«  Un salarié travaille 2 h 30 pour son salaire, 5 h 30 pour les actionnaires  »

lundi 22 janvier 2018.
 

La Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT (Fnaf-CGT) s’est beaucoup mobilisée lors des précédentes journées d’action, comment percevez-vous la situation quant aux salaires ?

JULIEN HUCK Dans l’industrie agroalimentaire, les salaires sont en moyenne 20 % inférieurs aux entreprises manufacturières. Et dans l’agriculture 80 % des travailleurs sont au Smic. A contrario, le chiffre d’affaires de l’industrie est en progression permanente, alors que le volume de production et le nombre d’emplois (35 000 postes détruits en quatre ans) baissent. En parallèle, des groupes comme Danone augmentent leurs dividendes de plus de 200 %.

En 2015, on a calculé que chaque salarié rapportait en moyenne 85 000 euros par an. Vu le niveau des salaires, on voit l’ampleur de l’accaparement. Sur une journée de 8 heures, un salarié du secteur travaille 2 h 30 pour son salaire et 5 h 30 pour son patron et les actionnaires. Et ils disent que le secteur est en crise… Donc, nous sommes complètement d’accord avec la confédération lorsqu’elle veut lier la satisfaction des revendications, et en particulier celles sur les salaires, avec la bataille contre les ordonnances. On explique leur contenu et on distille le contrepoison CGT.

Si on laisse aux salariés les seules informations de BFM ou de TF1, ils perdent complètement espoir. Au passage, heureusement qu’il y a l’Huma, une arme essentielle dans la bataille. La résignation que tentent d’instiller Macron, le Medef et la CFDT n’est pas si forte que ça. On s’en rend compte car nos idées progressent.

La formation professionnelle est également au cœur de vos préoccupations…

JULIEN HUCK Presque 90 % des salariés formés aujourd’hui n’acquièrent aucune qualification ni diplôme reconnu. Or, sans ça, pas d’évolution de salaire. On en revient à la question de la juste rémunération de la force de travail. Cela ne va pas s’arranger avec ce que prépare Macron, qui veut confier les clés de la formation professionnelle à l’entreprise pour viser «  l’employabilité  », rendre les salariés «  flexibles et opérationnels  ». Ça se retrouve dans la crise du lait. Ainsi, quatorze laborantines se sont mises en grève car leurs postes de travail ont été requalifiés en intégrant des tâches logistiques. Le patron veut les faire travailler plus et leur enlever leur statut de laborantine. La mode, dans le secteur, est de qualifier tout le monde d’«  opérateur  », ce qui permet de ne pas reconnaître les métiers qu’il y a derrière.


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