Point de vue personnel à propos de l’appel du " Collectif National des Anciens du PS" qui fait campagne pour MG Buffet

mercredi 7 février 2018.
 

En ce début février 2007, un texte circule sur internet à l’appel d’un anonyme "Collectif National des Anciens du PS" ayant rejoint le Parti Communiste pour soutenir Marie George Buffet. Je respecte profondément ce choix. Cependant, ce texte se discute parmi mes camarades de PRS en Aveyron et il passe mal à juste titre.

1) PRS, la candidature Buffet et notre site

* Pour ce premier tour des élections présidentielles, PRS, conformément à ses statuts, ne choisit pas entre les candidats de gauche, laissant ses militants agir fonction de leur appartenance politique et de leur point de vue.

* PRS fait campagne sur un programme de réponse à l’urgence sociale et politique, contre la droite et l’extrême droite, pour une victoire de la gauche et ensuite une alternative aux politiques antisociales subies depuis trop longtemps. Il est évident que nous souhaitons la défaite de Sarkozy et ferons notre possible pour cela.

* Notre Bureau National avait également estimé indispensable une candidature unitaire de l’Autre gauche pour ces présidentielles 2007. D’une part, la candidature de Jean-Luc Mélenchon a été refusée, d’autre part plusieurs candidats se réclamant de la gauche anti-capitaliste sont actuellement en campagne. Il serait évidemment illogique d’avoir souhaité cette campagne unitaire et aujourd’hui faire campagne contre tel ou tel candidat de l’Autre gauche.

"Je démens formellement avoir lu ce texte de soutien à Ségolène Royal... et je démens l’avoir signé. Je ne ferai jamais un caniche crédible même si on me frise le poil" (Jean-Luc Mélenchon)

François Delapierre : « Je ne crois pas que la candidature Bové puisse nuire à Royal »

* Des adhérents PCF, membres de PRS, font campagne pour Marie-Georges Buffet. Des adhérents PRS, non membres du PCF font également campagne pour Marie-Georges Buffet et l’ont exprimé lors du dernier Conseil national. Même sur l’Aveyron, un cadre important de PRS12 et rédacteur de notre site fait campagne pour Marie-Georges Buffet et a rédigé un texte pour en expliquer les raisons.

* Sur ce site, nous avons mis en ligne assez souvent des textes émanant du PC, des discours de Marie George Buffet et par exemple l’article cité ci-dessus. Les militants de PRS ont mené plusieurs campagnes avec ceux du PC depuis deux ans, ne serait-ce que celle du non et la défense des services publics.

* Pourquoi cette ouverture de PRS et de notre site en direction du PCF ? parce que nous restons favorable à un rassemblement de la gauche antilibérale. Elle n’aurait aucun sens sans le PCF. A plus long terme, nous souhaitons une recomposition de la gauche dans un sens antilibéral et anticapitaliste.

2) Sur l’appel du "Collectif National des Anciens du PS"

Cet appel me paraît regrettable et surprenant :

* surprenant pour un appel à soutenir une candidate aux présidentielles sans signature, sans coordonnée des rédacteurs

* surprenant car son contenu paraît plus fait pour éloigner des socialistes d’un vote Buffet que pour les en approcher. Je l’ai constaté hier lors d’une discussion téléphonique ;

* surprenant par exemple lorsqu’il stigmatise les ex trotskistes présents dans le PS alors que tout le monde connaît leur nombre parmi les animateurs socialistes de PRS et de la gauche du PS susceptibles d’être sensibles aux arguments en faveur de Marie-George Buffet ;

* regrettable parce que l’échec d’une candidature commune antilibérale pour ces présidentielles ne doit pas préjuger de l’avenir en ce qui concerne la possibilité d’une action politique commune ou même d’un front antilibéral après les présidentielles.

* regrettable car je me demande si ce texte n’a pas pour but de contribuer à empêcher toute poursuite par le PCF de rapports unitaires au sein de la gauche antilibérale issue de la campagne pour le non en 2005.

En fait, j’ai l’impression que cet appel émane d’un groupe crypto-stalinien ou auto-affirmatoire PCF n’ayant en fait aucunement le souci du résultat de Marie George Buffet mais plutôt celui d’accroître leur audience de groupe.

3) Sur la stratégie politique et le bilan de l’orientation dégagée par le Congrès d’Epinay

Il me paraît utile, quand on en appelle aux militants, anciens militants et électeurs d’un parti :

* de connaître leur histoire et leurs débats présents

* de faire preuve de rigueur dans l’analyse et les propositions

Tel ne me paraît pas être le cas de cet "appel". Il pose très justement comme débat essentiel un bilan de l’orientation née dans le parti socialiste au Congrès d’Epinay ((juin 1971). Oui, c’est le texte voté lors de ce congrès et la direction élue alors qui ont matricé ce parti et la gauche pour une période longue qui est seulement en train de s’achever.

Mais, qui ce texte communiste prend-il comme référence, comme témoin de moralité et comme juge des erreurs de cette orientation ? Michel Rocard ! "Relisez l’histoire du PS et interrogez Rocard ! ... c’est la structure et la base idéologique mêmes, consubstantielles à son histoire depuis Epinay, qui fait le PS ainsi, et immuable".

La stratégie définie au congrès d’Epinay répondait au contexte de l’après-mai 68 :

* d’une part, une aspiration considérable dans la population française, en particulier parmi la classe ouvrière, jeunes et intellectuels, à empêcher l’intégration de la France dans l’univers capitaliste à l’américaine, construire une république sociale et démocratique ouvrant la voie au socialisme ;

* d’autre part, une incapacité des partis de gauche depuis 1965 à répondre à cette aspiration, en particulier pendant la crise révolutionnaire de 1968.

L’orientation d’Epinay avançait une perspective électorale définie autour de 3 axes : nécessité d’une politique en rupture avec la logique du capitalisme, programme commun de la gauche répondant aux besoins populaires et à l’intérêt public, parti pluraliste fondé sur la représentation proportionnelle des courants.

Après être entré au PS, Michel Rocard a combattu très tôt cette orientation, mais pour l’essentiel sur une position droitière, de type social-démocrate européen. Ce qu’il proposait n’aurait en tout cas pas apporté plus à la gauche que l’orientation d’Epinay.

Dans ces conditions, quel génie communiste (en plus communiste rouge vif vu la médiatisation sur divers sites) a accouché d’un bilan des échecs de la gauche depuis 40 ans donnant pour cause la structure et la base idéologique du PS nés au congrès d’Epinay en prenant comme lunettes d’analyse les positions de Michel Rocard ? D’ailleurs la critique d’Epinay par ce texte rappelle beaucoup la critique de Rocard, comme ensuite de certains "rénovateurs".

Dans le débat à mener pour refonder la gauche, le bilan de la stratégie d’Epinay est effectivement indispensable. Ce texte le lance de la pire des manières. Des communistes ne peuvent en effet oublier par exemple que la stratégie Union de la Gauche Programme Commun a été élaborée à l’origine par le parti communiste autour de 1965, pour rompre son isolement politique et contrecarrer son vieillissement.

4) Sur la façon de s’adresser aux adhérents et anciens adhérents du Parti Socialiste

Je n’ai jamais aimé les appels des "Anciens" de telle ou telle organisation politique, émanant de quelques personnes prenant un nom emphatique : "Collectif National des Anciens du PS". C’est du mauvais marketing politique : quatre ou cinq personnes ne peuvent ainsi s’arroger par un titre ronflant la représentation d’au moins deux millions de Français, surtout en restant anonymes.

Ce type d’appel adressé aux "Minoritaires au sein du Ps, vous êtes majoritaires au niveau national depuis le 29 mai" pouvait se comprendre après le 29 mai 2005 accompagné de propositions pour fonder une gauche antilibérale de masse. En Aveyron, par exemple, des militants et groupes locaux PRS ont pris des initiatives, y compris publiques, pour marquer notre disponibilité à réfléchir, travailler et refonder avec le PC. Le retour a été minime. J’ai personnellement insisté publiquement, de la tribune, lors de la fête du Gua au printemps 2006 sur le fait qu’une possibilité de construire une gauche antilibérale était ouverte à condition de ne pas utiliser cela seulement comme une tactique pour accroître ses voix en 2007, à condition d’en discuter sérieusement avant la fin novembre 2006. Y a-t-il eu une réponse ? NON.

Dès la deuxième phrase, le ton principal de l’appel de ce " collectif national" relève de l’auto-affirmation sectaire et de la condescendance : "Il est compréhensible que beaucoup puissent croire encore de bonne foi, souvent parce qu’ils sont de "jeunes" adhérents (traduire "non encore épuisés par la pratique du système et des cadres du PS"), qu’ils vont pouvoir "gauchir" le PS de l’intérieur et tentent, avec sincérité, de changer la donne en restant au Ps".

Quelle est la réalité ? la gauche anti-libérale du PS n’est pas composée actuellement de nouveaux adhérents mais au contraire majoritairement d’anciens peu disposés à goûter ce type de paternalisme. Ils sont bien conscients, très conscients, extrêmement conscients des limites d’une orientation visant à gauchir le PS de l’intérieur ; ils continuent à agir politiquement par cette organisation parce qu’aucune autre stratégie politique et organisation ne leur parait aujourd’hui apte à engager une alternative au capitalisme financier transnational. Alors, ils se limitent à faire pour le mieux leur boulot syndical ou d’élu là où ils sont.

Est-ce aujourd’hui le moment à deux mois des élections de lancer cette discussion ? Est-ce utile dans un moment important et politiquement différent du printemps 2005 (élections présidentielles) et 2006 où, tant la gauche ( candidature Royal) que la gauche antilibérale (candidatures Besancenot, Bové, Buffet...) sont en difficulté.

Croire rapprocher du vote Buffet les militants de la gauche du Parti Socialiste par ce type d’appel dont plusieurs phrases sonnent comme une auto-glorification méprisante, est à mon avis, contre-productif. Après ces présidentielles, il sera temps et il sera plus utile de discuter sur tous ces points en fonction du contexte politique selon la ou le président occupant l’Elysée.

5) Chaque courant doit tirer son propre bilan pour entamer un débat fructueux

Rien ne justifie dans l’histoire de la gauche au 20ème siècle la condescendance d’un courant de gauche vis à vis d’un autre courant de gauche, sans tirer son propre bilan sans concession.

L’ensemble de la social-démocratie européenne et mondiale se trouve actuellement dans une impasse et plonge dans l’impasse les gauches et les peuples.

Le mouvement communiste international hérité de la 3ème Internationale est en décomposition avancée.

Aucune force ne les remplacera utilement en s’astiquant le nombril mais en prouvant être plus capables de résultats concrets (dans la défense des intérêts ouvriers et populaires, de l’intérêt public, dans la capacité à générer une alternative à la mondialisation financière transnationale actuelle) .

Or, cet appel propose non de travailler à une refondation recomposition de la gauche antilibérale ou même de la gauche elle-même mais seulement de soutenir le Parti Communiste et ce, avec des mots exhalant beaucoup d’arrogance :" Il est compréhensible que tout le monde ne puisse pas opérer la mise en cohérence qu’a été celle de certains militants en quittant le PS pour adhérer au PCF, par conviction et dans l’objectif d’avoir les mains absolument libres pour soutenir le projet porté par Marie-George Buffet issu du vote majoritaire des collectifs".

Au soir du 29 mai 2005, plusieurs camarades du groupe PRS Aveyron m’ont fait part de leur conviction que la recomposition de la gauche était à l’ordre du jour, si nécessaire par la fondation d’une force politique nouvelle. A Saint Affrique par exemple, le PC et PRS ont signé un texte en commun à ce moment-là.

Depuis cette date, tant PRS 12 que PRS national, nous n’avons jamais "mis au pied du mur" publiquement nos partenaires possibles, en particulier le Parti Communiste. Les appels tactiques et auto-proclamatoires ne peuvent que nuire à notre combat commun face au capitalisme financier transnational et à la droite, ne peuvent que nuire à un climat de confiance nécessaire pour préparer l’avenir. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui parfois m’a manqué.

6) Evitons les arguments politiciens

"Prêtez le flanc à la droite en vous tournant vers elle et elle en profitera immédiatement pour vous poignarder !

Que le Ps ne comprend-t-il cela !"

Bien sûr, mais le vrai problème de stratégie politique est ailleurs.

Face au rapport de force mondial construit par le capitalisme financier transnational, les Etats-Unis et leurs alliés, un programme alternatif n’a de sens et d’utilité qu’articulé à une stratégie alternative. Constater cela implique de se poser plusieurs autres questions.

Cette stratégie alternative ne se développera malheureusement pas sans construction d’une organisation antilibérale de masse, partie prenante d’un front unique politique de gauche (par exemple pour le 2ème tour des présidentielles), complémentaire d’un front unique social (dont nécessité d’une unité syndicale significative).

Le PC peut être un axe majeur de cette perspective à condition qu’il prenne en compte les autres forces utiles pour construire une une Gauche réellement socialiste anticapitaliste, réellement ouvrière et Populaire, réellement unitaire, réellement internationaliste, réellement ancrée dans les combats d’aujourd’hui sociétaux actuels (féminisme, écologie...).

7) Candidature Buffet et Collectifs unitaires

L’appel pose la candidature Buffet comme la seule candidature émanant du 29 mai et des collectifs.

Personnellement, je considère la candidature Buffet comme légitime pour le PC dans la situation des collectifs au 10 décembre 2006 ; je n’ai porté aucune critique là-dessus. La seule méthode démocratique pour faire un choix au sein d’une force politique, c’est nécessairement de pouvoir voter en donnant une voix à chaque participant ou adhérent. Je ne reproche donc pas aux militants communistes d’avoir voté en masse au sein des collectifs même si beaucoup n’y étaient pas venus auparavant. Aujourd’hui, Marie George Buffet mène une bonne campagne, juste et utile pour la gauche.

La candidature Buffet bénéficie d’une légitimité dans l’histoire des collectifs ; mais le Parti Communiste n’est pas le seul courant politique de cette mouvance des collectifs. La candidature Bové représente d’autres réseaux et n’a ni plus, ni moins de légitimité, même si je crains fort qu’elle ne mène ses militants nulle part ; je regrette beaucoup la façon dont ses soutiens l’ont mise en avant comme "seule candidature hors organisations" donc seule unitaire ; dans un pays comme la France, nous ne construirons une alternative anticapitaliste qu’en prenant en compte les organisations. Personnellement je n’exclus pas a priori la LCR (majo et mino) du courant antilibéral de notre pays. Si la gauche anti-libérale veut se donner un avenir, mieux vaut que ses composantes évitent de s’aveugler dans l’auto-affirmation sectaire.

8) De bonnes pistes de débat : quelles références idéologiques et stratégiques ? quelle suite à donner au 21 avril et au 29 mai ?

Continuons la citation de l’appel : " Nous savons aussi que beaucoup redoutent encore de se rapprocher du PCF en fondant leurs convictions d’une part sur des croyances et des idéologies qui sont aujourd’hui erronées, et d’autre part sur des méconnaissances graves de la réalité du communisme français que nous appellerons "moderne" (sans connotation péjorative), méconnaissances que les mass media et l’idéologie du PS contribuent à propager et à graver dans le marbre, et dont il faudrait absolument que nous discutions tous et toutes ensemble".

Oui, il serait utile de débattre sur le fond des "croyances et idéologies". A condition de centrer le débat sur le fond.

Cet "appel" est incroyable ! Beaucoup de militants actuels de la gauche du PS sont passés par le PC et ne fondent pas "leurs convictions d’une part sur des croyances et des idéologies qui sont aujourd’hui erronées, et d’autre part sur des méconnaissances graves de la réalité du communisme français".

En tout cas, on ne peut engager une discussion avec un partenaire en l’accusant d’entrée de "fonder ses convictions sur des croyances et idéologies erronées", sans préciser quelles sont ces croyances et idéologies, ni au nom de quelles croyances et idéologies elles sont erronnées.

Quelle suite à donner au 21 avril et au 29 mai ?

" Enfin, beaucoup d’entre vous sont encore également "traumatisés" par le 21 avril, et à celles-là et ceux-là, il faut répéter qu’il n’y a pas de fatalité et qu’en politique, rien n’est jamais écrit que par nous-mêmes... Le 21 avril est la conséquence de l’échec de la gauche, à commencer par celui du PS, à avoir présenté un programme de gauche représentant une alternative sérieuse et viable au libéralisme et à la social-démocratie".

Je crois qu’il s’agit là, effectivement du bon débat, à condition de ne pas le limiter au fait que Lionel Jospin n’a pas présenté " le bon programme" au printemps 2002. Fallait-il signer le Traité d’Amsterdam et le Pacte de Dublin en 1997 ? Le PC devait-il entrer au gouvernement, comme il l’a fait, dans ces conditions ? Comment pouvions-nous construire un rapport de force social et antilibéral suffisant pour défendre les services publics et le rôle de l’Etat face au libéralisme de la Commission européenne ?

9) Qui se cache derrière ce "Collectif National des Anciens du PS" ?

Je peux me tromper mais je parierais pour un naïf ex-membre du PS entouré de quelques staliniens endurcis, cadres attachés à une seule stratégie politique : l’auto-affirmation du Parti Communiste Français comme seul parti de la classe ouvrière, seul parti français porteur des intérêts historiques de l’humanité, seul parti à ne s’être jamais trompé, dévoyé dans le programme commun de la gauche par François Mitterrand et les socialistes.

Personnellement, je n’ai jamais renié la Révolution russe. J’ai beaucoup de considération pour les adhérents du Parti communiste en raison de la Résistance, de leur rôle comme organisateurs de la classe ouvrière dans des entreprises où cela demande un grand courage...

Mais à quoi sert l’attaque violente contre les ex-trotskystes ?

"Vous êtes des victimes du règlement de comptes d’ « anciens » trotskystes qui agitent encore le PS comme force anti-communiste (trotskystes dont était issu le dernier candidat socialiste à la présidentielle, et dont sont issus de nombreux conseillers de l’actuelle candidate...)".

Voilà, en 2007, un morceau d’anthologie en matière de réminiscence stalinienne. Je suis surpris par les parenthèses autour de "anciens" ; les appelants soupçonnent-ils d’actuels trotskistes d’utiliser le Parti Socialiste pour mieux servir l’anti-communisme ? Rouerie diabolique !

Une conclusion peut être tirée déjà : ce Comité des Anciens du PS n’a pas pour but d’avancer vers une unité ou un rassemblement organisé de la gauche anti-libérale. Son but me paraît plutôt d’empêcher toute hypothèse de rapprochement avec certains animateurs décisifs des collectifs antilibéraux, de l’extrême gauche et de la gauche du parti socialiste.

10) CONCLUSION

La perspective d’un rassemblement unitaire reste aujourd’hui la piste la plus sérieuse pour sortir la gauche antilibérale de son inefficacité politique.

Marie George Buffet aura-t-elle la force et les soutiens nécessaires pour maintenir une orientation anticapitaliste unitaire ? C’est mon souhait, en tout cas.

Plutôt que de continuer ce commentaire, voici le texte intégral de cet "appel"

"Minoritaires au sein du Ps, vous êtes majoritaires au niveau national depuis le 29 mai"

de Le Collectif National des Anciens du PS

Cher-e-s ami-e-s et camarades du Ps, sympathisants et militants socialistes,

Il est compréhensible que tout le monde ne puisse pas opérer la mise en cohérence qu’a été celle de certains militants en quittant le PS pour adhérer au PCF, par conviction et dans l’objectif d’avoir les mains absolument libres pour soutenir le projet porté par Marie-George Buffet issu du vote majoritaire des collectifs.

Il est compréhensible que beaucoup puissent croire encore de bonne foi, souvent parce qu’ils sont de "jeunes" adhérents (traduire "non encore épuisés par la pratique du système et des cadres du PS"), qu’ils vont pouvoir "gauchir" le PS de l’intérieur et tentent, avec sincérité, de changer la donne en restant au Ps.

Nous savons aussi que beaucoup redoutent encore de se rapprocher du PCF en fondant leurs convictions d’une part sur des croyances et des idéologies qui sont aujourd’hui erronées, et d’autre part sur des méconnaissances graves de la réalité du communisme français que nous appellerons "moderne" (sans connotation péjorative), méconnaissances que les mass media et l’idéologie du PS contribuent à propager et à graver dans le marbre, et dont il faudrait absolument que nous discutions tous et toutes ensemble.

Vous êtes des victimes du règlement de comptes d’ « anciens » trotskystes qui agitent encore le Ps comme force anti-communiste (trotskystes dont était issu le dernier candidat socialiste à la présidentielle, et dont sont issus de nombreux conseillers de l’actuelle candidate...).

Enfin, beaucoup d’entre vous sont encore également "traumatisés" par le 21 avril, et à celles-là et ceux-là, il faut répéter qu’il n’y a pas de fatalité et qu’en politique, rien n’est jamais écrit que par nous-mêmes, la politique n’étant pas, contrairement à ce que prétendent les "grands esprits" qui font régulièrement descendre leurs lumières sur "la France d’en bas", une science exacte.

Le 21 avril n’est pas la conséquence d’un "éparpillement des voix" ! Ceci est le plus gros mensonge que l’on essaie de nous faire avaler aujourd’hui.

Le 21 avril est la conséquence de l’échec de la gauche, à commencer par celui du PS, à avoir présenté un programme de gauche représentant une alternative sérieuse et viable au libéralisme et à la social-démocratie.

Le 21 avril c’est l’échec de L. Jospin pour avoir OSE (car il fallait oser !) dire d’emblée "mon programme n’est pas socialiste" ! L’attitude de L. Jospin a été la même au début et à la fin de la campagne - il a « laissé tomber ses troupes » pour musarder dans d’autres prés.

S Royal, malgré ses beaux discours d’avant-désignation, prend le même chemin, puisque sous couvert de démocratie participative, elle refuse en fait de faire appliquer le programme socialiste.

Personne ne se demande pourquoi le "crash du 21 avril" a eu lieu précisément le 21 avril alors que les conditions de l’élection, techniquement parlant n’avaient pas varié d’un iota depuis 1962, à deux exceptions notables : les règles de remboursement de la campagne ET le nombre de candidatures de parrainage requises, qui auraient dû, logiquement aboutir au résultat inverse !

Pour le reste, le nombre de candidats est globalement situé entre 6 (1965) et 16 (2002) sachant qu’en 1974, ils étaient déjà 12, et 10 en 1981 !

Le soi-disant facteur de division décrié (le nombre de candidats vecteur de l’émiettement des voix) existait donc déjà.

Les conditions sociales, politiques et médiatiques, elles, en revanche, ont énormément changé.

Offrez un boulevard à la droite, et elle va l’emprunter.

Cette droite, c’est celle de Chirac, et aujourd’hui de Sarkozy, créature chiraquienne par excellence s’il en est.

C’est celle d’un président dont il était question il n’y a pas si longtemps, de le faire comparaître devant des juges pour qu’il s’explique des soupçons graves qui pesaient sur lui.

Prêtez le flanc à la droite en vous tournant vers elle et elle en profitera immédiatement pour vous poignarder !

Que le Ps ne comprend-t-il cela !

Jarnac a changé de camp depuis 1995.

Nous nous adressons donc à vous, qui, au Ps, puis au niveau national, avez voté NON au référendum du 29 mai.

Vous êtes minoritaires au sein du PS et majoritaires au niveau national !

Et vous êtes méprisés dans votre parti parce qu’étant minoritaires, vous avez politiquement tort (pour reprendre les mots célèbres d’un député).

Attendrez-vous que l’on vous confisque votre voix une seconde fois ? N’avez vous pas assez compris que tout ce qui est minoritaire au PS est inexistant, s’il n’est instrumentalisé, et fatalement voué aux oubliettes ?

Regardez et reconsidérez l’explosion en vol des mouvements NPS, puis RM...

Plus simplement, relisez l’histoire du Ps et interrogez Rocard ! Les "créateurs" de courants vous entraînent à l’échec parce qu’ils commettent un péché d’orgueil ! Tous et toutes, ils prétendent réussir là où d’autres, parfois bien meilleurs, ont échoué avant eux, sans avoir l’honnêteté de reconnaître que c’est la structure et la base idéologique mêmes, consubstantielles à son histoire depuis Epinay, qui fait le PS ainsi, et immuable.

La fascinante figure Mitterrandienne, véritable statue du Commandeur, se dresse devant eux et fouette les appétits individuels les plus débridés, entraînant les uns et les autres dans des courses de pouvoir effrénées. C’est J. Attali lui même qui l’écrit, dans un récent rapport du CAS (où il partage la vedette avec A. Minc notamment), et ce au sujet de l’immobilisme socialiste face à la multiplication des instances locales : « C’est facile à comprendre, au parti socialiste, la moitié des membres sont des élus et l’autre moitié rêve de l’être » (p.51).

Souhaitez vous être niés par un parti que votre nombre et votre force contribue à faire vivre, et qui ne vit que pour faire échouer vos idées, ou souhaitez-vous donner une chance à la réalisation des idéaux de gauche qui nous ont poussé à militer et à voter ENSEMBLE en faveur du « non » à cet inique projet de "machin pseudo constitutionnel" européen, qui n’avait d’autre but que de nous réduire encore davantage en esclavage ?

L’unité de la gauche ne doit-elle être possible que pour faire réélire massivement un Président qui s’est empressé d’utiliser nos voix pour appliquer la politique la plus réactionnaire jamais vue depuis la 5ème ?

NON. Cela ne doit plus être.

Vous avez une chance de faire vivre vos idées et respecter votre voix en contribuant pleinement, chacun et chacune à votre façon, à la victoire de la gauche antilibérale et populaire.

Il ne tient qu’à vous, camarades socialistes ; réveillez-vous et agissez sans crainte.

VOTEZ GAUCHE POPULAIRE ET ANTI-LIBERALE

VOTEZ BUFFET.

Pour une gauche populaire et antilibérale, Le Collectif National des Anciens du PS

De : Le Collectif National des Anciens du PS lundi 5 février 2007


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