à partir d’une accumulation de données statistiques mesurant l’état quantique.

L’incertitude sur les mesures et l’état du système résulte de l’interaction entre le système quantique et l’appareil de mesure qui peut modifier cet état. En outre, le caractère macroscopique de l’appareil de mesure le rend sujet à toutes sortes d’aléas physiques.

Le caractère aléatoire des résultats n’est pas lié à une limitation de nos informations sur le monde mais fait partie fondamentalement du monde.

La fonction d’onde ne représente pas mathématiquement les entités quantiques en elles-mêmes mais les mesures réalisées sur ces entités. Il existe une interaction entre deux mondes : l’un microscopique régi par des lois probabilistes et l’autre macroscopique (appareils de mesure) régi par des lois déterministes de la mécanique classique.

Il existe une contradiction fondamentale dans cette interprétation liée au problème de la mesure en mécanique quantique : d’une part l’évolution entre deux états quantiques décrite par l’équation de Schrödinger est continue et déterministe alors que les mesures réalisées sur ces états sont discontinues et probabilistes. Cette interprétation est majoritaire (42 %) mais n’est pas hégémonique.

Plus d’informations sur cette interprétation :

Interprétation Copenhague https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8...)

5 .2 L’interprétation de De Broglie–Bohm

Théorie élaborée par David Bóm en 1952 suite aux travaux de Louis De Broglie de 1927 sur la dualité onde/corpuscule. On l’appelle aussi théorie de l’onde pilote DBB.

On assigne à chaque point de l’espace la fonction d’onde censée représenter l’étape quantique de chacun de ces points.

D’autre part les particules peuvent occuper ou non chacun de ces points et celles-ci possèdent alors des qualités considérées ici comme intrinsèques (position, vitesse,…)

On considère ainsi que l’on peut attribuer à chaque particule « une variable cachée » qui a des valeurs parfaitement déterminées mais qui ne nous sont pas accessibles en raison de notre ignorance.

La fonction d’onde permet de parler de probabilité de présence d’une particule en un endroit donné mais ne permet pas de connaître sa position exacte.

Dans cette optique, le monde n’est pas fondamentalement indéterminé et l’usage des probabilités est simplement lié à notre ignorance, aux limites de notre connaissance.

En utilisant la notion de dualité onde/particules développée par Louis de Broglie en 1927, Bohm introduit la notion d’onde pilote devenu ensuite « potentiel quantique » qui « informe » la particule sur l’état de son environnement même lointain.

Ce potentiel assure son efficacité non pas par son intensité mais par sa forme.

Bohm développe ainsi une interprétation non locale et déterministe de la mécanique quantique.

Son interprétation des franges d’interférences dans l’expérience des fentes de Young diffère de l’interprétation de Copenhague.

L’onde pilote interfère avec elle-même et la particule ne passe que par une seule fente alors que dans l’interprétation de Copenhague, la particule s’étale dans l’espace et passe par les deux fentes simultanément avant de se réduire à une particule au moment de la mesure sur l’écran par réduction du paquet d’ondes. Il a été prouvé par des expériences récentes que les franges d’interférences se trouvent influencées par un champ magnétique hors de portée des particules incidentes. Le potentiel quantique dont la nature reste encore actuellement peu claire est sensible à l’existence d’un champ éloigné. Ainsi Bohm utilise une notion d’information qui serait attachée aux particules par le potentiel quantique.

Pour plus de détails on peut cliquer sur le lien suivant https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3...’indétermination_de_Heisenberg

5 .3 Interprétation transactionnelle de la mécanique quantique de Georges Cramer (1986)

Dans cette représentation, on associe à chaque particule une onde stationnaire combinaison d’une onde avancée et d’une onde retardée. L’équation de Schrödinger formulée sous forme relativiste permet d’envisager de telles ondes.

Dans le cas de l’expérience de Young, l’onde avancée détectrice informe l’état quantique onde/photons de la présence de la fente et l’onde retardée (de confirmation) interfère continûment avec l’onde avancée entre le moment de l’émission du photon et de son impact sur l’écran. Ainsi l’effondrement du paquet d’ondes est progressif pendant toute la durée de l’interaction entre les deux ondes.

Cette interprétation résout le problème du rôle de l’observateur dans la prise de mesures.

Cette interprétation transactionnelle est conforme aux résultats de l’expérience de Marlan Scully, alors que l’interprétation de Copenhague et l’interprétation des mondes multiples ne le sont pas.

Plus de détails en cliquant sur le lien suivant :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Inter...

5 . 4 L’interprétation CSM (Contexte, Système, Modalité) d’Alexia Auffèves et Philippe Grangier. 2015

Cette interprétation consiste à ne pas séparer le système quantique du dispositif expérimental, c’est-à-dire du contexte de l’analyse de l’état quantique.

Le monde est constitué de particules mais les propriétés qui leur sont attribuées dépendent du contexte expérimental. On parle alors d’objectivité contextuelle relative.

C’est la modification des contextes et des modalités de mesures qui rendent imprévisible la valeur de certaines mesures ce qui implique le recours au calcul des probabilités.

Plus de détails avec les documents suivants :

« Donner du sens à la mécanique quantique » Source : CNRS. Le journal. 10/02/201https://lejournal.cnrs.fr/articles/...

L’interprétation CSM (contexte–systèmes–modalités) https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3...

5.5 L’interprétation relationnelle de la mécanique quantique. Carlo Rovelli

Dans ce cadre, les observables quantiques n’ont pas de propriétés intrinsèques mais des propriétés qui dépendent de l’action de l’observateur.

Les états quantiques ne sont pas isolables, ils sont en relation avec d’autres et avec un ou des observateurs.

De même qu’un objet n’a pas de vitesse en soi mais une vitesse relative à un référentiel, les variables quantiques sont relatives à un système de mesure lié à un observateur.

L’épistémologie sous-jacente à cette interprétation, dite corrélationiste, considère que l’objet de connaissance observé se construit par inter–action avec le sujet connaissant.

Cela n’exclut pas qu’il existe des propriétés intrinsèques comme la charge ou la masse d’un électron par exemple. Néanmoins, remarquons que la masse d’une particule résulte de son interaction avec le champ de Higgs.

Remarquons aussi que dans la théorie de la gravité quantique, la notion d’espace-temps n’est plus nécessaire comme trame de référence mais que ne subsiste qu’un champ de gravitation quantifiée conférant aux particules leurs propriétés qui ne prennent sens qu’en relation avec les autres

Cette interprétation est assez proche de l’interprétation CSM.

Plus de détails avec les documents suivants :

Une vidéo : https://diderot-tv.univ-paris-dider...

Bernard d’Espagnat et le réel voilé. Interview https://www.youtube.com/watch?v=ypB...

Épistémologie liée à l’interprétation relationnelle de la mécanique quantique. Voir le livre suivant "De l’intérieur du monde. Pour une philosophie et une science des relations", de Michel Bitbol .

On a une présentation de ce livre avec la source suivante :

LE MONDE DES LIVRES | 04. le 04.03.2010 Par Roger-Pol Droit http://www.lemonde.fr/livres/articl...

5.6 Interprétation de Everett (1957) ou des mondes multiples

On considère en mécanique quantique des superpositions d’états. Par exemple, un électron peut être dans deux états superposés avant mesure : l’état être ici et l’état être là. Il peut être dans chacun de ces états avec la probabilité ½. Après mesure, la fonction d’onde se projette sur un seul état : par exemple, être là. C’est ce que l’on appelle la réduction d’état ou réduction du paquet d’ondes. Dans l’optique d’ Everett, il n’y a pas de réduction et les deux états se réalisent dans deux univers différents régis par des lois déterministes. Il attribue la fonction d’onde à l’univers tout entier. Il n’y a pas de partage entre un univers quantique et un univers macroscopique classique. Tout est quantique. La fonction d’onde est associée à l’équation déterministe de Schrödinger. Il ne peut exister de communication entre chacun des univers.

Plus de détails avec les liens suivants : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3...

Sur Futura sciences : https://forums.futura-sciences.com/...

L’article Multivers de Wikipédia très documenté présente entre autres l’interprétation d’Everett et de son continuateur David Deutsch dont l’interprétation par les mondes multiples est proche. https://fr.wikipedia.org/wiki/Multivers

Et sur David Deutsch : https://fr.wikipedia.org/wiki/David...

5 .7 L’interprétation parallèle de Laurent Notale

Nous avons vu ci-dessus sa conception fractale de l’espace-temps. À des échelles voisines de celles d’un atome, les courbes décrites par les particules ne sont plus continues mais fractales. Cela implique une quantification qui permet alors d’inclure la mécanique quantique. Cette représentation de l’univers implique une limite de l’insécabilité de la matière : c’est la longueur de Planck (10 E -35 m) et une limite temporelle passée inatteignable, celle du mur de Planck (10 E -48 s après le big-bang). La difficulté de la mécanique quantique pour localiser une particule impliquant l’utilisation du calcul des probabilités résulte dans cette théorie du caractère fractal des trajectoires suivies par les particules : dans ces conditions le calcul infinitésimal classique devient inopérant.

Plus de détails en cliquant sur le lien suivant concernant la relativité d’échelle :

La relativité d’échelle. https://fr.wikipedia.org/wiki/Relat...

5 .8 Interprétation bayésienne de la mécanique quantique

Dans cette optique, la mécanique quantique serait une construction du cerveau humain pour prévoir les événements se produisant à l’échelle microscopique en utilisant la théorie des probabilités.

Pour plus de détails voir un article intéressant :

Cerveau Bayésien et mécanique quantique https://blogs.mediapart.fr/jean-pau...

Cette interprétation s’inscrit dans l’épistémologie défendue par Michel Bitbol qui s’inspire du concept d’enaction de Francisco Varela.

5 9 L’esprit quantique

Un certain nombre de physiciens considérant que l’on ne pouvait plus séparer l’objet de connaissance du sujet connaissant se sont intéressés aux liens qui pourraient exister entre l’activité consciente du cerveau et la mécanique quantique.

Voir par exemple l’article de Wikipédia sur l’esprit quantique https://fr.wikipedia.org/wiki/Espri...

Pour une étude universitaire des différentes interprétations de la mécanique quantique on peut se référer à la thèse de doctorat de philosophie soutenue à l’université Paris 1 Sorbonne par Thomas Boyer en décembre 2011 intitulée : « La pluralité des interprétations d’une théorie scientifique :l e cas de la mécanique quantique »

Thèse accessible ici : https://tel.archives-ouvertes.fr/te...

Après avoir considéré ces différentes interprétations, on peut s’interroger sur l’opinion des physiciens.

Dans l’article : « état quantique, subterfuge ou réalité ? », On trouve la réponse à cette question. http://www.philipmaulion.com/2017/0...

5 .10 Les expériences ayant influencé les interprétations de la mécanique quantique

Interférence de Young https://fr.wikipedia.org/wiki/Fente...

Expérience d’Aspect https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C...

le paradoxe EPR https://fr.wikipedia.org/wiki/Parad...

Les problèmes de la mesure quantique https://fr.wikipedia.org/wiki/Probl...

Les inégalités de Bell https://fr.wikipedia.org/wiki/In%C3...

l’expérience de Marlan Scully, https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C...

6 – La question épineuse du réalisme

6. 1 Qu’est-ce que le réalisme ? (En philosophie)

Comme l’indique à juste titre Jean-Luc Marion dans son exposé sur le réalisme (voir vidéo ci-dessous), le mot réalisme en philosophie peut recouvrir des sens différents.

Selon l’encyclopédie Wikipédia : « En philosophie et en sciences : le réalisme philosophique est la conception selon laquelle il existe un monde indépendant du sujet qui en prend connaissance. Il est représenté, par exemple, par Thomas d’Aquin au XIIIe siècle ou Karl Popper au XXe siècle. Il s’oppose à l’anti-réalisme et à l’irréalisme. Le réalisme des idées est une doctrine développée initialement par Platon à travers la théorie des Formes, laquelle attribue aux Idées une existence en soi.

Le réalisme scientifique est la position métaphysique selon laquelle le monde décrit par la science est le monde « réel » existant indépendamment de nos représentations.

Le réalisme épistémologique est la position philosophique d’après laquelle la connaissance que nous avons du monde est une connaissance de la façon dont le monde est indépendamment de notre esprit ou de nos représentations. Le réalisme scientifique en constitue une version.

Le réalisme modal désigne l’hypothèse métaphysique selon laquelle toute description de la façon dont le monde aurait pu être est la description de la façon dont un autre monde est, véritablement, mais parallèlement au nôtre. Cette hypothèse a été proposée initialement par le philosophe David Lewis.

Le réalisme naïf est la conception commune et spontanée que nous avons de la réalité de ce que nous percevons. Spontanément, nous pensons qu’il existe un « monde extérieur » et que nous percevons ce monde extérieur.

Les réalismes direct et indirect sont deux conceptions réalistes rivales dont la première justifie le réalisme naïf tandis que la seconde justifie une forme de réalisme épistémologique.

Le réalisme australien désigne un courant de la métaphysique contemporaine qui s’est développé dans les universités australiennes.

URL source : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%...

Réalisme et matérialisme .

Une erreur courante est de confondre réalisme et matérialisme (comme le fait curieusement Jean-Luc Marion). L’idée selon laquelle il existe un monde objectif indépendamment des sujets pensants ne caractérisent pas exclusivement le matérialisme.

En effet, un idéaliste ou un spiritualiste peut admettre l’existence d’une réalité extérieure indépendante tout en considérant que le monde matériel a été créé par une puissance divine, qu’il existe un dualisme matière/esprit, voire que ce monde objectif indépendant est néanmoins de nature spirituelle…

Ce qui caractérise la position matérialiste, c’est que l’esprit, la pensée, la conscience sont des formes d’existence de la matière, ce qui fait du matérialisme une philosophie moniste et non dualiste.

L’esprit ne préexiste pas à l’existence de la nature, du Cosmos, mais est le résultat d’un processus d’émergence résultant d’une forte complexification de la matière.

Cette position matérialiste ne présuppose pas une définition précise de la matière puisque la représentation de celle-ci varie considérablement avec les progrès de la science. Remarquons que la matière n’est pas réductible à ses composantes (particules, atomes, molécules, cellules vivantes,…) mais comprend aussi les différentes interactions, relations entre ces éléments et leur environnement.

Elle comprend aussi les différentes formes organisationnelles plus ou moins complexes du monde inerte et du monde vivant.

Ces formes d’organisation peuvent avoir un caractère aléatoire ou, au contraire, être très déterminées ou structurées.

À l’échelle de l’univers, le passage de l’ère radiative (380 000 ans) à l’ère hadronique permet la formation de protons et d’électrons puis d’atomes d’hydrogène et d’hélium qui forment d’immenses nuages qui forment ensuite par contraction gravitationnelle la première génération d’étoiles en 200 millions d’années après le big-bang. Par nucléosynthèse au sein des étoiles, se forme la plupart des atomes naturels. L’explosion d’un grand nombre de ces étoiles formera des disques d’accrétion de matière et des nuages de poussières qui permettront ensuite la formation de systèmes planétaires.

Globalement, la matière se complexifie et se complexifie encore plus au niveau local par la formation de molécules organiques puis d’organismes vivants sur certains systèmes planétaires. La théorie de l’évolution rend compte du moins partiellement de la complexification du vivant puis de l’apparition de l’Homo sapiens sur la troisième planète de notre système planétaire. Un matérialiste invoquera la capacité de la matière à s’auto-organiser par des processus physico-chimiques ne faisant intervenir aucune puissance divine ou spirituelle de nature plus mystérieuse.

En revanche d’autres comme Teilhard de Chardin invoquent une forme de spiritualisation de la matière permettant de s’auto organiser.

D’autres plus simplement invoqueront un grand architecte. Ce grand architecte est appelé à la rescousse sous des formes relativement variées l’une des dernières en date étant la théorie de l’anthropie forte. : les valeurs des constantes cosmologiques (masse et charge du proton, intensité des 4 forces fondamentales, etc.) auraient été déterminées (par qui ? par quoi ?) de manière à permettre l’organisation de la matière précédemment décrite pour faire apparaître un être pensant permettant lui-même à l’univers de s’auto- observer… il s’agit évidemment d’un néo finalisme.

Mais un certain nombre de matérialistes se savent comme marqués du sceau de l’éternité –enfin presque– car les atomes constituant leur corps puis leurs cendres ont été synthétisés dans des étoiles dont la température atteint 10 millions de degrés.

Pour plus de détails sur le matérialisme, on peut se référer à l’article de Wikipédia malgré sa grande indigence sur le matérialisme dialectique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mat%C...

6.3 La réalité s’évanouit-elle ?

Depuis 2013, un certain nombre de revues scientifiques de vulgarisation, s’inspirant de résultats de la mécanique quantique, s’interroge sur l’existence même de la réalité.

Voici deux exemples parmi d’autres. « La réalité n’existe pas » –la revue La Recherche de juillet 2014. La réalité n’existe-elle que lorsqu’on la regarde ? http://www.larecherche.fr/parution/...

Le forum de Futura sciences, en mars 2013, a traité du thème : Le monde existe-t-il ? https://forums.futura-sciences.com/...

Il est vrai que les découvertes récentes du boson de Higgs et des ondes gravitationnelles ont réactivé l’intérêt pour la physique fondamentale.

Mais depuis quelques années, on assiste à un retour en force de l’ontologie, de la métaphysique, de l’épistémologie.

Ce regain d’intérêt se trouve confirmé par la création au collège de France en 2010 d’une chaire de métaphysique et de philosophie de la connaissance par Claudine Tiercelin (ex présidente du jury de l’agrégation de philosophie).

http://www.college-de-france.fr/sit...

Claudine Tiercelin professeur au collège de France est aussi membre de l’Académie des sciences. Voir ici sa biographie. https://fr.wikipedia.org/wiki/Claud...

Le mot réalité est aussi un mot valise comprenant différentes acceptations. Voir Wikipédia : La réalité https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%...

Article très concis et précis sur philosciences https://philosciences.com/vocabulai...

Retenons que ces définitions font intervenir la notion d’expérience sensible.

Ressources sur cette question :

Chose en soi, noumène , phénomène https://www.franceculture.fr/emissi...

Une vidéo intéressante de Michel Bitbol sur les interprétations réalistes et non réalistes de la mécanique quantique. Les problèmes de la non-séparabilité et de la non localité sont abordés. https://www.youtube.com/watch?v=euv...

Le réalisme spéculatif. Après Emmanuel Kant https://www.youtube.com/watch?v=Ihw...

Qu’est-ce que le réalisme Vidéos avec Jean-Luc Marion ? https://www.youtube.com/watch?v=Wm-...

CHOSES EN SOI : "Abstrait et particulier, https://www.youtube.com/watch?v=NZY...

Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine. Texte en ligne https://www.marxists.org/francais/l... https://www.marxists.org/francais/l... https://www.marxists.org/francais/l...

Lénine n’était pas un « philosophe professionnel » mais possédait une culture philosophique et scientifique importante. Il était parfaitement au courant des dernières découvertes scientifiques de la physique par exemple.

Ce livre n’est pas à prendre comme un traité de philosophie académique mais comme un instrument de lutte politique et idéologique contre toutes les formes de spiritualisme et d’idéalisme qui ont été instrumentalisées depuis des millénaires pour endormir et soumettre les peuples par les pouvoirs dominants. D’où le ton polémique de ses critiques à l’encontre des idéalistes russes de son époque. Cela donne souvent à son texte une certaine vivacité comique.

Qu’est-ce que la matière ? https://www.marxists.org/francais/l...

6.4 Pourquoi la mécanique quantique et plus généralement la physique contemporaine suscite des questions ontologiques ?

Rappelons que l’ontologie est une partie de la philosophie qui s’intéresse à l’être et à l’étant.

Un guide classique dans la réflexion ontologique est la représentation du monde d’ Emmanuel Kant : selon lui, il existe un monde en soi, celui des choses en soi, inaccessible à notre connaissance, c’est celui des noumènes et, d’autre part, un monde des phénomènes et notamment des objets de connaissances qui constituent les représentations mentales de l’entendement. On retrouve, formulée autrement, la distinction d’Aristote entre monde sensible et monde intelligible.

Une interprétation de cette distinction par certains philosophes contemporains, dont Jean-Luc Marion, est de considérer que noumène et phénomène sont deux manières d’appréhender l’Objet en général. Néanmoins cette interprétation est contestée par des spécialistes de la pensée d’Emmanuel Kant. (Écouter l’émission de France Culture sur la critique de la raison pure citée ici en document)

Cette remise au goût du jour de la phénoménologie de Kant est loin de faire l’unanimité comme on peut en juger en écoutant le colloque consacré au réalisme spéculatif.

Le noumène est plutôt interprété comme une limitation de notre champ de connaissances. C’est un bel antidote contre la prétention scientiste croyant pouvoir tout expliquer par la science et plus généralement la Raison.

Quelles sont donc les raisons de ces questions ontologiques ?

1 Le statut d’objet remis en question.

D’abord la notion de monde objectif repose sur la notion d’objet Or en physique quantique, les particules dites élémentaires ne peuvent être considérées comme des micro-objets

De même le modèle planétaire de Jean-Perrin de l’atome avec un noyau central autour duquel gravitent des électrons comme des planètes est une approximation pédagogique qui ne traduit pas correctement la réalité observée qui s’apparente davantage à l’image d’un nuage électronique avec des condensations locales de matière entourant un condensat embrumé et compact (le noyau).

Les électrons ne sont pas localisables ni atteignables car entourés d’un micro nuage de particules virtuelles et reliés au noyau par un champ électromagnétique véhiculé par des photons virtuelles.

D’une manière analogue, protons et neutrons, constitués chacun de 3 quarks échangeant des gluons pour assurer leur confinement, sont eux-mêmes reliés entre-eux par la force nucléaire véhiculée par un échange de pions. De même, ces nucléons sont entourés d’un nuage de microparticules virtuelles.

Bref, même les atomes, qui sont certes des objets de connaissance ne peuvent pas être considérés comme des micro-objets.

D’autre part, une particule peut être instable et se désintégrer en plusieurs particules inversement un photon par exemple peut se matérialiser par une paire électron–positon.

Ainsi, le statut d’objet caractérisé par sa stabilité relative, sa localisation, son contour et sa reproductibilité, est remis en cause au niveau microscopique.

Or ce monde subatomique est supposé être le substratum du monde objectif.

2 Une remise en cause de la causalité classique.

La deuxième remise en cause de nos représentations macroscopiques est celle de la causalité. Selon le principe d’incertitude de Heisenberg, par exemple, il est impossible de connaître la position d’une particule avec précision lorsque l’on a acquis une certaine précision sur sa vitesse. Formulé sous une autre forme moins connue, ce principe permet la violation de la loi de conservation de l’énergie : en effet, une fluctuation d’énergie du vide quantique est possible à condition que le temps de cette fluctuation soit extrêmement court. C’est par exemple ce qui se passe dans l’échange de photons virtuels entre protons et électrons qui assurent l’existence du champ de force électromagnétique attirant les électrons vers le noyau.

Contrairement aux lois de la mécanique céleste par exemple, il faut avoir recours au calcul des probabilités pour établir une corrélation entre les états quantiques. Il faut alors parler de q–corrélation se distinguant de la corrélation causale macroscopique ordinaire.

Au niveau macroscopique, un corps est soit ici soit là (principe du tiers exclu Aristote). En termes logiques une proposition est soit vraie soit fausse. C’est la base de la théorie de l’information fondée sur le bit (0 ou 1).

Au niveau quantique, une particule peut être ici et là par superposition des états quantiques. Raison pour laquelle, la théorie quantique de l’information est fondée sur le q–bit.

Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que la causalité est abolie, elle devient simplement probabiliste notamment en raison des incertitudes liées à la mesure.

3 Remise en cause de l’indépendance de l’objet observé par rapport au sujet observant.

La troisième raison est la présence de l’observateur, sujet connaissant, dans le contexte expérimental, qui exerce une action sur l’état quantique mesuré.

On n’est plus dans la situation d’un observateur neutre comme un astronome qui observe une étoile avec un télescope par exemple.

4 La remise en cause des propriétés intrinsèques.

La quatrième raison est le caractère contextualiste de la mécanique quantique : les propriétés d’un état quantique dépendent du contexte expérimental.

Ces 2 raisons précédentes favorisent une interprétation subjective (ou phénoménologique) de la mécanique quantique c’est-à-dire que les états quantiques n’ont pas de réalité intrinsèque mais ne sont que des constructions mentales d’un sujet conscient .

5 Passage d’un univers conçu comme continu à un univers conçu comme discontinu.

Une cinquième raison pourrait être le caractère discontinu des phénomènes étudiés comme la lumière par exemple.

Elle est d’abord conçue comme une onde continue avec son champ électromagnétique décrit par les équations de Maxwell puis comme un flux granulaire de photons.

6 La remise en cause de la séparabilité des phénomènes.

Une sixième raison est la non séparabilité de deux états quantiques ayant interagi. Ainsi deux particules ayant interagi se comportent comme un seul système de particules ayant 2 états superposés. Enfin certaines interprétations de la mécanique quantique impliquent une non-séparabilité globale, c’est-à-dire dire que tous les phénomènes de l’univers sont interreliés.

Le caractère relativement étrange de ces propriétés par rapport à celles rencontrées dans le monde macroscopique conduit naturellement à s’interroger sur la nature profonde du monde dit objectif, sur la nature de la réalité physique.

6 .5 Trois positionnements de la philosophie de la connaissance.

Deux philosophies de la connaissance semblent s’affronter : l’une considérant que le monde observé se projette dans le sujet observant qui constitue alors en quelque sorte un miroir plus ou moins déformant du monde (conception cosmomorphique ou naturaliste)

L’autre conception, à l’inverse, qui considère que le sujet observant projette ses représentations mentales sur le monde observé (conception anthropomorphique ou corrélationiste).

Cette deuxième approche (issue de la phénoménologie) peut conduire à considérer le monde dit objectif comme un produit de notre conscience et à nier l’existence de régularités dans la nature, une régularité n’est alors qu’une construction de notre entendement. Le cosmos peut être alors considéré par nature comme chaotique. En schématisant, le monde est inconnaissable et ce que nous prétendons en connaître n’est que le reflet de nous-mêmes. Le narcissisme de certains physiciens les conduirait-t-il à une telle vision narcissique du monde ?

Une position intermédiaire, en quelque sorte effectuant une synthèse de ces deux démarches est le co –constructivisme (Edgar Morin) qui considère que nos représentations mentales sont à la fois des projections des régularités existants dans le cosmos vers notre cerveau et la production de notre fonctionnement cérébral sur le monde observé.

La démarche expérimentale procède d’une dialectique, d’un va-et-vient entre ces deux approches.

Qu’est-ce que la co–(n)naissance ? La survenue d’une régularité dans le champ d’observation engendre la représentation mentale associée à cette régularité qui dans certains cas, peut prendre la forme modélisée d’une loi.

6 .6 Plus d’objet, alors quoi d’autre ?

6.6.1 La notion d’événement.

Une autre manière d’appréhender le monde consiste à faire intervenir la notion d’événements en s’appuyant notamment sur les travaux du philosophe Claude Romano. (son livre qui est sa thèse parue en 1999 : l’événement et le temps. PUF). Voir ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Claud...

a) Quelques exemples d’événements

Au niveau macroscopique, un objet peut être vu comme un événement lorsqu’il est considéré dans sa temporalité intégrée dans un processus de transformation. Par exemple l’objet table est composé d’éléments de bois eux-mêmes résultant d’un certain nombre de transformations à partir d’arbres. Cette table achève son existence par usure et dégradation.

De même, une marchandise objet posée dans un rayonnage de supermarché–peut être conçue comme un processus lorsque l’on se représente toutes les étapes de sa fabrication puis de sa mise en circulation et finalement de sa destruction. Il en est de même d’un objet de pensée. Par exemple, Karl Marx, dans le volume 2 du Capital examine l’objet capital comme un processus de transformation : le chapitre s’appelle métamorphose du capital. En fait, le Capital peut être considéré comme une étude des processus de transformations existant dans le champ économique : un Yi King des temps modernes.

Il est remarquable que le plus ancien traité de philosophie en Chine , (il y a environ 3000 ans) considérait le monde comme un ensemble d’événements, de processus, de mutations.

Pour plus de détails cliquer sur le lien suivant : https://fr.wikipedia.org/wiki/Yi_Jing

Les corpuscules étudiés en mécanique quantique , nous l’avons vu , ne sont pas des micro-objets mais les particules étudiées dans la théorie quantique des champs peuvent être considérées comme des événements. La durée de ces événements est souvent extrêmement courte car la durée de vie de nombreuses particules instables est très brève. Par exemple, des particules peuvent se créer à partir de la collision d’autres particules pour ensuite se désintégrer en différentes autres particules.

b) Événement possible (virtuel), événement réel (réalisé).

Rappelons qu’en théorie des probabilités, un événement est une partie de l’univers des possibles associée à une expérience aléatoire, celui-ci pouvant ou non se réaliser.

Dans une vision événementialiste, bayésienne les modélisations scientifiques ont pour but ou fonction de permettre à l’être humain de prévoir les événements existant dans la nature et au sein de son propre corps, tant au niveau macroscopique qu’au niveau microscopique.

Ressources documentaires : Le possible, le réel, l’événement en mécanique quantique. https://tel.archives-ouvertes.fr/te...

6.6.2 La notions de fait.

Une autre manière de dépasser la notion d’objet est de faire intervenir la notion de fait (fait = ce qui survient dans le monde). On peut alors se référer au Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein.

Pour ce philosophe du langage et de la logique, le monde est constitué de faits. Mais chaque fait est composé d’objets inter–reliés non isolables. (Par analogie, comme les 3 quarks non isolables constituant un nucléon).

Il existe deux types d’objets : les éléments (arguments variables en logique) et les propriétés ou relations. Les faits sont structurés à partir de certaines configurations d’objets.

Certains philosophes des sciences considèrent que telle ou telle propriété d’une particule ou trajectoire est un fait d’expérience. L’ensemble des modélisations de la physique contemporaine ne sont que la description de faits expérimentaux.

Ces faits expérimentaux comme vu ci-dessus sont relatifs à un contexte expérimental donné en physique atomique.

Mais les vérités obtenues à partir de l’observation du monde par l’expérience sensible commune peuvent être tout aussi relatives.

Mais il n’est pas nécessaire de se référer aux derniers développements de la physique moderne pour affirmer la relativité du fait d’expérience. La Terre est-elle plate ou ronde ? Un marcheur ou un cycliste parcourant la distance Paris–Vladivostok pourrait témoigner que la Terre est plate. Un navigateur parcourant les océans et les continents par des transports terrestres munis des instruments de repérage nécessaire dirigé après un long parcours peut se retrouver à son point de départ : son expérience sensible lui enseignera que la Terre est ronde. Un cosmonaute observant la Terre d’une capsule spatiale constate que la Terre est ronde. On constate sur cet exemple simple qu’un fait résultant de l’expérience sensible dépend du contexte expérimental et des moyens mis en œuvre. Cela dépend aussi du caractère local ou global de l’observation. Ce petit exemple montre aussi qu’il faut bien distinguer, comme le fait à juste titre une encyclopédie philosophique citée précédemment, entre l’expérience sensible commune et des expériences scientifiques qui mettent en jeu des moyens expérimentaux plus ou moins sophistiqués et des théorisations plus ou moins abstraites. Mais même dans le cas d’expérimentation scientifique les faits peuvent dépendre du contexte expérimental de l’observation et des mesures.

La référence à des faits et non à des objets favorise une approche relationnelle du monde car les faits sont eux-mêmes constitués de relations.

D’autre part, ce philosophe établit une correspondance entre le monde et le langage : une proposition correspond à un fait et un nom correspond à un objet ou un état de choses.

Pour plus de détails, on peut se référer aux liens suivants https://fr.wikipedia.org/wiki/Tract...

6. 7 L’avènement de la pensée écologique contribue à remettre en cause le réalisme philosophique.

Avec l’apparition de l’anthropocène l’écosystème–monde devient de plus en plus dépendant de l’action et donc de l’activité mentale des hommes. Cette action n’est évidemment pas récente puisqu’elle existe avec des impacts locaux depuis que l’élevage et l’agriculture existent. Mais la dépendance devient planétaire avec l’impact des activités humaines sur le climat.

Ainsi, s’il paraît toujours évident que la galaxie Andromède située à 3 millions d’années-lumière ne dépend pas de notre existence physique et mentale, notre environnement planétaire–nommé communément le monde– dépend désormais de notre existence. Car non seulement les êtres humains ont une considérable capacité de destruction de leur environnement conmais ils ont désormais la possibilité de s’autodétruire en tant qu’espèce et de détruire la quasi la totalité des espèces vivantes peuplant la planète Terre. Ainsi l’existence de l’espèce humaine ne dépend plus simplement des « lois naturelles » mais aussi de sa volonté de survie.

L’enjeu final est en train de se jouer au niveau planétaire entre deux groupes d’Homo sapiens : l’un ignorant, peu conscient politiquement plaçant au pouvoir une caste de prédateurs nuisibles à leur propre espèce et à l’écosystème et un autre groupe conscient politiquement, non soumis aux manipulations, qui veut renverser cette caste et la remplacer par un groupe d’Homo sapiens non prédateurs de leur espèce et de leur environnement. La survie dépend donc ici non seulement de l’environnement naturel mais de la volonté politique.

D’autre part, avec la pensée écologique, il devient évident que l’homme est intégré à la nature il ne peut en être détaché. Le dualisme sujet (homme pensant et observant)/objet (nature, cosmos) est aussi remis en cause d’où la fascination d’un certain nombre d’occidentaux pour la pensée bouddhiste qui a compris cela depuis fort longtemps. Cela contribue aussi à incorporer l’activité mentale du sujet observateur et expérimentateur dans le processus de modélisation du réel par les sciences.

6 8 Les limites des deux démarches épistémologiques antagoniques précédents.

a) Avec l’approche naturaliste, on considère que les lois établies par la physique et la chimie par exemple existent objectivement dans la nature. On fait alors abstraction de la réalité du fonctionnement du cerveau humain avec ce qu’il peut avoir d’universel et de particulier. Ce qui existe dans le monde dit objectif, ce sont des régularités (par exemple la trajectoire elliptique d’une planète autour de son étoile pendant un temps déterminé), des corrélations entre événements (par exemple la dilatation d’un métal sous l’action de la chaleur, le passage de l’état liquide à l’état solide de l’eau sous l’action du froid, etc.) Mais l’expression de ses régularités par différents moyens de formalisation dont les mathématiques, prenant souvent le nom de « lois de la nature » résulte de l’activité du cerveau humain avec ce qu’il peut avoir d’universel et ce qu’il peut avoir de particulier Admettre que ces « lois de la nature » ainsi formalisées existent dans le monde objectif relève d’une forme d’animisme : le monde serait rationnel.

Or la modélisation des faits observés résulte de l’usage d’organes sensoriels dont on a vu les limites et de l’usage d’appareils expérimentaux qui ont aussi leurs limites. Cette modélisation résulte aussi d’un formalisme, par exemple mathématique, relatif à un certain type d’axiomatique, de géométrie…

Au final, globalement, cette modélisation s’appuyant sur des outils expérimentaux et théoriques dépend du fonctionnement du cerveau humain que celui-ci travaille isolé ou en réseau.

Et il faudrait aussi ajouter, que ces formalismes dépendent de conventions sociales comme par exemple le système métrique, le système de mesures internationales servant de base à toutes les mesures dans les domaines scientifiques et techniques.

Imaginons, comme expérience de pensée, l’existence d’êtres intelligents extraterrestres ayant un certain nombre de points communs avec notre morphologie et anatomie mais disposant de quatre bras et de quatre yeux et d’une perception de la lumière sur une bande passante plus large. par exemple.

Ils constatent les mêmes régularités que nous dans la nature comme la trajectoire elliptique d’une planète autour d’une étoile (et même d’autres que nous n’avons pas encore découvertes)

Expriment-ils ces mêmes régularités avec le même formalisme que les humains ? Disposent-ils des mêmes appareils expérimentaux ? On peut en douter. En outre leur cerveau peut aussi avoir des modes de fonctionnement différent

Comment formulent-ils ce que l’on appelle les lois de Kepler ? Quel type de géométrie utilisent-ils ? etc.

Tout ceci pour dire qu’il nous faut distinguer les régularités et les structures existant objectivement dans la nature des modélisations de ces régularités élaborées par le cerveau humain.

Pour simplifier quelque peu les choses, nous avons abordé ici le fonctionnement du cerveau humain sous un angle plutôt neurobiologique mais en réalité, ce fonctionnement dépend aussi du contexte civilisationel et social dans lequel se développe et interagit le cerveau humain qui est aussi une construction sociale Sur ce plan, il n’est pas nécessaire d’avoir recours à l’expérience de pensée d’une civilisation extraterrestre.

En effet, lorsque l’on étudie par exemple l’invention des systèmes de numération à position, on constate que seules 4 civilisations ont découvert cette technique : les babyloniens, (base 10 et 60) les Chinois (base 10), les Indiens puis les Arabes (base 10), les Mayas (base 20 ) . Évidemment, les symboles utilisés étaient différents.

Les systèmes de numération de la Grèce antique, des Romains et des Égyptiens n’ont pas été capables d’élaborer un tel formalisme notamment pour le dénombrement des objets, les mesures du temps et de l’espace

b) La deuxième démarche (très phénoménologique) corrélationiste est encore plus animiste. Le monde a une âme : celui de nos représentations mentales !

.En effet, les régularités constatées dans la nature ne sont que les constructions mentales, de pures représentations mentales de notre cerveau inter-subjectivement connecté notamment de la communauté scientifique mondiale. On parle alors d’objectivité intersubjective ! La trajectoire elliptique de planète autour des étoiles n’aurait pas de réalité objective mais serait une simple représentation mentale tendant à prévoir la position de la planète par exemple.

Curieusement, ces deux démarches commettent la même erreur, selon nous : elles confondent les entités observées, le monde étudié avec leurs représentations

Par exemple, Jean-Luc Marion parle de « dématérialisation » du monde avec le développement de la connaissance scientifique. Certes les modélisations sont de plus en plus abstraites, mais cela signifie-t-il que le monde en soi se dématérialise, s’évapore ? Là encore, il y a confusion entre l’objet de connaissance et sa représentation. Il semble que plus les scientifiques s’affranchissent de la perception, du monde visible en explorant le microscopique (biologie moléculaire, physique nucléaire, etc.) ou le monde macroscopique (cosmologie, astrophysique), plus les représentations mentales du réel deviennent abstraites et complexes. Et cela contribue à faire croire à certains que la matière disparaît ! Les régularités existant dans la nature ne se laissent pas toujours voir facilement : il faut les découvrir ! Et pour cela, ni nos cinq sens, ni notre bon sens ne sont suffisants. Le monde sensible dépasse nos sens.

6 .9 Quel réalisme matérialiste aujourd’hui ?

Le point de vue qui nous semble le plus cohérent est la position qui tient compte à la fois de la réalité des régularités existant dans la nature et d’autre part de la réalité de l’activité du cerveau humain. La neurobiologie, et plus généralement les sciences du cerveau et les sciences cognitives ne sont pas suffisamment avancées pour établir une corrélation entre l’architecture des formalismes de la physique ou de la chimie par exemple et l’architecture et le fonctionnement des réseaux neuronaux du cerveau humain. Nous parlons ici d’architecture pour aborder la question d’une manière imagée, mais le fonctionnement cérébral ne se réduit pas à de simples questions d’architecture mais implique une activité biochimique extrêmement complexe dont nous commençons tout juste à entrevoir la réalité.

Pour reprendre la terminologie marxiste du « reflet » : les modélisations scientifiques ne sont pas simplement le reflet (approximatif) du monde objectif mais aussi le reflet du fonctionnement interne de notre cerveau considéré finalement comme faisant partie lui aussi intégrante, de la nature objective. Il ne faut pas oublier non plus que les instruments parfois fort complexes servant à scruter le monde macroscopique ou microscopique sont aussi le résultat de constructions cérébrales élaborées par une multitude de techniciens, d’ingénieurs, de théoriciens. En d’autres termes, il doit exister une corrélation entre l’architecture et le fonctionnement de ces appareils et l’architecture–fonctionnement du cerveau humain.

Rappelons que le cerveau humain contient environ 100 milliards de neurones et que chaque neurone est relié à d’autres par des milliers de synapses.

Seulement le fonctionnement du cerveau ne se réduit pas à des configurations d’interconnexions entre neurones comme ce pourrait être le cas dans un ordinateur, mais utilise des composants biochimiques comme des neuromédiateurs.

Même si l’on arrive à obtenir des photographies remarquables des réseaux synaptiques par l’imagerie médicale, le chemin à parcourir pour savoir comment la pensée émerge de la matière cérébrale sera encore très long.

Voir journal du CNRS : du neurone à la pensée ici https://lejournal.cnrs.fr/diaporama... On a pu établir que certaines des activités mentales perceptives et cognitives mettent en action certaines assemblées de neurones particulières grâce à la neuropsychologie et l’imagerie cérébrale mais les résultats obtenus sont encore très embryonnaires.

Sur les assemblées de neurones voir par exemple le lien suivant : http://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/...

Ainsi, l’affirmation selon laquelle la neurobiologie moléculaire intervient dans les formalismes scientifiques est certes logique mais ne repose pour l’instant que sur des hypothèses dont la validité reste à démontrer.

6. 10 La dialectique de l’ordre et du désordre

Nous ne développerons pas ici en détail la question de savoir comment le matérialisme dialectique s’actualise à la lumière des résultats récents des sciences contemporaines. Nous reviendrons seulement sur une question en partie abordée précédemment.

Dans la nature des phénomènes chaotiques peuvent coexister avec des phénomènes dont l’évolution est parfaitement prévisible. Il existe des régularités, des irrégularités, des singularités.

D’une accumulation de comportements aléatoires peut émerger une structure stable ordonnée.

L’usage des probabilités n’est pas réservé exclusivement la mécanique quantique. Avant celle-ci, la thermodynamique statistique puis plus généralement la physique statistique ont fait usage du calcul des probabilités et ont permis ainsi de déterminer le comportement d’un état macroscopique à partir d’un très grand nombre d’états microscopiques dont on ne connaît pas exactement le comportement individuel. On peut ainsi déterminer des grandeurs macroscopiques comme la température, l’entropie, l’information sur un système à partir d’une sommation statistique des grandeurs associées aux microparticules composant le système.

Pour plus de précisions, voir La physique statistique avec le lien ici https://fr.wikipedia.org/wiki/Physi...

Rappelons aussi qu’il existe des lois de probabilité (Gauss, Poisson, Bernoulli,…) permettant de prévoir la répartition statistique d’un grand nombre d’événements aléatoires.

La nature n’est ni totalement chaotique ni totalement déterministe. Il peut exister une transformation d’un état chaotique en état ordonné par auto organisation et inversement une structure ordonnée peut se transformer en une structure chaotique.

La théorie du chaos montre qu’un système déterministe peut devenir chaotique s’il est très sensible aux conditions initiales. Voir théorie du chaos ici https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3...

De la même manière, un système peut passer d’un état stable à un état instable et inversement.

Voir les différents types d’auto–organisation ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Auto-...

7–Le langage de l’univers. Une représentation allégorique.

Nous reprenons à notre compte ici, dans une certaine mesure, l’approche de Wittgenstein exposée dans le Tractatus logico-philosophicus établissant une correspondance entre le langage et le réel.

Ainsi, les entités peuplant l’univers peuvent être considérées comme des objets stables ou instables, des événements, des faits, des processus indéterminés ou déterminés intégrés dans des réseaux de relations d’interactivité plus ou moins complexes.

La croissance de la complexité des organisations observées résultant notamment de l’augmentation da nombre d’entités en interaction provoque des sauts qualitatifs faisant émerger des phénomènes nouveaux impliquant des représentations adaptées à ces différents niveaux de complexité. Par étape, émerge ainsi du monde inanimé le vivant puis le pensant avec ses multiples déclinaisons.

Pour appréhender, connaître à la fois la cohérence et le chaos de l’univers et de ses propres représentations, la communauté humaine fait usage de différents langages scientifiques, artistiques, ésotériques, etc mettant en jeu son entendement et sa sensibilité. C’est d’ailleurs ce que Wittgenstein appellera plus tard des « jeux de langage ».

On pourrait considérer ces différents jeux de langage comme le Langage de l’univers à un moment donné : au travers d’une multitude de codes, se construit ainsi en quelque sorte le dire de la Nature. Il existe des phrases qui n’ont pas de sens, qui sont incohérentes il existe des discours délirants (psychose,…) comme il existe des phénomènes chaotiques dans l’univers. Il existe des phrases chargées de sens et bien construites comme il existe des phénomènes cohérents dans l’univers.

Il existe des phrases en suspens, incomplètes, incertaines ou pouvant avoir un grand nombre d’interprétations possibles comme il existe des phénomènes aléatoires dans la nature.

Dans une phrase, dans une théorie, un mot, un concept n’a de sens que par sa relation avec les autres et la totalité du texte.

Dans l’univers, les entités observées, les événements,… sont en interaction, en relation avec les autres du fait de l’existence de champs de force, d’échanges d’informations,…

La sémantique, la syntaxique des différents langages de l’Homo sapiens serait-elles celles de l’univers ?

Mais si l’on veut échapper au caractère anthropomorphique de cette représentation il faudrait alors supposer qu’il existe beaucoup d’autres civilisations que la nôtre dans l’univers, et que dans ce cas, l’univers ne parlerait pas uniquement la langue de l’Homo sapiens mais aussi celle des autres civilisations

8–la fascination de certains scientifiques de haut niveau pour le taoïsme et le bouddhisme

« Le regain d’intérêt pour les philosophies orientales a été surtout marqué par la parution du livre Le Tao de la physique (paru en 1975 avec pour sous-titre : une exploration des parallèles entre la physique moderne et le mysticisme oriental) est un livre du physicien Fritjof Capra, et crédité par divers auteurs pour avoir initié le courant du mysticisme quantique. Il a été un best-seller aux États-Unis. Il a été publié en 43 éditions et traduit en 23 langues. » Source Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Ta...

Michel Bitbol pour asseoir sa conception relationnelle du monde se réfère au philosophe et logicien bouddhistes Nagarjuna.

Voir la biographie de ce physicien philosophe sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Miche...

Coïncidence bizarre : l’année de parution de son livre de référence De l’intérieur du monde est aussi celle de la création de la chaire de métaphysique et de philosophie de la connaissance au collège de France : 2010. Le monde est petit…

Nous ne prenons ici que deux exemples parmi d’autres mais on trouvera d’autres noms célèbres dans l’article déjà cité de Wikipédia : la conscience quantique.

Pourquoi une telle fascination ?

On peut énumérer les raisons évoquées précédemment sur le retour de la métaphysique mais on peut en signaler deux principales :

Avec la théorie cosmologique du big-bang, il y aurait une entité originelle qui se déploie dans l’espace-temps en se complexifiant et en faisant apparaître une multitude d’objets, d’entités, de phénomènes dont nous ne serions qu’une manifestation « les 1000 choses ». On retrouve ici l’idée du Tao unité originelle qui se divise et se manifeste en une infinie variétés d’existants.

Cette « soupe cosmique » originelle de quarks, gluons, photons et d’autres suppose que les matériaux de base de la matière constituant l’univers ont interagi ce qui peut raisonnablement laisser supposer que tous les constituants de l’univers sont interdépendants et non séparables.

On arrive alors à la deuxième raison de cette fascination concernant cette fois-ci le bouddhisme : la philosophie bouddhiste en effet considère tous les éléments de l’univers comme interdépendants, comme des processus où les relations entre les existants sont fondamentales.

9 –Trois textes sur les représentations mentales.

S’interroger sur la nature de nos représentations mentales, est donc crucial puisque c’est notre manière d’appréhender le monde dans toutes ses dimensions qui est en jeu.

La notion de représentation mentale est un concept de la psychologie cognitive qui s’est beaucoup enrichi depuis les années 1980 mais c’est aussi un concept philosophique qui remonte à l’Antiquité.

L’un des intérêts de l’article qui va suivre est qu’il replace ce concept philosophique dans son évolution historique . Autre intérêt : il fait un bon bilan de l’évolution de ce concept en psychologie de 1950 à 2000. En outre, l’auteur, loin de tout dogmatisme s’interroge sur la validité scientifique de ce concept.

Premier texte

Les représentations mentales

Entre « res » et « flatus vocis »par Claude Meyer Source : revue Communications. Vol. 21/1 | 2001p. 9-31 https://communication.revues.org/5445

Résumé

Dans cet article, l’auteur se propose de discuter de la légitimité scientifique du concept de représentations mentales en organisant son argumentation autour des thèses héritées de la querelle des universaux. Il s’agit tout d’abord de suggérer que les représentations seraient le produit de notre entendement. Puis, d’essayer de prouver leur existence, pour s’assurer qu’elles sont bien des choses. Pour terminer, l’auteur est amené à constater que les représentations n’ont, peut-être, aucune existence, qu’elles ne sont qu’« émission de la voix ». Ce texte sera ainsi l’occasion d’essayer de faire une synthèse de ce que l’on sait aujourd’hui des représentations en allant interroger d’autres disciplines que la communication et de tenter de suggérer que cette interdisciplinarité pourrait trouver grands profits à s’ouvrir aux apports des neurosciences et des sciences cognitives.

Plan

Les représentations mentales comme produit de notre entendement

Les représentations mentales sont des choses

La communication comme comportement cognitif

Les représentations comme objet mental

Procédures, images mentales et concepts

Connaissances procédurales et connaissances déclaratives

Attitudes propositionnelles et modèles mentaux

Les représentations dans les SIC : quelques exemples

Représentation et pensée

La question de l’intentionnalité

La question de l’inconscient cognitif

Les représentations sont bien des choses

Les représentations mentales sont « flatus vocis »

La confrontation aux neurosciences

Début du texte intégral

Depuis plusieurs décennies, les représentations ont été l’objet de nombreux et importants travaux dans la plupart des sciences humaines et sociales… alors qu’elles commencent seulement à être prises en compte dans notre champ disciplinaire. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il s’agit de tenter de comprendre la construction des usages, la dimension symbolique de la technique, les processus de partage de significations et de construction du sens… Si ce concept est aujourd’hui utilisé dans la plupart des sciences humaines et sociales, est-il pour autant un concept scientifiquement consistant ?

Lire la suite en cliquant ici https://communication.revues.org/5445

Le texte en format Open office Word est de 18 pages. Il est aussi téléchargeable en PDF.

Ce texte est écoutable avec le narrateur de Windows 8 ou 10. Il est alors souhaitable de faire un copier coller du document dans le bloc-notes.

Deuxième texte.

Article d’encyclopédie : Représentation mentale

Source : Dictionnaire de philosophie en ligne https://encyclo-philo.fr/representa...

Résumé

Il paraît évident que, lorsque nous pensons, les objets auxquels nous pensons ne sont pas physiquement présents en nous : ils sont plutôt représentés. Mais qu’est-ce qu’une représentation mentale ? En quoi peut-on dire que les représentations mentales existent ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord préciser ce qui est entendu par « représentation », et examiner les critères qui permettraient de faire de certaines représentations des représentations « mentales ». Des critères concurrents ont été proposés tout au long de l’histoire de la philosophie, et aucun ne suscite encore aujourd’hui d’adhésion unanime. Faut-il alors en conclure que les représentations mentales n’existent pas ?

Introduction

Que se passe-t-il en nous lorsque nous voyons la Tour Eiffel, lorsque nous lisons une phrase, lorsque nous imaginons une licorne, ou lorsque nous nous rappelons de la disposition des pièces dans la maison de notre enfance ? Une réponse répandue en philosophie, mais aussi plus largement dans le champ des sciences cognitives (neurosciences, psychologie cognitive, linguistique, intelligence artificielle,…) soutient que les rapports entre notre pensée (perception, mémoire, raisonnement,…) et ces objets mobilisent la production et l’usage de représentations mentales de ces objets. Cette réponse s’appelle le représentationnalisme. Beaucoup de philosophes y adhèrent, mais elle est aussi très contestée. En quel sens les représentations mentales sont-elles des représentations mentales ? Pouvons-nous les sentir ou les percevoir ? Est-il absolument nécessaire de postuler l’existence d’une couche de représentations entre l’esprit et le monde pour rendre compte de notre capacité à connaître notre environnement ? Ne peut-on pas concevoir au contraire que nous ayons un contact plus direct avec la réalité ?

Lire la suite en cliquant ici https://encyclo-philo.fr/representa...

Troisième texte

Les représentations mentales : enjeux et options théoriques par Beniamin Vasile https://hal.archives-ouvertes.fr/ha...

D :\Users\JEAN\Documents\représentations cognitives.html

Annexe :

Pour compléter notre propos sur l’émergence de la pensée à partir des réseaux neuronaux, on peut se reporter à notre article précédent article :

« Systèmes experts : la mécanisation du travail intellectuel » et notamment au paragraphe 10 : « neurobiologie et modélisation informatique » et aussi au paragraphe 11 sur « les objets mentaux » où l’on retrouvera plusieurs ressources sur cette question.

En particulier, le très remarquable document du neuropsychiatre et informaticien Christian LecerF : la Une leçon de piano : la double boucle de l’apprentissage cognitif. (cliquez Sur la référence 38 pour télécharger le livre).

http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

mettre un fond blanc pour les titres du paragraphe et paragraphe 11

Hervé Debonrivage


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