10 février 1980 Fondation au Brésil du Parti des Travailleurs

lundi 29 octobre 2018.
 

1) Qu’est-ce que le Parti des Travailleurs ?

Le PT a été fondé le 10 février 1980, lorsque se réunirent les représentants de 17 États du Brésil au Collège de Sion, dans la ville de São Paulo. Le Manifeste de Fondation du PT était lancé, signé par 101 délégués de tout le pays.

Depuis la fin de 1978, syndicalistes, intellectuels, dirigeants de mouvements populaires, étudiants, discutaient de la nécessité de créer au Brésil un nouveau parti, indépendant et socialiste. Seuls deux partis existaient à cette époque, créés par la dictature : un pour les riches et l’autre pour le peuple.

Le PT est né de la dure et sanglante résistance pour la fin de la dictature militaire, dans le processus de la campagne de libération des prisonniers politiques et dans l’ambiance des grèves dures de la région de São Paulo.

Luis Inácio "Lula" da Silva, dirigeant des metallurgistes en grève de la région de São Paulo, en 1978, actuel Président d’honneur, et Olivio Dutra, responsable du syndicat des employés de banque à l’époque et actuel Gouverneur de l’État du Rio Grande do Sul, ont été les deux principaux initiateurs du mouvement.

La fondation du PT fut un défi à toute la politique brésilienne de l’époque. Défi à la dictature installée depuis 1964, défi aux structures conservatrices des partis populaires, défi au sectarisme. Dès sa création le PT possédait les trois caractéristiques qu’il a encore aujourd’hui : parti de masse, démocratique et socialiste.

Parti de masse

Le PT se définit comme "le parti de tous les jours de l’année". Ce qui signifie qu’il s’implique dans toutes les luttes et revendications sociales de la société chaque jour où une lutte doit être menée. Ainsi, si les élections sont considérées comme fondamentales pour la Démocratie, le militantisme d’un Ptiste ne doit pas se résumer à participer à la campagne électorale ou à voter. Il doit participer aux débats internes, pour aider le Parti à prendre des décisions et des initiatives.

Parti démocratique

Chaque membre a droit à un vote et un seul. Au PT personne n’a plus de droits qu’un autre. Chacun a droit à la parole et à exprimer ses opinions à l’intérieur d’une des plus de 20 tendances qui garantit la démocratie interne du Parti. Ceci renforce le débat interne et fait du PT un parti dynamique, contrairement aux partis traditionnels qui ont une prédisposition au monolithisme idéologique. Cependant chaque tendance doit accepter les décisions finales avalisées par la direction du Parti, après prise de vote, sans contester les choix démocratiquement faits et en respectant les opinions des autres tendances.

Parti d’inspiration socialiste

Le PT considère le Capitalisme comme un système générateur de différences et d’exclusion sociales. Il opte pour le Socialisme qui permet la fin de l’exploitation des travailleurs, de la misère et de la faim. Cependant, le Socialisme que le PT défend se démarque radicalement du socialisme bureaucratique et autoritaire qui prévalait dans les pays d’Europe de l’Est, de même que des idées de la social-démocratie réformatrice du Capital. Le Socialisme du PT est égalité sociale, démocratie et liberté d’organisation et d’expression.

MANIFESTE DE FONDATION DU PT

Le Parti des Travailleurs est né de la nécessité ressentie par des millions de travailleurs brésiliens d’intervenir dans la vie sociale et politique du pays pour la transformer. La plus importante leçon que le travailleur brésilien a tiré de ses luttes est celle que la Démocratie est une conquête qui, finalement, ou se construit de ses propres mains ou ne se fera pas.

La grande majorité de notre population travailleuse, des villes et des campagnes, a toujours été reléguée à la condition de citoyens de seconde classe. Maintenant, les voix des travailleurs commencent à se faire entendre au travers de leurs luttes. Les masses qui construisent la richesse de la Nation veulent s’exprimer d’elles-mêmes. Elles n’attendent plus que la conquête de leurs intérêts économiques, sociaux et politiques leur soient alloués par les élites dominantes. Elles s’organisent elles-mêmes, pour que la situation sociale et politique soit l’outil de construction d’une société qui réponde aux intérêts des travailleurs et des autres secteurs exploités par le capitalisme.

ISSU DES LUTTES SOCIALES

Après la longue et dure résistance démocratique, la grande nouveauté qu’a connue la société brésilienne est la mobilisation des travailleurs à lutter pour de meilleures conditions de vie pour la population des villes et des campagnes. L’avancée des luttes populaires a permis aux ouvriers de l’industrie, salariés du commerce et des services, habitants des banlieues, travailleurs autonomes, paysans, travailleurs ruraux, femmes, Noirs, étudiants, indiens et autres secteurs exploités de s’organiser pour défendre leurs intérêts et exiger de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et réclamer l’installation de services publics dans les quartiers.

Ces luttes ont conduit à l’affrontement avec les mécanismes de répression des travailleurs, en particulier le contrôle salarial et l’interdiction du droit de grève. Mais ayant à affronter un régime organisé pour éloigner le travailleur des centres de décision politique, elles ont commencé a se transformer chaque fois plus en mouvements populaires dont les luttes immédiates et spécifiques ne suffisaient plus pour garantir la conquête des droits et des intérêts du peuple travailleur.

C’est pour ce motif qu’est apparue la proposition du Parti des Travailleurs. Le PT est né de la décision des exploités de lutter contre un système économique et politique qui ne pouvait plus résoudre leurs problèmes et seul satisfaisait une minorité de privilégiés.

POUR UN PARTI DE MASSE

Le PT naît de la volonté d’indépendance politique des travailleurs fatigués de servir de pions pour les politiciens et les partis compromis dans le maintien de l’actuel ordre économique, social et politique. Il naît donc de la volonté d’émancipation des masses populaires. Les travailleurs savent déjà que la liberté n’a jamais été ni ne sera donnée mais sera construite d’un même élan collectif. Pour cela ils protestent quand, une fois de plus dans l’histoire du Brésil, ils voient les partis décider de haut en bas, l’État pour la société, les exploiteurs pour les exploités.

Les travailleurs veulent s’organiser comme force politique autonome. Le PT s’affirme comme la réelle expression politique de tous les exploités du système capitaliste. Nous sommes un Parti des Travailleurs, non un parti pour illusionner les travailleurs. Nous voulons la politique comme une activité propre aux masses qui désirent participer, légalement et légitimement, à toutes les décisions de société. Le PT ne veut pas seulement agir au moment des élections mais, principalement, au quotidien de tous les travailleurs. C’est seulement ainsi qu’il sera possible de construire une nouvelle forme de démocratie, dont les racines prendront dans les organisations de base de la société et dont les décisions seront prises par les majorités.

Nous voulons, par ces faits mêmes, un parti large et ouvert à tous ceux impliqués dans la cause des travailleurs et dans la réalisation de son programme. En conséquence, nous voulons construire une structure interne démocratique dont la la direction et le programme seront décidés par les bases.

POUR LA PARTICIPATION POLITIQUE DES TRAVAILLEURS

En opposition au régime actuel et à son modèle de développement, qui bénéficie seul au privilégié du système capitaliste, le PT luttera pour la disparition de tous les mécanismes dictatoriaux qui répriment et menacent la majorité de la société. Le PT luttera pour toutes les libertés civiles, pour les affranchissement qui garantissent, effectivement, les droits des citoyens et pour la démocratisation de la société à tous les niveaux.

Il n’existe pas de liberté où le droit de grève est trahi dès son entrée en application, où les syndicats urbains et ruraux et les associations professionnelles restent dépendantes du Ministère du travail, où les courants d’opinion et la création culturelle sont considérés suspects et soumis au contrôle policier, où les mouvements populaires sont la cible permanente de la répression policière et patronale, où bureaucrates et technocrates ne sont pas responsables devant la volonté populaire. Le PT affirme son engagement pour la pleine Démocratie exercée directement par les masses. Dans ce sens il proclame que que sa participation aux élections et ses activités parlementaires se subordonneront à l’objectif d’organiser les masses exploitées et leurs luttes. Il luttera pour la mises en place de syndicats indépendants tant de l’État que des partis politiques.

Le PT affirme que le peuple doit décider des richesses produites et des ressources naturelles du pays. Les richesses naturelles, qui jusqu’à aujourd’hui servent aux seuls intérêts du grand Capital national et international, devront être mises au service du bien-être de la collectivité. Ceci précise que les décisions économiques seront soumises aux intérêts du peuple. Mais ces intérêts ne prévaudront pas tout de suite au pouvoir politique qui n’exprimera pas une réelle représentation populaire, fondée sur les organisations de base, tant que le pouvoir de décision des travailleurs en matière d’économie et des autres secteurs de la société ne sera pas effectif.

Les travailleurs veulent l’indépendance nationale. Nous entendons par là que la Nation est le peuple et, pour celà, nous savons que le pays sera effectivement indépendant quand l’Etat sera dirigé par les masses travailleuses. L’État doit devenir l’expression de la société, ce qui sera possible quand seront créées les conditions de libre intervention des travailleurs dans les décisions à propos de leur avenir. C’est pourquoi le PT veut arriver au gouvernement et à la direction de l’État pour réaliser une politique démocratique, du point de vue des travailleurs, tant sur le plan économique que sur le plan social. Le PT chechera à conquérir la liberté pour que le peuple puisse construire une société égalitaire où il n’y aura plus ni exploités ni exploiteurs. Le PT manifeste sa solidarité à la lutte de toutes les masses opprimées du monde.

Approuvé par le Mouvement de Constitution du PT (Pró-PT) le 10 février 1980, Collège de Sion, São Paulo, et publié dans le Journal Officiel de l’Union du 21 octobre 1980.

Traduction de Pierre Bérard - Attac-Rhône/France - 03/12/2002

2) l y a trente ans : naissance du Parti des travailleurs au Brésil !

vendredi 1er octobre 2010 par Julien Guérin

Partager | 1980, il y a trente ans… un autre monde ! Thatcher et Reagan viennent de l’emporter en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, l’URSS nage en pleine glaciation brejnévienne tandis que la longue nuit des dictatures militaires est tombée sur l’Amérique latine. L’ère des révolutions semble alors partout se clore dans le sang, la répression et la résignation.

Et pourtant, dans le monde, certains continuent à lever haut le drapeau du socialisme. La gauche française, dans le sillage de François Mitterrand, s’apprête à l’emporter, les sandinistes du Nicaragua sont venus à bout de la sinistre dictature de Somoza, les ouvriers polonais des chantiers navals de Gdansk montrent au monde entier que le stalinisme n’a en rien bridé leur capacité de mobilisation.

Une autre lueur d’espoir jaillit du Brésil en cette année 1980.

Depuis 1964, le pays est sous l’emprise d’une dictature militaire. Il est à ce titre l’un des maillons du plan Condor lancé par les Etats-Unis en Amérique du Sud. Ce plan secret et concerté entre les services secrets des divers gouvernements militaires latino-américains vise à endiguer toute tentative révolutionnaire chez des peuples toujours prompts à se mobiliser contre la domination américaine. Des milliers de militants de gauche et de syndicalistes sont arrêtés, torturés, fusillés. La stabilisation impérialiste fait près de cent mille victimes en quelques années. Au Brésil, la résistance vient du syndicalisme ouvrier. Ce sont les profondeurs du salariat brésilien qui entrent en action contre le régime, et non des guérillas coupées des luttes réelles. Le Brésil est un pays qui possède une structure sociale différente de celle de ses voisins. L’industrie y est plus présente et la paysannerie moins nombreuse, bien que la question de la terre reste centrale pour des millions de petits producteurs. Le salariat y possède une certaine organisation, même si la tradition corporatiste avec des syndicats contrôlés par l’Etat annihile ses capacités de lutte.

En 1977, 1978 et surtout 1979, la grande grève des métallos conduite par un dénommé Luis Inàcio “Lula” da Silva fait pourtant vaciller le pouvoir en place durant quarante-et-un jours et ouvre la voie du renouveau pour la gauche brésilienne. Tournant le dos à la stratégie guévariste, cette gauche prend part aux luttes quotidiennes des salariés et tient compte des besoins concrets des masses ouvrières et paysannes. En même temps, elle mobilise les intellectuels progressistes et toute une partie du clergé de base, influencé par la théologie de la libération.

En février 1980, c’est dans cet esprit qu’est lancé le Parti des Travailleurs qui se définit comme un parti de masse, démocratique et socialiste « sans patrons ni généraux ». Il lutte pour le retour immédiat et sans condition à la démocratie, pour la libération de tous les prisonniers politiques et affirme vouloir construire le socialisme dans la liberté. Son indépendance totale est sa force et le soutien populaire qu’il s’attire immédiatement ne permet pas à la dictature de le réprimer brutalement. Les paysans sans terre qui réquisitionnent, au péril de leur vie, des grands domaines avec le soutien des « curés rouges », en font tout de suite leur organisation. On trouve en son sein des syndicalistes, des militants trotskistes, des socialistes, des communistes, des professeurs, des prêtres et tous ceux qui défendent un socialisme débarrassé de ses scories staliniennes et de ses renoncements sociaux-libéraux.

Issu d’un milieu pauvre, ayant fui la campagne pour devenir métallo, Lula, qui a connu l’emprisonnement à plusieurs reprises entre 1975 et 1979, est un peu le symbole de ce parti nouveau. Ce sont encore des militants PT qui sont à l’origine, en 1983, de la CUT (Centrale Unique des Travailleurs). Ce grand syndicat, indépendant de tous les pouvoirs, sera le fer de lance de toutes les mobilisations sociales des salariés brésiliens.

Vingt-deux ans après…

Des manifestations massives contre le général Figueiredo, auxquelles participent massivement les militants du PT, contraignent celui-ci à remettre le pouvoir aux civils en 1985. Semi-légal jusqu’au retour progressif de la démocratie, le PT, très implanté dans le mouvement social, n’en oublie pas moins les élections. Il entend faire de ses mairies une vitrine. Remunicipalisation des services, démocratie directe, soutien aux luttes locales : les maires « pétistes » veulent montrer que pouvoir ne rime pas nécessairement avec compromission.

En 1989, Lula présente sa candidature lors de la présidentielle. Sa campagne soulève une vague d’espoir dans tout le pays. Au moment où tombait le Mur de Berlin, cette campagne démontrait que le beau combat pour l’émancipation n’avait pas pris une ride. Défendant une réforme agraire d’ampleur, la hausse massive des salaires, une réorientation des investissements publics vers les besoins sociaux, et condamnant avec fermeté les plans d’ajustements structurels du FMI, Lula parvient à rassembler plus de 47 % des voix au second tour. Battu par Collor, soutien tardif de la dictature militaire, le PT, dont la droite et le patronat ont fait un épouvantail, vient de laisser passer sa chance.

Il devra attendre la présidentielle de 2002 et une quatrième tentative de Lula pour enfin l’emporter avec un programme largement recentré. Depuis, malgré de réelles avancées dans la lutte contre la grande pauvreté d’une partie de la population, ce parti s’est englué dans la gestion du système en place et dans plusieurs affaires de corruption. Le socialisme dans la liberté ne semble plus être à l’ordre du jour…

Une élection présidentielle s’est déroulée ce premier week-end d’octobre

Lula, qui a déjà effectué deux mandats, ne se représentera pas. Le PT présente la candidature de Dilma Roussef sur un projet qui s’inscrit dans la continuité de la politique de Lula.

Les résultats complets du premier tour vont être connus en ce début de semaine.

La gauche radicale divisée ne pèsera pas sur l’issue de cette bataille où le PT possède toutes les chances de l’emporter, tant les classes populaires ne souhaitent pas le retour d’une droite affairiste et néolibérale.

Cependant, au-delà de sa politique, le PT brésilien demeure une référence pour la construction d’un parti socialiste authentique. Un mouvement de masse immergé dans les mobilisations populaires, s’appuyant sur une théorie claire, se réclamant des meilleures traditions de la gauche, organisé démocratiquement en tendances, ancré au cœur de la gauche et non à ses marges et sachant sortir des querelles dogmatiques qui font souvent tant de mal à notre camp, voilà l’exemple qu’a donné le PT.

A notre modeste place, nous tentons de porter cet héritage et de faire vivre un véritable courant de gauche dans le PS, premier parti du salariat français, afin d’y ouvrir une perspective de masse, socialiste et indépendante.

Julien Guérin

2) L’expérience internationale - Brésil : Le Parti des Travailleurs

Source : http://revuesocialisme.pagesperso-o...

« Les possibilités sont très importantes à condition que l’on arrive à polariser »

Le Parti des Travailleurs brésilien a été fondé en 1979, lors du Congrès des métallurgistes, mécaniciens et électriciens de l’Etat de Sao Paulo. C’est le plus grand parti de gauche d’Amérique latine. Il représente une large partie du mouvement populaire au Brésil. Le PT est né de la résistance à la dictature militaire. Avec 800 000 adhérents, dont 100 000 dans le seul Rio Grande do Sul, le Parti des Travailleurs est plus qu’une machine électorale, c’est un rassemblement qui fait corps avec le mouvement syndical et celui des travailleurs sans terre. Quant à la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), aujourd’hui première confédération syndicale du pays, c’est avec la bénédiction de l’église progressiste qu’en 1984 des militants du PT l’ont créée.

Aujourd’hui, les débats sont vifs au sein du PT. Luiz Inacio Lula da Silva dit « Lula », le candidat du PT aux élections présidentielles du 6 octobre 2002 est crédité de 42% des votes. L’ancien leader syndical des métallos de Sao Polo est bousculé par les pressions intérieures et extérieures (principalement des Etats-Unis et du Fond Monétaire International). Le PT se dirige ainsi vers une forte adaptation au système :

« Bien qu’il ait endossé l’accord de transition dernièrement signé par le gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso avec le FMI, l’ancien leader syndical des métallos de Sao Paulo fait toujours figure d’épouvantail tant sur l’Avenida Paulista, le quartier des affaires de Sao Paulo, qu’à Wall Street […]Après avoir choisi comme candidat à la vice-présidence l’un des superpatrons de l’industrie textile, le sénateur José Alencar, et s’être allié à un parti de droite, le Parti libéral, le chef historique du PT n’a pas hésité, afin de flatter le nationalisme vivace de l’armée, à faire l’éloge de l’économie planifiée durant la dictature militaire (1964-1985), ni à se déclarer contre l’adhésion au traité de non-prolifération des armes nucléaires. » (Le monde du 19 septembre 2002)

On peut imaginer l’ampleur des tensions au sein du PT, entre les partisans de la stratégie opportuniste de Lula et ceux qui militent pour une organisation de combat, comme Carlos Schmidt que nous avons interviewé.

Carlos est un militant fondateur du Parti des Travailleurs au Brésil et syndicaliste enseignant. Il fait partie de la Quatrième Internationale dans le courant Démocratie et Socialisme du PT. Il nous a livré ses réflexions sur la nature et les perspectives de son parti.

Socialisme International : Comment le Parti des Travailleurs s’est-il créé ?

Carlos Schmidt : On était encore dans une dictature militaire qui commençait à s’assouplir et qui permettait l’émergence d’autres partis que les deux autorisés à fonctionner dont l’un dans le gouvernement et l’autre dans l’opposition. A ce moment-là, le PT était la convergence de syndicalistes qui venaient surtout par le biais de la théologie de la libération, des militants d’extrême gauche, des organisations de lutte armée et aussi des intellectuels. Des gens qui avaient comme point commun une rupture avec le stalinisme et le populisme et qui voulaient construire un parti avec une indépendance de classe. Donc au départ, pour certains courants, le PT était perçu comme un front de plusieurs organisations et d’autres (dont nous) le concevaient comme un parti ayant une stratégie propre qu’on voulait (et que l’on veut toujours) transformer en un parti révolutionnaire.

Quelles étaient les méthodes et les tactiques des révolutionnaires là-dedans ?

Carlos : D’abord, il a fallu faire un grand effort contre le sectarisme. En même temps pour que les différences puissent s’exprimer, on a beaucoup avancé dans le sens des droits de tendance. Cela permet que la majorité se compose et se recompose en fonction des questions qui sont posées. Dans ce sens on a pu avoir jusqu’à maintenant un accord sur l’essentiel.

Mais c’est justement dans cette période d’élections présidentielles, où le PT peut gagner les élections, que les désaccords apparaissent. Ces désaccords sont à relativiser, il se passe la même chose dans le PRC en Italie. On peut faire des bouts de chemins avec des gens avec qui on n’est pas forcément d’accord. On peut construire un même parti ensemble et sur des thèmes qui auparavant n’étaient pas pris en compte, surtout l’idée d’indépendance des travailleurs brésiliens par exemple. Si jamais on devait rompre avec certains courants du PT en fonction des élections, il est certains que l’on sera nombreux à vouloir refonder le PT ou construire un autre parti qui aura un poids important dans les syndicats et dans la société en général. Et y compris dans les institutions politiques, avoir des maires et des députés.

Quel est le poids du PT ?

Carlos : Le PT est un parti de masse qui en général a une grande force dans les grandes villes et aussi dans les campagnes, le mouvement des sans terres intègre le PT, les petits paysans et agriculteurs qui ont repris les propositions de gauche Le système électoral brésilien n’est pas très juste mais nous avons autour de 15% à l’Assemblée nationale. Ce qui compte le plus à mon avis est le poids dans les grandes villes où on tient la mairie de Porto Alegre, de Sao Paolo, et d’autres villes très importantes. Le PT est le parti majoritaire dans les grandes villes au Brésil. La plus grande centrale syndicale est aussi proche du PT, les adhérents sont en grande partie membres du PT. Bien entendu, il y a un défi pour nous d’arriver à organiser la masse des travailleurs précaires.

Comment est-ce que tu conçois la construction d’un parti révolutionnaire ?

Carlos : Les choses sont très contradictoires. Le PT s’est beaucoup développé dans les institutions politiques. Mais c’est vrai qu’il a une vie organique très faible et cela en dépit de notre position de vouloir un parti de masse avec un degré d’engagement plus grand. Pour élire des délégués au congrès il suffit de cotiser, tu n’est pas obligé d’appartenir à une structure quelconque.

Ceci dit, il y a une partie des militants qui sont engagés dans les entreprises et dans les quartiers et qui font que le PT a une vie militante différente que celle des autres partis bourgeois. Le PT est un parti pour toute l’année et pas seulement pour les élections.

En ce qui concerne le journal, le PT a eu un journal mais il ne l’a plus. Chaque courant possède un journal : cela pose un problème très sérieux, le manque d’une presse. Il existe des cours de formation mais cela ne remplace pas un journal où les grandes lignes sont discutées par l’ensemble des militants. On peut avoir accès aux documents, mais pas dans un quotidien, malheureusement.

Le PT est loin d’être un parti révolutionnaire, c’est un parti qui pourrait peut-être le devenir. La majorité du PT tend à une adaptation au capitalisme en fonction du pragmatisme. Cela risque de déboucher sur une impasse. Ou bien la direction du PT est membre du gouvernement si Lula est élu président et elle capitule, là il n’y aura plus de place dans le PT pour les révolutionnaires. Ou bien elle commence à s’affronter à l’impérialisme.

Comment cela se passe au niveau de la diffusion des idées révolutionnaires ?

Carlos : Le PT a toujours maintenu l’idée d’une société socialiste. Dans la campagne électorale, cela n’est pas mis en avant. Il met surtout en avant un programme pour l’immédiat, ce qui est assez correct à mon avis. Mais pour pouvoir le réaliser, il faudra opérer certaines ruptures et s’affronter à l’impérialisme.

Quelles sont les revendications portées par le PT ?

Carlos : L’augmentation du salaire minimum, l’amélioration du service publique, la fin des privatisations, la réforme agraire, la redistribution des terres.

Si Lula est élu président, est-ce que la population pourra faire pression pour que le futur gouvernement puisse affronter la bourgeoisie ?

Carlos : Il ne faudra pas faire pression en soutien au gouvernement du PT mais sur le gouvernement pour qu’il tienne ces engagements. Ce que l’on essaye de dire au gens, c’est que Lula président, la partie n’est pas gagnée et qu’il faudra s’organiser pour faire pression, y compris sur Lula. On dit souvent : avec les autres la merde est assurée mais avec nous peut-être pas.

Quelle a été l’implication du PT dans le Forum Social Mondial de Porto Alegre ?

Carlos : Le Forum Social Mondial n’est pas à l’initiative du PT dans son ensemble mais du PT de l’Etat du Rio Grande Do Sul, qui est plus à gauche. Ce PT a voté contre l’alliance avec le Parti Libéral. A mon avis, la question de l’impérialisme est cruciale à ce moment-là. Si le PT passe, on peut faire aussi basculer l’Argentine, le Venezuela, le Paraguay et l’Uruguay. Les possibilités sont très importantes à condition que l’on arrive à polariser. Demander l’annulation de la dette pour un gouvernement bourgeois, c’est pour remplir les poches de la bourgeoisie locale, pour un gouvernement tourné vers les couches populaires, c’est différent, car la misère atteint au Brésil un seuil inimaginable.

Le 28/08/02 propos recueillis par Nicolas Zahia


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