Au PCF, c’est le moment du dégagisme (par Catherine Tricot, 2018))

jeudi 21 mars 2019.
 

Cette semaine, deux textes rendus publics et une réunion houleuse ont donné le ton de ce que sera le 38ème congrès du PCF. Pour la première fois de son histoire, la direction du PCF pourrait être mise en minorité.

Secoué par les résultats des élections législatives de juin dernier (615 503 voix et 2,72%), le parti communiste était comme en état de sidération. La direction communiste a voulu prendre le temps avant de convoquer un congrès. Ce sera pour Novembre 2018. Cette semaine marque le véritable lancement du congrès avec deux textes et une réunion houleuse. On vous raconte.

Les premiers à dégainer furent ceux qui, il y a 18 mois, à l’automne 2016, mirent Pierre Laurent et la direction du PCF en minorité autour de la question cruciale : soutenir ou non la candidature de Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle. Surprise : ils avaient obtenu que la majorité des cadres intermédiaires se prononcent contre ce soutien. Engaillardis par ce premier succès qui montrait autant leur force que la faiblesse de la direction, ils repartent à l’assaut. Et cette fois leur objectif est de prendre le parti.

Mercredi 7 février, Igor Zamichei, le secrétaire de la fédération de Paris, déjà chef de la rébellion de l’automne 2016, récidive et publie un texte signé par une trentaine de cadres. La liste a été finement soupesée : les signataires sont plutôt jeunes mais expérimentés, quelques intellectuels, des élus, des cadres du parti. Le message est limpide : nous sommes prêts à diriger le parti. Le titre de leur missive, « C’est le moment », sonne comme un cri de ralliement.

Leur texte ne fait pas dans les circonvolutions. Après avoir inscrit leur démarche dans la légitimité du parti « Comme nous y invite notre congrès » ils écrivent : « Soyons francs : malgré toute l’énergie des militant.e.s et des élu.e.s communistes, malgré toutes les initiatives prises pour répondre aux intérêts populaires, notre parti perd pied dans la vie politique nationale. Notre recul de plusieurs centaines de milliers de voix aux dernières élections législatives et le caractère inaudible de nos décisions nous conduisent à une marginalisation que la recomposition politique en cours peut rendre durable. Comme une majorité de communistes, nous ne nous y résignons pas. Jeunes dirigeant.e.s et élu.e.s du PCF, nous sommes convaincu.e.s que notre parti peut et doit redevenir une force politique nationale influente au regard de l’évolution du monde ».

« C’est le moment » porte un regard classique sur la société et sur le monde. Ils reprennent, sans les développer, les bases partagées du monde communiste sur « les communs », la recherche d’une alternative au « tout Etat » et au « tout marché ». Les signataires ne s’engagent pas en faveur de propositions ou d’une vision nouvelle. Eux, ils entendent « passer à l’offensive politique ». Le propos se précise : « Cessons d’opposer rassemblement et affirmation de notre parti. À l’approche des européennes, retenons la leçon des échéances présidentielles et législatives : chercher à rassembler sans affirmer nos idées et sans rapport de force revient à nous positionner comme une force d’appoint et conduit in fine à l’échec d’un rassemblement pourtant indispensable. »

Dans ce balancement entre rassemblement et affirmation de l’identité communiste se trouve la clé de cette prise de position de personnes qui n’ont « pas toujours fait les mêmes choix stratégiques par le passé ». C’est le moins que l’on puisse dire. On retrouve réunis les amis de Christian Picquet passés de la LCR au PCF, Ian Brossat, maire adjoint de Anne Hidalgo et Pierre Garzon, secrétaire de la section de Villejuif, ancien fief de Georges Marchais. Significativement, Igor Zamichei est la figure de proue de cet appel : il trace un pont entre l’affirmation identitaire et l’alliance complète avec le PS que pratique en même temps la fédération de Paris. Car le point commun de ces militants est l’idée d’une gauche structurée par les deux grands partis du XXe siècle, le PS et le PCF. C’est, pensent-ils, dans cette lignée que le PCF a construit sa place et qu’il la retrouvera. Cette alliance de cadres opposés à toute alliance avec France Insoumise et désireux de prendre l’appareil communiste se montre déterminée.

Qu’en dit la direction visée par l’offensive ? Elle doit encore se frotter les yeux. Igor Zamichei, Ian Brossat, Anne Sabourin, la « madame Europe » du colonel Fabien, ont été promus par Pierre Laurent. Pour le moment, le cercle dirigeant prend la mesure du danger. Dernier épisode en date, la réunion du Conseil national du PCF ce week-end. Seuls une soixantaine de ses membres étaient présents, en majorité proches des nouveaux hussards. Au total, Pierre Laurent n’a pas pu être confirmé dans sa place de rédacteur du texte de ce que les communistes appellent la base commune (le texte de congrès). Contesté, le vote a été repoussé.

Quelle sera la réaction politique de Pierre Laurent et de ceux qui lui sont encore fidèles ? Pour l’instant rien ne permet de l’imaginer. Le texte « Stratégique » rédigé par le secrétaire national dans la perspective du congrès laisse ouvertes toutes les questions. On peine à imaginer que ce soit une base offensive contre ce qui semble se profiler : pour la première fois dans l’histoire du PCF, une direction mise en minorité et remplacée par une nouvelle garde. A moins que comme Robert Hue et Marie-George Buffet avant lui, Pierre Laurent ne parvienne à sauver sa direction en mobilisant, une fois encore, l’arc des opposants au repli.


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