Hymne à la Méditerranée et à la fraternité humaine (J-L Mélenchon à Marseille le 14 avril 2012)

lundi 15 avril 2019.
 

A) Vidéo du discours de Jean-Luc Mélenchon

Samedi 14 avril 2012, Jean-Luc Mélenchon a prononcé un discours de près d’une heure trente sur les plages du Prado à Marseille, lors d’un meeting qui a rassemblé 120 000 personnes.

Pour visionner intégralement son discours, cliquer sur l’adresse URL portée en source de cet article (haut de page, couleur rouge).

B) Extrait du discours par écrit

« ... Comme vous tous, si nombreux ici, et particulièrement ceux qui sont venus de la mer, je suis venu, comme vous, recevoir sur cette plage, au bord de ses lèvres fraîches, le baiser de la Méditerranée, notre bonne mère à tous. Ecoutez le murmure de l’histoire longue qui travaille en nous. Il vous dit à tous pourquoi Marseille est la plus française des villes de notre République.

" …Ecoutez Marseille qui vous parle, elle vous dit la leçon qu’elle porte. Ici, il a 2600 ans, une femme a fait le choix de prendre pour époux l’immigré qui descendait d’un bateau. Il s’agissait d’un jeune Grec. De ce couple est né Marseille.

Marseille vous dit que note chance, c’est le métissage et depuis 2600 ans, nous sommes du parti de ceux qui se disent contents d’être mélangés. Fiers d’être le peuple qui compte le plus de mariages mixtes de toute l’Europe…

Ici est née la première République qui n’ait jamais existé sur ce sol, et c’est pourquoi, depuis tout ce temps, nous n’aurons jamais cessé d’être le parti de ceux qui disent que le plus grand nombre est plus intelligent quand il réfléchit ensemble que l’imbu de soi qui croit qu’à lui tout seul il sait ce qui est bon pour tous.

Des Romains nous avons reçu le droit écrit, c’est à dire la loi qui vaut mieux que toutes les coutumes, arrangements et contrats qui visent à substituer l’arbitraire à la volonté collective. C’est pourquoi, Mme Parisot, depuis ce temps, nous croyons plus à la loi qu’au contrat où vous êtes toujours les plus forts. Parce que dans l’entreprise, si nous n’avons pas de syndicat, nous ne pouvons nous défendre quand nous sommes seuls face au patron.

Tandis que de ce rivage partaient l’esprit de croisade et les massacres, nous sont venus des Arabes et des Berbères : la science, les mathématiques, la médecine et le savoir qui avait été protégé par eux tout le temps où l’obscurantisme jetait à terre l’esprit humain. C’est pourquoi, à cette heure, nous continuons à refuser absolument l’idée morbide du choc des civilisations. C’est pourquoi, pensant à ces 50% de Maghrébins, Arabes, Berbères européens qui ont débarqué, libéré le sol de la patrie des nazis, toutes ces leçons et ces souvenirs étant tirés, nous rappelons que si les Marseillais ont donné à la France la chanson de l’armée du Rhin qui est devenue notre hymne national, non, la France n’est pas une nation occidentale vouée à suivre le char des Etats-Unis d’Amérique dans ses péripéties par le monde. La France ne peut être la République et la nation qu’elle est en définitive qu’à la condition d’être une nation universaliste qui dit qu’elle donne à chacun de ses enfants ce qu’elle croit bon pour le monde entier.

Il ne faut jamais oublier que le socle de l’identité républicaine de la patrie est dans la Méditerranée... Il faut se souvenir que les peuples du Maghreb sont nos frères et nos soeurs. Il faut répéter qu’il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb.

Nous faisons donc ce pari sur l’avenir et cette promesse à ceux qui nous écoutent de l’autre côté de la Méditerranée : vous avez ici ce peuple français fraternel, bigarré, composite qui vous ouvre les bras et vous dit "la guerre est finie, maintenant nous sommes en famille".

Lorsque nous voyons les révolutions qui ont commencé, tandis que les uns glacés de peur ne veulent voir que les dangers comme si les révolutions étaient des dîners de gala, nous voyons, nous, surtout, les chances que porte le mouvement du peuple lorsqu’il se saisit de son destin. Et nous disons que nous devons y prendre notre part en allégeant ces peuples. Je pense en particulier à nos frères et soeurs de Tunisie, pour qui un moratoire sur la dette est une urgence, est l’aide la plus concrète que nous puissions apporter à leur combat à cette heure...

De la Méditerranée, nous voulons faire une zone de paix, de progrès humain commun et, pour cela, il faut que cesse, dès maintenant, la politique absurde de l’Union européenne qui, en exigeant de tous ses partenaires voisins qu’ils abattent leurs frontières, leurs douanes et leurs protections pour y organiser des lieux de production en surexploitant des travailleurs, ruine ces pays... Tant et si bien qu’elle jette dans l’immigration et à la mer des masses humaines, qui ne demandent qu’une chose : vivre et travailler dignement de son propre labeur... Comme si ce n’était pas une souffrance de quitter les siens, ses paysages, ses odeurs, pour partir si loin où l’on est si mal accueilli... »

Pour visionner la vidéo du discours de Jean-Luc Mélenchon ce 14 avril sur la plage du prado de Marseille, cliquer sur l’adresse URL portée en source (haut de page, couleur rouge)

C) 120000 à Marseille ce 14 avril 2012 au Prado (carnet de route)

Samedi 14 avril 2012, le Front de gauche est à Marseille, sur la plage du Prado. Malgré les entraves de la mairie de Marseille à la bonne tenue de ce rassemblement, il a finalement lieu. Face à la mer Méditerranée s’exprimeront tour à tour Clémentine Autain, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. Récit de cette journée par Paul Degruelle et Baptiste Le Maux.

10h15 – Plages du Prado – Marseille

Nous y voilà ! Le ciel est bleu, la mer turquoise. Bienvenue aux plages du Prado, ici c’est Marseille ! Cet après-midi, c’est une grande vague rouge qui s’annonce. Après la Bastille, après la place du Capitole, c’est le troisième grand rendez-vous en faveur de la Sixième République. Vers 16h, Jean-Luc Mélenchon prendra la parole. On annonce dans la presse, un discours sur le thème de la République sociale.

11h00 – Plages du Prado – Marseille

C’est le même rituel à chaque meeting. Les militants installent les stands. L’association Casse toi Pov’Con vend ses badges et ses t-shirts. Il faut se dépêcher de les acheter car dans trois semaines, ils seront devenus « collector ». Ils nous rappelleront ce président de l’Ancien Régime, celui de la Monarchie de la Ve République, qui prononça ces quelques mots si respectueux au salon de l’Agriculture en 2008. Berné cinq ans plus tôt, le peuple français se réveillait pour l’expédier en 2012 aux oubliettes de l’Histoire. Il s’appelait Nicolas Sarkozy, je crois…

Il y a aussi les stands de la CGT. Les combats syndicaux ne manquent pas dans la région.

« Celui qui combat peut perdre mais celui qui ne combat a déjà perdu ». La citation de Bertolt Brecht inspire ces militants corses. En février-mars 2011, ils avaient soutenu la grève historique des marins de la SNCM.

47 jours de conflit et un blocage du port de Marseille qui avait entrainé une intervention très musclée des forces de l’ordre. Une lutte dure, acharnée. La réalité de la lutte des classes.

11h14 – Plages du Prado

Avec Paul, Degruelle, nous partons à la recherche d’un kiosque à journaux. Malheureusement les abords de la plage ne sont pas très propices à la lecture. Bars, restaurants, cafés… Mais pas l’ombre d’une gazette. Finalement, au niveau du rond-point du David, nous trouvons un car-podium du journal La Marseillaise. Fondé en 1943 par le Front national (réseau de résistance communiste, à ne pas confondre avec le parti de la dynastie lepeniste), le quotidien à longtemps été d’orientation communiste. Clandestin à ses débuts, sa fréquence de parution augmente à mesure qu’avancent les armées alliées. A la veille de la libération de la cité phocéenne, il devient quotidien. Il sort de la clandestinité au lendemain de la libération, le 25 août 1944. Ce n’est qu’à la fin des années 1990 qu’il s’ouvre à toutes les composantes du mouvement social, altermondialiste, antilibéral, etc. Quotidien régional, distribué dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes-de-Haute-Provence, le Var, le Vaucluse et le Gard, le journal, à la différence de certains concurrents locaux, La Marseillaise a su préservé son indépendance à l’égard des puissance d’argent.

11h23 – Rond-point du David – Marseille

Lieu de rendez-vous, le rond-point du David a été redécoré aux couleurs du Front de gauche. Ce soir l’OM affronte l’Olympique lyonnais au Stade de France pour la finale de la Coupe de la Ligue de football, mais c’est bien le rouge qui s’est emparé de Marseille. Dans la longue Avenue du Prado qui mène aux plages, le Front de gauche est partout. Des militants se sont levés tôt ce matin pour envahir le mobilier urbain et marqué du sceau de la révolution citoyenne ce rassemblement. Soudain, un panneau de signalisation pour se rendre au quartier de Bonneveine me rappelle une vieille chanson de Massilia Sound System : « Ma ville est malade ».

12h20 – Plages du Prado

Le service d’ordre, chapeauté par Benoit Schneckenburger, le garde du corps de Jean-Luc Mélenchon, a mobilisé plus de 500 militants, hommes et femmes de tous âges, pour cette journée exceptionnelle. Militants du PCF, du PG, syndicalistes, tous unis autour d’un même objectif : assurer l’accueil et la sécurité des milliers de participants qui viendront se masser dans quelques heures sur la plage du Prado. Avant-dernier rassemblement avant le premier tour, il ne s’agit pas d’un rassemblement d’une troupe réduite à beugler le nom d’un homme ou d’une femme.

13h15 – Plages du Prado – Marseille

Lunettes de soleil, cigarette aux becs, ils ont définitivement la classe. Raphaël Letellier et Alexandre Bourgois sont les deux JRI de la désormais célèbre web-série « En marche ». Toujours affutés pour capter les images d’une campagne pas comme les autres. Hier, ils ont passé la journée avec les salariés de Fralib. Eux, on ne les présente plus. Depuis près de deux ans, les Fralib ont repris le drapeau de la classe ouvrière fière et combattive. D’ailleurs c’est dans leur usine que Jean-Luc Mélenchon avait effectué son premier déplacement de candidat du Front de Gauche. Ils n’ont pas oublié.

Raphaël me raconte qu’ils attendent maintenant la décision de justice le 20 avril prochain pour connaître la viabilité de leur projet de reprise de l’entreprise. A Gémenos, leur usine est vide. C’est triste une usine à l’arrêt. Le conflit avec la direction ne s’est pourtant pas arrêté. Celle-ci a engagé une troupe d’agents de sécurité pour veiller aux locaux de l’usine. Car si ce sont les travailleurs qui ont produit les richesses de l’entreprise, Fralib reste la propriété privée de la multinationale Unilever. « La propriété c’est le vol », déclarait Proudhon. « Putain d’usine ! » écrit l’écrivain-ouvrier Jean-Pierre Levaray.

14h40 – Plages du Prado – Marseille

C’est un petit coin de paradis fraternel. Un des rares endroits du pays où le soleil brille aujourd’hui sans contrainte. Sous les arbres à l’ombre, des ouvriers pique-niquent. On dirait une photo du Front Populaire et des premiers congés payés. Mais nous ne sommes pas là pour faire de la nostalgie. Certaines belles personnes se l’imaginent. Avec leur arrogance habituelle, elles contemplent un mouvement qui dépasse leur capacité de compréhension d’un monde qu’elles ne fréquentent plus. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est le fil de l’Histoire retrouvé que nous célébrons. Et des lendemains meilleurs. Si on ne lâche rien…

En tournant la tête vers la gauche de la scène, on aperçoit la Méditerranée. « Mare nostrum » parlaient les romains. Demain avec le Front de Gauche, nous tournerons pour de bon la page des divisions et des haines entretenues des deux côtés du rivage. La guerre est finie. Nous partageons la Méditerranée, nous partagerons notre avenir.

14h45 – Marseille – Plages du Prado

Les premiers « Résistance » partent de la foule…. Sur scène depuis maintenant une petite demi-heure, c’est le groupe varois La Belle rouge qui se produit. Des textes engagés sur une musique festive, voilà qui résume bien la dynamique du Front de gauche…


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