11 septembre 1973 au Chili : Récit du coup d’Etat minute après minute

vendredi 15 septembre 2017.
 

06h40

Le président de l’Unité Populaire Salvador Allende est réveillé par l’annonce qu’à Valparaiso la marine s’est soulevée, occupant la ville et marchant sur Santiago.

07h23

Allende rejoint d’urgence le palais de la Moneda. Tout semble calme. Il fait encore frais en ce matin brumeux du printemps austral.

07h55

Allende décide d’informer l’opinion. Trois téléphones branchés sur trois radios de gauche sont à portée de main , prêts à servir : " Un secteur de la marine se serait soulevé à Valparaiso, contre le gouvernement légitime..." Ce sera la première des cinq allocutions qu’il aura le temps de faire ce matin-là, avant que les radios ne soient réduites au silence.

08h30

Le mystère est levé. Pinochet a trahi. Il est le premier signataire du communiqué qu’une "junte militaire" (terre, air, mer et carabiniers) fait diffuser sur toutes les radios, proclamant que sa " mission historique" est de libérer la patrie du joug "marxiste".

Du 4 septembre au 3 novembre 1970 : Comment les USA ont tout fait pour empêcher Salvador Allende élu d’entrer en fonctions comme président de la république du Chili ?

08h45

Troisième allocution présidentielle : "Camarades, la situation est critique..."

08h55

Les carabiniers chargés de défendre la Moneda abandonnent le palais.

09heures

Allende réunit ses trois aides de camp militaires - celui de l’armée de l’air lui transmet la proposition de quitter le pays dans un avion militaire. Allende pointe alors sa mitraillette sous son menton. "Plutôt mourir ainsi" répond-il.

[11 septembre 1973 au Chili : Chronique d’une tragédie organisée

09h10

Allende envoie un dernier message aux "travaileurs de [s]a patrie" sur Radio Magallanes (communiste), seule station qui ne soit pas encore muselée : "Allez de l’avant en sachant que, beaucoup plus tard, vous ouvrirez de nouveau les grandes avenues, par où passe l’homme libre pour construire une société meilleure".

09h30

Coiffé d’un casque militaire, la mitraillette à l’épaule, le président organise lui-même la défense du palais. Il permet à ses aides de camp de se retirer et prie ceux de ses collaborateurs qui ignorent le maniement des armes de partir. La plupart restent.

10 heures

La canonnade commence. Les Tanks postés face à la Moneda tirent, faisant frémir les épaisses murailles du vieux bâtiment. A plat ventre, au bord d’une fenêtre du premier étage, Allende fait le coup de feu.

10h45

Le président exige que les femmes présentes ce matin-là au palais s’en aillent. Parmi elles, ses deux filles, Beatriz et Isabel. L’armée a concédé trois minutes de trêve.

11h 30

Les tanks se retirent pour éviter d’être touchés par le bombardement imminent. Des coups de feu sporadiques sont échangés entre des soldats au service des golpistes et des francs-tireurs allendistes postés dans les immeubles administratifs entourant la Moneda.

11h58

Début du bombardement aérien. Deux Hawker-Hunters font une série de passages en vol rasant, tirant leurs roquettes avec une précision remarquable. Un incendie se déclenche dans la partie présidentielle de la Moneda.

11 septembre 1973 "Je paierai de ma vie la loyauté du peuple" (Salvador Allende)

12h20

Allende autorise une délégation de trois de ses collaborateurs à aller parlementer "mais sans signer quoi que ce soit".

12h25

Dialogue capté sur une fréquence radio entre le général Pinochet, installé dans un PC de la banlieue de Santiago, et le vice-amiral Carvajal, posté en centre-ville. A ce dernier qui signale qu’il pourrait y avoir une négociation, Pinochet répond : "Pas question. Il faut tuer la chienne et l’affaire est réglée, mon vieux.

- D’accord , reddition sans condition. On leur offre la vie sauve, si tu veux.

- La vie sauve et on les expédie ailleurs...

- D’accord. On lui offre toujours de quitter le pays.

- Ou il sort du pays... et l’avion s’écrase ensuite au cours du vol.

- D’accord (rires) ."

12h30

Augusto Olivares, le fidèle conseiller de presse d’ Allende, se suicide d’une décharge de mitraillette dans la tête. Allende demandera pour lui, au coeur du combat, une minute de silence.

13h50

Allende organsie la reddition : la blouse blanche d’un de ses médecins servira de drapeau blanc. Le personnel sortira en file indienne par une porte latérale du rez-de-chaussée. Lui-même fermera la marche. Remontant le large escalier vers le premier étage, il prend congé de chacun par une poignée de main.

13h55

Dès que le premier à sortir entr’ouvre la porte, s’engouffrent les soldats qui grimpent à l’étage, poussant à coups de crosse les derniers occupants vers la sortie.

13h58

L’un des médecins d’Allende, le docteur Patricio Guijon, se ravise et remonte chercher un masque à gaz, "pour rapporter au moins un souvenir de cette matinée mémorable". Il passe devant une porte ouverte d’où parvient la lumière du jour. "A cet instant précis, j’ai vu comme dans un éclair le président, assis sur un sofa, se tirer une rafale avec une mitraillette placée entre ses jambes [...] La boîte crânienne a volé en éclats."

14h10

Le général Palacios constate le décès. Il expédie à l’état-major un message laconique :

"Mission accomplie. Moneda occupée. Président mort."

Selon d’autres témoins, c’est le groupe d’officiers accompagnant le général Palacios qui a vidé toutes ses armes sur le corps d’Allende après qu’il ait essayé de se défendre puis lui a fracassé la tête (photo prise par El Mercurio)

Mardi 11 septembre 2013 :

Un jour, nous punirons pour toujours la mémoire des généraux, des officiers, des policiers, des soldats qui ont participé à ce coup d’état militaire.

Aucun oubli n’est possible pour tout militaire golpiste, dans quelque pays que ce soit, au service de quelque chefaillon fasciste, de quelque pays (Allemagne nazie, USA impérialiste...), de quelque patronat que ce soit.


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