Contribution de Mme Mathilde Panot au rapport de la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires

mercredi 1er août 2018.
 

Cette contribution a été publiée dans le rapport d’enquête de la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires dont Mathilde Panot était secrétaire.

Le sérieux d’un travail nécessaire

Le travail d’auditions mené ces derniers mois autour de la question nucléaire, décisive pour le devenir de notre pays et la vie de nos concitoyens, a été riche d’enseignements dont nous devons tirer collectivement les conséquences. Il est tout d’abord nécessaire de souligner à quel point les problèmes soulevés par les auditions ont été pris au sérieux par la commission d’enquête. Le rapport en fait honnêtement état. Sa précision comme son sérieux sont autant de motifs de satisfaction. En réalité, le présent rapport contraste singulièrement avec le flou et le silence qui entourent trop souvent la question de l’énergie nucléaire dans notre pays. Ce doit être un objet de débat majeur. La France insoumise a d’ailleurs contribué à placer ce débat au sein de l’espace public grâce à la votation citoyenne organisée en mars dernier autour de la sortie du nucléaire.

Deux conclusions liminaires

Deux conclusions immédiates s’imposent suite au travail que nous avons mené ces derniers mois. Tout d’abord, il faut que cesse impérativement la criminalisation des militants écologistes qui mettent leur énergie à ce qu’une conscience collective des enjeux de sûreté et de sécurité émerge autour de l’énergie nucléaire. Ensuite, il faut reconnaître l’impasse du nucléaire : ce puits sans fond n’a aucun avenir et nous ne devons, sous aucun prétexte, y enfoncer la nation. De ce rapport, il s’agit de tirer les conclusions politiques.

Le nucléaire n’est pas compétitif avec les renouvelables

Le premier constat politique issu de ce rapport est clair. Si nous souhaitons assurer la sécurité et la sûreté de l’ensemble des 58 réacteurs nucléaires et des installations liées à la production nucléaire sans engager immédiatement un plan de sortie, alors les coûts ne seront pas supportables. Les contribuables français doivent savoir quel horizon leur présente aujourd’hui le nucléaire : un gaspillage d’argent public, qui serait bien mieux investi ailleurs, et une hausse à venir du coût de l’électricité.

Au contraire, les énergies renouvelables ne cessent de gagner en compétitivité sur le marché de l’énergie. Elles doivent être encouragées par l’aide publique et l’investissement d’Etat, afin d’inverser la tendance présente. L’impératif politique qui se présente est le suivant : il faut engager un plan de sortie du nucléaire qui permettrait de faire des économies afin d’investir massivement dans les énergies renouvelables.

Les 58 réacteurs nucléaires ne pourront pas être mis tous au niveau optimal de sécurité et de sûreté nucléaire. Il faut décider lesquels fermer au plus vite pour s’éviter des dépenses inutiles qui nous engageraient sur un chemin nécessairement dangereux, outre qu’il serait démesurément coûteux.

Le nucléaire comme frein aux renouvelables

Le second constat politique qu’il faut tirer de ce rapport tient à l’absurdité de s’obstiner dans le nucléaire. Aucun élément rationnel ne saurait soutenir la poursuite de la dépendance de notre pays à cette énergie. Risques terroristes, dépendance aux importations d’uranium, danger permanent d’accidents, concentration de sources d’énergie qui augmente notre vulnérabilité : le nucléaire n’a aucun sens.

S’il n’a pas de sens, il a en revanche des effets très concrets sur la lenteur de la transition énergétique dans notre pays. En termes d’énergie hydraulique, par exemple, nous en sommes encore au niveau des années 1960. Pas une éolienne en mer n’a pour l’instant été posée et la dépense publique n’a pas soutenu assez ardemment les expériences autour des hydroliennes marémotrices.

Il semblerait que les gouvernements successifs aient de plus en plus de mal à trouver l’argent nécessaire à l’entretien du parc nucléaire, et qu’ils n’en trouvent pas pour la nécessaire réorientation vers le 100% renouvelables. L’idéologie absurde de l’austérité permanente en est l’explication la plus nette.

Cependant, le présent gouvernement semble plus disposé à engager des dépenses liées au nucléaire qu’à investir massivement dans les énergies renouvelables. La conclusion politique de ce rapport doit lui faire changer d’avis : il faut accélérer l’expansion du renouvelable et pour cela lever le frein nucléaire.

Le traitement des déchets à sec : la raison doit l’emporter

Troisième constat particulièrement important au vu de l’actualité des luttes environnementales dans notre pays : le rapport indique clairement que le chemin à prendre pour le traitement des déchets nucléaires est celui du traitement à sec et du stockage en surface.

Les opposants au projet CIGEO à Bure ne disent pas autre chose. La mobilisation citoyenne autour de ce projet insensé d’enfouissement des déchets nucléaires doit cesser d’être criminalisée en permanence. Les lanceurs d’alerte que sont les militants présents à Bure ne sont pas en train de menacer l’ordre public, ils défendent l’intérêt général. Cette défense doit être saluée par les pouvoirs publics. La France insoumise se félicite de la présence dans ce rapport d’un point si crucial qu’elle porte à l’Assemblée depuis le début de la législature.

Que ces options techniques soient les moins désastreuses, c’est certain. Cependant, il ne faut jamais oublier que le meilleur moyen de n’avoir pas à se débattre avec ce problème peu soluble des déchets nucléaires reste de sortir de la production nucléaire. Il est des évidences qui méritent à être rappelées.

Salariés et sous-traitance

Enfin, il est essentiel de rappeler que les premiers oubliés dans ces débats autour de la question énergétique, à laquelle est parfois donné un tour trop abstrait, sont les salariés eux-mêmes. Il est décisif que le rapport propose la création d’un statut plancher pour les salariés sous-traitants du nucléaire. Ils sont exposés à 80% de la radioactivité nucléaire et bien trop souvent mal protégés.

Le danger que présente l’énergie nucléaire n’est pas uniquement un danger pour l’ensemble de nos concitoyens. C’est une menace qui pèse sur la santé de l’ensemble des travailleurs du nucléaire, statutaires comme sous-traitants. Toute transformation des structures nucléaires doit intégrer premièrement les conditions de travail ou de reclassement des travailleurs du nucléaire.

La sortie du nucléaire ne se fera pas sans les travailleurs du nucléaire. Elle se fera avec eux et dans leur meilleur intérêt, comme salariés et comme citoyens.

L’obsolescence du nucléaire, les dommages qu’il cause à la transition énergétique, les déchets qu’il produit incessamment, et le danger qui pèse sur les salariés qui travaillent dans ce secteur de l’énergie : ces quatre constats, déduits du rapport, nous mène vers un horizon politique clair. Les problèmes posés par ce rapport ne sont solubles dans aucune solution technique.

La seule solution politique à ceux-ci est sans ambivalence ni ambiguïté : il faut organiser la sortie planifiée du nucléaire avant qu’il ne soit trop tard.


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